Karima El Korri, PNUD
Hommage aux peacekeepers!
Dernière mise à jour :
L’année 2010 a marqué le dixième anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité.
Relativement peu connue, mais adoptée à l’unanimité le 31 octobre 2000, la résolution 1325 porte sur la protection des femmes contre les violences, le respect de leurs droits fondamentaux, et leur participation effective à la gestion des situations de conflit et à la reconstruction.
La communauté internationale avait pris conscience de deux faits importants: le premier est que les femmes sont les cibles de violences massives en période de conflits armés et une attention particulière doit être dédiée à leur protection ; le second porte sur l’impact de la participation des femmes sur le maintien et la consolidation de la paix.
Bien plus que la réalité de ces deux constats, c’est le lien entre eux qui m’a le plus interpelé. Je savais, par les nombreux rapports que mon organisation produit chaque année, qu’à la fin de 2009, plus de 120.000 soldats, agents de police, et personnels civils de 116 pays étaient déployés dans 15 opérations de maintien de la paix à travers le monde.
Ce que je ne savais pas, c’est qu’au Libéria, au Congo, et dans plusieurs pays fragiles, ravagés par les conflits et essayant tant bien que mal de (se) “reconstruire”, les casques bleus couvraient les cheveux de femmes venant de l’Inde, du Ghana, d’Afrique du Sud ou du Nigéria, pour veiller à réinstaurer la paix... Bien loin des cuisines des casernes, des femmes patrouillent de jour comme de nuit dans les rues de Monrovia ou dans les plaines du Darfour, Kalachnikovs à l'épaule.
Quand on leur demande ce qu’elles sont venues faire, elles répondent: “Nous sommes ici pour aider à rétablir la paix.” Ces femmes représentent 30% du personnel civil, 8% des forces de polices, et 2% des forces militaires des Nations Unies. On ne peut exclure l’aspect financier des raisons qui font que ces femmes laissent loin derrière elles parents, maris et enfants. Mais dire que leur mission pour l’ONU est un acte patriotique ou leur seul moyen de sortir leurs familles de la pauvreté n’aurait pas beaucoup de sens non plus.
Au fait, elle sont surtout là car leur présence apporte quelque chose que leurs collègues masculins ne peuvent pas donner, surtout qu’il ne s’agit pas uniquement de monter la garde, mais aussi d’établir des liens de confiance avec les populations. Ces femmes peuvent faire le même travail mais avec une approche plus “soft”, particulièrement lorsqu’il s’agit de soutenir des milliers de femmes et petites filles victimes de violences sexuelles, de s’occuper d’orphelins, ou de protéger des familles déplacées dans leur propre pays. Cette dimension humaine de leur mission leur est également bénéfique, et les aide à mieux gérer leur propre souffrance loin de leur famille.
Elles sont nombreuses à se bousculer le soir dans leurs quartiers, souvent tapissés de photos de famille, pour chanter, par téléconférence, une comptine à leurs enfants se trouvant à des milliers de kilomètres de leurs bras. Depuis l’adoption de la résolution 1325, l’ONU œuvre pour l’augmentation du nombre de ces femmes “peacekeepers”. En cinq ans, l’effectif féminin a doublé grâce à des mesures incitatives mises en place pour écourter les périodes de rotation, et permettre ainsi à un plus grand nombre de femmes de participer aux missions de maintien de la paix, ou de reconstruction post-conflit.
Beaucoup d’histoires d’hommes et de femmes suscitent l’admiration et nous donnent tous les jours des leçons d’humilité, mais c’est à toutes ces femmes, mères, sœurs ou filles en béret bleu, qu’on connait si peu, que je voulais rendre hommage aujourd’hui.
Bio
Karima El Korri dirige depuis 2004 au sein du Programme des Nations Unies pour le développement, (PNUD), un projet régional de développement parlementaire dans les pays arabes (Initiative de développement parlementaire dans la region arabe).
Elle est également coordinatrice des actions régionales du PNUD pour la gouvernance participative. Karima El Korri est experte en renforcement du pouvoir législatif, la gouvernance et le genre, et des partis politiques.
Avant d'intégrer le PNUD, elle a dirigé un centre de formation à Casablanca puis elle a été directeur de projet du think-tank “Maroc 2020”. Auparavant elle avait enseigné la langue anglaise à l'Université Al Akhawayne à Ifrane.
Karima El Korri a obtenu un Master en linguistique appliquée, à l'Université de Columbia de New York, et maîtrise parfaitement quatre langues. Karima est maman de deux petites filles Dina, 11 ans et Lina, 10 ans.



