Leïla Ghandi, auteur, photographe, réalisatrice
Baracka !
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Il fait la Une de tous les journaux sérieux et la couverture de tous les magazines people. Son nom fait écho dans les JT des prime time du monde entier et dans les talk show les plus aguicheurs. Hier encensé aujourd’hui incendié. Obama n’a de toute évidence pas la baraka en ce moment.
On aura tout entendu. Le démocrate prudent: nous ne sommes qu’à mi-mandat, il a déjà accompli beaucoup. Le républicain un peu facho: les Etats-Unis d’Amérique ont besoin d’un homme de poigne aux valeurs nationalistes. L’alarmiste marseillais: Obama a complètement détruit notre économie et notre pays. L’inutile de mauvaise foi: je savais qu’il ne fallait pas que je vote pour lui. Le raciste refoulé: que pouvions-nous espérer de mieux d’un descendant d’esclave? Bref, l’heure est grave à la Maison Blanche.
Barack Obama n’a pas été à la hauteur des attentes qu’il a produites dans les consciences collectives en mal de grand changement.
Certes, il n’a peut-être pas été aussi prolifique qu’on l’aurait souhaité, mais entre nous, un Barack -jugé trop hâtivement selon moi- somnolent, ne vaut-il pas mieux qu’un Bush virulent? Que lui reprochons-nous, au juste? Que le monde n’ait pas déjà changé?
Cet acharnement médiatique déconnecté de tout sens commun est humainement injuste. À moins bien sûr que nous ayons pris l’homme pour un dieu. Mais c’est vrai, dans la fougue du “Yes, we can!” l’Amérique, et nous tous aussi un peu peut-être, avons fini par croire que les miracles aussi étaient possibles. Comme dans les films de science fiction et les séries fantastiques, comme dans Heroes et dans 24 heures chrono: Obama, héros des temps modernes, sera Jack Bauer et Silar dans un même corps.
Il aura la classe des grands hommes et les pouvoirs extraordinaires des personnages les plus imaginaires. Il sera le Che pour que les révolutionnaires puissent crier “hasta la victoria siempre”, et Martin Luther King pour que son Dream voit enfin le jour. Il sera aussi James Dean pour les femmes, et tant qu’à faire, Lucky Luke pour pouvoir tirer plus vite que son ombre. Il l’a dit: yes, we can!... Donc on peut bien tout attendre de lui.
Soyez réalistes, demander l’impossible a bon dos. Surtout quand on n'a rien d’autre à faire qu’attendre que les choses se fassent pour nous, mais sans nous s’il vous plait. On se souvient pourtant tous de cette phrase célèbre de Kennedy: “Ne demandez pas ce que le pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le pays”. Sans doute des valeurs dépassées, d’une noblesse désuète, et qui ne parlent plus à grand monde. À l’heure de la toute consommation et du culte de la facilité, nous nous contentons de jouir des combats des autres.
Un état de droit, d’accord, bien sûr. Mais sans état d’esprit, l’état de droit finit par devenir une coquille vide, fragile, fébrile, porteuse de rien. Le changement, s’il peut être incarné par une figure emblématique, c’est par chacun de nous qu’il doit être porté. Barack Obama est un symbole, un porteur d’espoir. Il est la promesse de lendemains meilleurs, l’évidence de mentalités qui évoluent, l’affirmation d’une société en mutation, la possibilité de possibles. Le reste, c’est à eux, c’est à nous de le faire.
D’ailleurs, pour ceux qui auront mal lu: dans Yes, we can, il y a WE.
Bio
Née à Casablanca en 1980, diplômée de Sciences Po Paris, Leïla Ghandi parcourt le monde en solitaire depuis l'âge de 15 ans avec son appareil photo, sa caméra et son stylo.
Leïla est auteur, photographe, et réalisatrice indépendante. Elle dresse un portrait humain de ce qui nous entoure pour raconter le monde autrement. Leïla collabore avec la presse, la radio, la télévision, des institutions telles que l’UNESCO et la Fondation Royale Mohamed VI, et des personnes publiques telles que Gilles Képel et Titouan Lamazou.
Elle est l’auteur de Chroniques de Chine, publié en France et au Maroc (éditions Le Fennec).
Elle a réalisé une série de portraits documentaires diffusée sur la première chaine nationale marocaine. Ses photographies font l’objet d’expositions à travers le monde. Elle est régulièrement invitée à tenir des conférences à l’international.
Leïla a reçu au Sénat français le Trophée Euromed de la Réussite au Féminin en 2008, le Prix Littérature de l’USAID en 2009. Elle a rejoint les réseaux des Young Mediteranean Leaders et du Women’s Tribune en 2009, et elle est nommée “opinion leader” par un organisme de l’ONU en 2010.
www.leilaghandi.com



