Le nouveau président tunisien a prêté serment :Moncef Marzouki ou le pari de la cohabitation avec les islamistes

Dernière mise à jour :


Le nouveau président tunisien Moncef Marzouki a pris ses quartiers mardi au palais présidentiel de Carthage. C'est une élection à la portée toute symbolique et émotionnelle qui a mené hier à une tout aussi émouvante cérémonie de prestation de serment par le nouveau président devant les élus de l'Assemblée constituante et les plus hautes sommités de l'Etat. Une première dans le monde arabe, une revanche sur l'histoire... Et un miroir pour bien d'autres pays de la région.

Le nouveau président de la Tunisie, Moncef Marzouki, le 13 décembre à la sortie de la cérémonie de prestation de serment. /DR
Le nouveau président de la Tunisie, Moncef Marzouki, le 13 décembre à la sortie de la cérémonie de prestation de serment. /DR
Agrandir

Moncef ben Mohamed Bedoui-Marzouki, chef du Congrès pour la République (CPR), a prêté serment hier devant la nouvelle Assemblée constituante, dont les députés l'avaient lundi soir, élu président de la République tunisienne. Une première dans le monde arabe où un militant de la démocratie et des droits de l'Homme, appartenant à la gauche laïque obtient ce statut par la voie démocratique.

La main sur le Coran, cet adversaire historique de Zine el-Abidine Ben Ali a déclaré: “Je serai garant des intérêts nationaux, de l'État des lois et des institutions, je serai fidèle aux martyrs et aux objectifs de la Révolution”.

Une cérémonie pleine d'émotions

Dans le discours qui a suivi la prestation de serment, le nouveau président a promis d'être le “président de tous les Tunisiens”, et de “n'épargner aucun effort” pour améliorer la vie de ses compatriotes, de garantir “le droit à la santé, le droit à l'éducation, le droit des femmes”.

Très ému, Marzouki a également rendu hommage aux “martyrs de la Révolution” qui ont chassé le président Zine el Abidine Ben Ali.

“Sans leur sacrifice, je ne serais pas là à cet endroit”, a dit les larmes aux yeux l'ancien opposant.

Cohabitation avec les islamistes

Le nouveau président, revenu en Tunisie en tant que militant de la démocratie et des droits de la personne humaine, a pris ses quartiers au palais présidentiel de Carthage, près d'un an jour pour jour après le début de la révolution en Tunisie.

Dans un contexte social et économique tendu -croissance nulle et taux de chômage supérieur à 18% en 2011-, Marzouki va affronter une situation difficile, compliquée par son alliance contre nature avec les islamistes du parti Ennahda, grands vainqueurs des élections du 23 octobre.

“Le principal défi est de réaliser les objectifs de la révolution. D'autres nations nous regardent comme un laboratoire de la démocratie”.

Moncef Marzouki, président de la République tunisienne.

Une alliance jugée comme une trahison suprême par le camp “moderniste”: lors du vote par l'Assemblée constituante, l'opposition avait en effet voté blanc lundi, estimant que la fonction présidentielle avait été dépouillée de tout pouvoir.

“Je suis navré parce que Moncef Marzouki a trahi les espérances des Tunisiens qui ont porté beaucoup d’espoir sur lui.”

Ahmed Nejib Chebbi, leader du PDP.

Aujourd'hui aux yeux de l'opposition, le vrai pouvoir est entre les mains du gouvernement de Hamadi Jebali, le numéro deux du parti islamiste Ennahda, qui sera nommé officiellement ce jour même, la plupart des postes régaliens étant attribués aux mêmes islamistes d'Ennahda... Dans ce contexte, Marzouki est considéré par l'opposition comme leur marionnette.

“Je ne sais pas quel Marzouki aura le dessus, le Marzouki personnalité de la société civile qui a voué sa vie à la défense des droits de l’Homme dans le monde arabe? Ou le Marzouki politicien qui rêve depuis longtemps de décrocher la magistrature suprême?”

Le politologue Vincent Geisser sur slateafrique.com.

Ainsi, après des années d'engagement militant et de combat contre l'ancien régime, Moncef Marzouki devenu président de la république de Tunisie, a dû lancer un appel hier à l'opposition pour qu'elle participe à la vie politique du pays et “ne se contente pas d'un rôle d'observateur”...

Marzouki ou la revanche de l'histoire

Moncef Marzouki, était dans les années 1990, à la tête de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, et l'un des premiers adversaires déclarés de Zine el-Abidine Ben Ali, contre lequel il se présente à l'élection présidentielle en 1994. Ben Ali, qui incarne alors le rempart contre l'islamisme, -les événements d'Algérie sont encore tous frais-, n'aura alors aucun mal à le chasser du pays. L’opposant, retourné triomphalement en Tunisie en janvier dernier après des années d'exil, a fini par prendre sa place... Une belle revanche de l’Histoire.

W.M


L'équipe de aufait accueille vos commentaires avec enthousiasme, et s'engage à respecter votre liberté d'expression. Par contre, afin d'éviter les abus et les contenus offensants, seuls les commentaires validés par notre équipe rédactionnelle seront publiés. Vous êtes priés de respecter la netiquette.

Vous avez droit à votre opinion, respectez donc celle des autres ! Merci.

comments powered by Disqus


newsletter