Edito
Chabat, Benkirane et le coût du travail
Dernière mise à jour :
Chabat débarque avec sa sensibilité de responsable syndical: une bonne nouvelle pour les équilibres démocratiques, et qui va permettre au nouveau SG de l'Istiqlal de sentir d’un peu plus près la difficulté de répondre à toutes les revendications. Dernièrement, ce chef de l'UGTM avait claqué la porte du dialogue social sous prétexte que le gouvernement n’appliquait pas les accords convenus avec les centrales syndicales... Maintenant, il va falloir qu’il s’implique dans la solution.
On voit bien dans d'autres pays, les hommes politiques changer de langage et d'idées dès qu'ils ont la responsabilité du pouvoir. Ils finissent tous par se rendre à l'évidence: la critique est facile mais l'art est difficile.
Au Maroc, il en va de même. Abdelillah Benkirane, actuellement ou plus tard, avec son nouvel allié Chabat, sont face à des indicateurs économiques têtus qui ne comprennent rien ni à la volonté de mise en place d’une nouvelle gouvernance, ni aux charmes de notre nouvelle Constitution.
Notre économie a besoin de décisions concrètes et courageuses.
Ainsi, que ce soit au niveau des salaires ou des recrutements dans la fonction publique, la pression sur le gouvernement va aller en grandissant. La masse salariale de nos fonctionnaires atteint les 105 milliards de dirhams, soit environ 13% du PIB, ce qui laisse une très faible marge de révision. Le salaire minimum dans le privé au Maroc est le plus élevé d’Afrique, supérieur de 30% à celui de la Tunisie, de 60% à celui de la Bulgarie ou de la Roumanie, égal à celui de la Lituanie ou de la Pologne... Sans parler des salaires dans les pays asiatiques.
Des responsables politiques ou de vénérables économistes prennent la parole de temps à autre, pour dire que le Maroc ne doit pas fonder son modèle économique sur le bas coût de la main d’œuvre, mais que nous devons innover et faire progresser notre recherche-développement pour modifier notre production et aller à la conquête de nouveaux marchés. Ce ne sont là que belles paroles de personnes qui n’ont jamais créé une entreprise au Maroc et qui planent loin au-dessus de la réalité sociale du pays.
Le coût du travail restera encore, pour très longtemps, un facteur important de notre compétitivité et par conséquent de notre aptitude à augmenter nos exportations et notre industrialisation. Peut-être que Chabat le syndicaliste devra mettre un peu d'eau dans son “thé”.

