Dopage dans l'athlétisme marocain
Une tricherie institutionnalisée
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Les cas de dopage de Meriem Alaoui Selsouli, d’Abderrahim Goumri et d’Amine Lahlou décelés aux JO de Londres n’ont été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. L’ancien directeur technique national, Saïd Aouita est monté au créneau pour dénoncer la complicité de la Fédération royale marocaine d’athlétisme qui a toujours fermé les yeux. Quand l’Association marocaine de sensibilisation contre le dopage a alerté la fédération sur le sujet, elle a été ignorée.
Karam Lahcen, président de l'AMSDS(c) et Mehdi Alaoui Mdaghri (à droite), co-fondateur de Follow the Green Stars./K.Alaoui
Sous le thème “Lutte contre le dopage”, l’Association marocaine de sensibilisation contre le dopage dans le sport (AMSDS), en partenariat avec Follow the Green Stars, une initiative de soutien aux sportifs marocains participant aux compétitions internationales, ont ajouté de l’huile sur un feu allumé à l'issue des JO de Londres par l’ancien directeur technique national de la Fédération royale marocaine d’athlétisme, Saïd Aouita, suite aux cas de dopage de Meriem Selsouli, Abderrahim Goumri et Amine Laâlou aux Jeux Olympiques de Londres.
À en croire Aouita, le président de la Fédération royale marocaine d’athlétisme, Abdeslam Ahizoune, était bien au courant de l’utilisation de produits dopants par les athlètes marocains mais a préféré fermer les yeux.
Mercredi, Karam Lahcen, président de l’AMSDS a lui, dénoncé une “tricherie institutionnalisée” depuis 2003. Et ce n’est pas faute d’avoir alerté les autorités compétentes. M. Karam reproche notamment à la fédération de n’avoir pas ouvert d’enquête, suite à la révélation de son association faisant mention d’un trafic de produits dopants au Maroc.
6,5 tonnes
En avril 2012, précise-t-il, 6,5 tonnes d’éphédrine en provenance de Chine et du Canada ont été saisies au port de Tanger. Une enquête et des écoutes menées par un organisme français avaient permis de découvrir l'implication “d'un certain Aziz”, qui serait l'instigateur de ce trafic.
La plainte de l'AMSDS
Actuellement, l’AMSDS a déposé une plainte auprès du procureur du roi pour ouvrir une enquête sur qui se cache derrière ces tonnes de produits dopants disponibles sur le marché marocain.
Déplorant le manque d’écoute de la fédération et la non implication des ONG dans la lutte contre le dopage, Karam Lahcen avoue n’avoir pas été surpris de voir Meriem Selsouli, Abderrahim Goumri et Amine Laâlou interdits de JO pour dopage.
“Je n’étais pas surpris par la nouvelle parce que j’avais entre les mains depuis 2009, une étude élaborée par la commission scientifique de l’AMSDS qui disait qu’il y aura des cas de dopage dans les mois à venir. On a fait cette déclaration en mai puis en septembre, résultat: 2/3 des cas contrôlés positifs à Berlin étaient des Marocains. Londres n’a été que la confirmation de ce qu’on prédisait. ”
Karam Lahcen, président de l’AMSDS.
Des têtes sont tombées suite aux cas de dopage dans la délégation marocaine aux derniers JO: la commission nationale antidopage a été dissoute.
Pour M. Karam, il faudra désormais créer une agence antidopage qui travaille en étroite collaboration avec la fédération mais aussi la société civile. Mais, précise-t-il, “cela ne sert à rien de créer une agence isolée qui endossera toute la responsabilité. La lutte antidopage, c’est toute une philosophie et des structures à produire. Le plus important, c’est de ficeler et d’assurer un lien dynamique entre ces composantes.”
Une agence antidopage
Selon le militant antidopage, l’agence devrait au minimum avoir quatre commissions: une commission médicale, une commission juridique, une commission programmation et une commission éducation.
Pour en arriver à ce projet concret, Karam Lahcen appelle la Fédération royale marocaine d’athlétisme à coopérer avec les ONG, notamment l’AMSDS, selon lui “la première instance officielle dont l’unique métier est la lutte contre le dopage, qui a accumulé beaucoup d’expérience et a beaucoup d’informations qui peuvent servir aux ayant droits.”
Les membres de la fédération voudront-ils coopérer avec une ONG qui ne cesse depuis des années de frapper à sa porte en vain?
Quoiqu’il en soit, les sorties de Saïd Aouita et de l’AMSDS devraient faire bouger les choses car il est avéré que les autorités en charge de l’athlétisme national cautionnent l'utilisation de produits illicites. Rien que pour cette certitude, elles devraient démissionner de leur poste.

