Coup de gueule
C’est la fête du cinéma… et la nôtre !
Dernière mise à jour :
Rio. Un film d'animation pour enfants qui fait fureur et qui, paraît-il, se déroule dans la bonne humeur. Concernant le film, ça a été tout à fait ça. Mais pour nous, parents, enfants et autres spectateurs, ce fut l’enfer! A la caisse, avant d’entrer voir le film, un tarif de 20 dirhams seulement est annoncé. On ne va pas cracher dessus. Visiblement, c’est la fête du cinéma. Au niveau des gâteries, pareil, deux boissons pour le prix d’une. Jusqu'ici tout va bien. A l’intérieur de la salle, une des petites salles du Mégarama, on sent la chaleur d’entrée de jeu. La climatisation ne va pas tarder, se dit-on, confiant.
Plus le temps passe, plus cela devient infernal. Pas une effluve de clim', pas une brise de ventilation, aucune hôtesse pour venir voir si tout va bien. Les parents vont et viennent pour demander l’aération. Apparemment, la clim' marcherait mais nous, pauvres idiots, ne la sentons pas. Une salle livrée à elle-même, qui se transforme peu à peu en sauna.
Dehors, il doit faire dans les 40 degrés. Et ça se sent. La respiration devient difficile dans cet espace confiné, sans air. Et surtout avec beaucoup d’enfants. L’atmosphère est lourde, moite, à la limite du supportable. Les gens ventilent avec ce qu’ils peuvent: paquets de chips vides, cartons de popcorns écrasés ou autre objet pouvant soulager et créer un peu d’air. Certains diront que ce sont des choses qui arrivent. Mais que serait-il arrivé justement si l’une des personnes qui se trouvaient à l’intérieur de la salle était asthmatique, claustrophobe, cardiaque ou que sais-je encore? Je n’avais aucun de ces symptômes et pourtant je me sentais suffoquer dans cette salle.
Ma fille, en sortant de là, se plaint de vertige. Il est vrai que chacun avait la possibilité de sortir de cette salle à n’importe quel moment, et de se faire rembourser. Mais on croyait vraiment à l’arrivée de la clim' à un moment ou un autre. Je n’imaginais pas qu’en plein été, et dans une structure aussi importante que le Mégarama, nous aurions à vivre un tel calvaire. Je sortais de là, me disant que si quelqu’un ne réagit pas, et surtout moi en ma qualité de journaliste, cela pourrait coûter la santé d’une autre personne. Et que de toutes les manières, c'était intolérable. Je revins voir le directeur du cinéma pour lui parler du problème. Mais à ma grande surprise, il n’en vit presque aucun.
“Les hôtesses à l’accueil auraient dû vous dire que la clim' ne fonctionnait pas”. Encore mieux, on apprend maintenant qu’effectivement elle était H.S. “Mais Monsieur, ne croyez-vous pas qu’il aurait fallu fermer cette salle et empêcher la projection au lieu de courir ce genre de risque... Et si dans cette salle un enfant avait eu un malaise?”. Sa réponse fut des plus surprenantes: “Oui effectivement, mais vous savez ça ne dure que depuis quelques jours, nos clim' sont en panne etc…” . Je l’interromps, exaspérée: “Mais il suffit d’une seconde pour quelque chose de malencontreux se produise; vous vous feriez une sacrée réputation, là! Ne croyez-vous pas qu’il aurait été plus sage de fermer cette salle?”. “Oui, mais tous nos clients et partenaires, qu’est-ce qu’on leur aurait dit?”. Ah, c’est donc bien une question commerciale, même si deux minutes avant, il avait affirmé le contraire. Que ce ne sont pas les tarifs réduits du moment qui feraient de grosses rentrées d’argent. Bref je vous épargne la boucle vicieuse et vaine qui s’en suivit. Je préférais m’en aller devant l’aberration à laquelle je faisais face et en informer le public autrement. D’autant que j’ai appris, à travers ma petite enquête sur place, que trois petites salles n’étaient pas climatisées depuis quelques temps. Le ciné, c’est bien, surtout quand les tarifs sont réduits, mais pas au détriment du minimum de confort et de sécurité. N’oubliez pas vos maillots, éponges et éventails, en allant au ciné, ça peut servir!



