Prisonniers palestiniens libérés par Israël
Bataille financière entre le Fatah et le Hamas

Dernière mise à jour :


Depuis l’accord Shalit du 18 octobre, les deux factions palestiniennes rivalisent d’initiatives et de promesses financières en faveur des prisonniers libérés.

Repas de fête en plein air organisé par le Hamas à Gaza en l'honneur des prisonniers (tous les jours depuis la libération). / H.P
Repas de fête en plein air organisé par le Hamas à Gaza en l'honneur des prisonniers (tous les jours depuis la libération). / H.P
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Arrivée sur les lieux du Premier ministre de Gaza, Ismaël Haniyeh, qui salue les prisonniers et les autres leaders du Hamas. / H. P
Arrivée sur les lieux du Premier ministre de Gaza, Ismaël Haniyeh, qui salue les prisonniers et les autres leaders du Hamas. / H. P
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Près du lieu du repas, une affiche à la gloire de ceux qui ont enlevé Guilad Shalit, et qui rejoue la scène de l'enlèvement. / H.P
Près du lieu du repas, une affiche à la gloire de ceux qui ont enlevé Guilad Shalit, et qui rejoue la scène de l'enlèvement. / H.P
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La libération de 477 prisonniers palestiniens avait ravivé l’espoir d’une réconciliation réelle entre les deux factions, Fatah et Hamas. Pour la première fois depuis la rupture de 2006, les drapeaux verts du Hamas avaient côtoyé ceux du Fatah pour accueillir les prisonniers libérés à Gaza et en Cisjordanie. Aucun sujet ne peut, en apparence, faire davantage consensus que la question des prisonniers:

20 à 30%

On estime qu’entre 20 et 30% de la population palestinienne a été, à un moment quelconque, en détention dans les prisons israéliennes.

Mais deux semaines après ce jour d’unité nationale, c’est bien une guerre de communication qui oppose à nouveau les deux factions afin de déterminer celle qui sera sacrée la plus “généreuse” à l’égard des prisonniers libérés.

Surenchère financière

À Gaza, le Hamas voit les choses en grand. En particulier pour les 165 prisonniers originaires de Cisjordanie exilés dans l’étroite bande de terre. Depuis le 18 octobre, ils logent dans l’hôtel de luxe, Al-Mashtal (150 euros la nuit), et ils devraient encore y rester plusieurs semaines. Tout est pris en charge: déplacements en voiture, conversations téléphoniques, examens médicaux…On ne compte plus les repas de fêtes ou les parades militaires organisés en leur honneur. Enfin, le mouvement islamique a accordé à tous les prisonniers libérés une prime immédiate de 2.000 dollars.

À Ramallah, l’Autorité palestinienne (AP) a aussitôt surenchéri en annonçant le versement d’un “chèque présidentiel” allant de 2.000 à 10.000 dollars, dès le 2 novembre. Pris de court après l’accord historique d’échange signé avec Israël -un succès imputé uniquement à son rival de Gaza-, l’AP tente aujourd’hui de rattraper son retard.

Dans le quotidien du Fatah, Al-Ayyam, une dizaine de pages est consacrée chaque jour, photos à l’appui, aux visites quotidiennes des officiels de l’Autorité palestinienne dans les familles de prisonniers. Pas question de se laisser distancer sur un terrain central de la psychologie nationale.

Tensions ravivées

Les Territoires palestiniens sont en effet, l’unique territoire au monde qui possède un ministère uniquement chargé du sort des prisonniers et des ex-détenus. On en compte en réalité deux depuis 2006: l’un en Cisjordanie, l’autre à Gaza. Les deux entités ont lancé, depuis le 18 octobre, une intense campagne de communication.

À Ramallah, le ministre adjoint des Prisonniers, Ziad Abu Ein, rappelle: “Gaza se réveille aujourd’hui mais c’est nous qui versons depuis des années un salaire aux détenus emprisonnés en Israël. Pas le Hamas. Nous avons même modifié la loi cette année pour accroitre le plafond à 2.400 euros mensuels. C’est aussi nous qui fournissons une cinquantaine d’avocats, tous frais payés.”

À Gaza, son homologue, Mohammad Alkatari réplique: “Nous avons débloqué un budget provisoire de 700 millions de dollars pour les prisonniers libérés. Nous allons tout payer -appartement, études, mariages-, même si nous devons baisser nos salaires pour cela.”

Loin d’aplanir les divisions, la question des prisonniers les ravive: “En Cisjordanie, des ex-détenus du Hamas ont été arrêtés. Nous allons leur verser la prime de 2.000 dollars mais nous ne voulons pas être la cause de nouvelles arrestations”, dénonce Mohammad Alkatari.

Pour les observateurs à Gaza et à Ramallah, la distribution des primes se fera donc davantage sous le manteau, dans chacun des deux camps, pour éviter de nouveaux affrontements.

Mais au-delà de cette surenchère d’annonces, le traitement “cinq étoiles” des prisonniers libérés risque de ne pas durer. En particulier à Gaza, où 70% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté: “De leur hôtel, ils n’ont pas encore vu le vrai Gaza, celui du blocus et des coupures d’électricité. Et le Hamas ne pourra pas tenir toutes ses promesses financières. Ici, la société tourne exclusivement autour de la famille. Pour les exilés de Cisjordanie, loin de leurs foyers, la vie va encore être plus difficile”, prédit Rami, un habitant de Gaza.

De notre correspondante en Palestine, Hélène Prudhon

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