Selma Bargach, réalisatrice
Un Cinéma pour demain
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Plus de 50 ans de cinéma marocain, et nous en sommes encore à chercher le film qui nous fera tous chavirer, qui bousculera notre vision du monde, qui nous dérangera ou qui nous fera entrevoir un cinéma différent, un cinéma tel que nous aimerions enfin le voir… Nous en sommes encore au banc d’essai, avec néanmoins quelques films qui sortent du lot...
Pourtant nos prédécesseurs, ceux qui ont déjà vécu l’époque des films expressionnistes, underground, Dogma, expérimentaux, du néo-réalisme ou encore de la nouvelle vague n’ont pas encore de souci à se faire. Il faut dire que le cinéma ailleurs, est souvent lié aux mouvements sociaux de l’époque, le notre l’est toujours plus tardivement; il faut dire aussi qu’il y a autant de cinéma que d’univers possibles, le nôtre commence à émerger dans ce sens…
Nous avons passé un cap, c’est vrai, celui du cinéma qui cherche sa légitimité dans le social, mais nous en sommes toujours au stade du tâtonnement, de l’expérimentation…!
Combien d’images encore avant de susciter de l’émotion, de la réflexion, de la poésie, du rêve ou de la révolte… Combien de pages à noircir, combien de routes où s’engager… Et c’est aussi bien cela notre devoir, mais aussi notre force, celle qui fera que peu à peu, en cherchant ce qui est enfoui au fond de nous, en explorant les labyrinthes de nos personnalités, en sortant du convenu, de l’établi, en puisant dans nos imaginaires et non dans celui des autres, que nos images parleront enfin, dans la diversité, la sincérité et se frayeront leur propre voie.
Oui, la route est longue, car en plus du travail, de la réflexion, elle demande aussi de prendre du recul, de se respecter soi-même, de se respecter les uns les autres, de se solidariser et surtout de s’élever.
Devant le petit écran de nos nuits blanches… des images atrophiées, des images déstructurées, des images dénuées de sens… Et encore des images… Et des esprits qui rétrécissent, jusqu’à se réduire comme peau de chagrin et prendre le même format que leur poste de TV...
Devant le petit écran de nos nuits blanches… des images atrophiées, des images déstructurées, des images dénuées de sens…
Nous sommes face à cette réalité, mais aussi à l’autre, celle des films dont les objectifs sont d'être peu onéreux à produire, faciles à réaliser, rapides et divertissants. Les évolutions techniques aidant, le piratage, le streaming…, parfois le manque de courage, l’abandon de l’esprit créatif, poussent les uns et les autres à tomber dans la commodité, voire dans la misère intellectuelle. Notre devoir est de ne pas laisser LE CINEMA s’enfouir dans ces méandres.
Bio
Née à Casablanca, Selma Bargach étudie l’art et le cinéma expérimental à la Sorbonne, à Paris. Elle réalise ses premiers films en super 8, effectue un stage de montage à Antenne 2, participe à la création d’un centre de documentation sur les arts du Maghreb puis intègre la Fondation de l’ONA.
Elle obtient un doctorat d’arts plastiques option cinéma puis travaille en tant qu’assistante réalisatrice avec de grands cinéastes marocains et étrangers. Elle réalise des courts métrages de fiction vite remarqués dans des festivals comme le Fespaco ou le Festival du Film indépendant de Bruxelles.
Son 1er projet de long métrage, La 5ème corde a été sélectionné dans plusieurs workshops comme “Produire au sud” à Cannes, “Rawi – 4th Middle east screenwriters lab – Sundance” ou encore “Dubai film connection”.



