Somalie: dans Baïdoa aux mains des Ethiopiens, espoirs et appels à l'aide

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"Crains Dieu! N'écris pas sur ces murs!", ordonne l'inscription dans ce qui fut la base des insurgés islamistes somaliens shebab dans leur bastion de Baïdoa, au milieu de graffitis représentant des mitrailleuses et des tanks, ou un drapeau du réseau Al-Qaïda.

Le bâtiment en ruine est désormais occupé par les troupes éthiopiennes, auxquelles les shebab ont préféré abandonner sans combattre, le 22 février, la troisième ville de Somalie qu'ils tenaient depuis janvier 2009.

A l'époque ils avaient pris la ville quelques heures après le départ du contingent éthiopien qui y était déployé depuis fin 2006 pour protéger les institutions somaliennes de transition qui y siégeaient, face aux attaques d'insurgés islamistes.

L'armée éthiopienne avait alors quitté la Somalie à l'issue de deux ans d'une sanglante intervention militaire qui avait permis de défaire les miliciens de l'Union des tribunaux islamiques mais avait favorisé l'émergence des shebab, une de leurs ailes radicales. Cette fois, les troupes éthiopiennes, à nouveau entrées en Somalie en novembre, assurent qu'elles quitteront Baïdoa dès la paix rétablie. Une échéance qui pourrait être encore lointaine, dans un pays privé d'Etat central et livré au chaos depuis 20 ans.

"Quand la paix sera revenue, nous partirons", explique le capitaine éthiopien Mahmoud Yissak à des journalistes emmenés à Baïdoa par l'armée éthiopienne, "nous ne voulons pas rester plus".

La rivalité entre l'Ethiopie et la Somalie est historique et vieille de plusieurs siècles. La précédente intervention éthiopienne avait fait face une hostilité qui n'avait cessé de croître.

Aujourd'hui, Mohamed Habsallah, député du Parlement somalien de transition milite pour "une présence éthiopienne à long terme" à Baïdoa, pour que la ville "ne retombe pas aux mains des shebab".

Mais tenir les shebab à distance implique aussi la mise sur pied d'institutions et d'une administration fonctionnelles. Or les autorités somaliennes de transition, dont le mandat prend fin en août, restent extrêmement fragiles et ne doivent leur survie qu'au soutien de la communauté internationale et la force de la Mission de l'Union africaine en Somalie (Amisom).

Des élections sont prévues en août pour les remplacer, une gageure alors que l'autorité du gouvernement de transition peine à dépasser les limites de Mogadiscio.

Parti de Baïdoa lors de l'entrée des shebab, son ex-gouverneur, Abdifattah Guessay, vient d'y revenir. Il ne sait pas combien de temps prendra la mise en place d'une administration et d'autorités viables, mais dans l'immédiat, il se dit heureux du départ des shebab et veut croire qu'une nouvelle chance se présente.

Les shebab "ont détruit les entreprises, les gens compétents, tout s'est arrêté", mais "nous avons une grande opportunité désormais", assure-t-il. M. Guessay voudrait désormais voir les Ethiopiens libérer également les districts environnants, encore aux mains des shebab: "Il faut aussi libérer ces zones, c'est ce que veulent les gens".

Le "temps" des shebab à Baïdoa "est terminé", assure-t-il, persuadé qu'ils ne reviendront jamais dans la ville.

Côté éthiopien, on assure aussi que la défaite totale des insurgés est proche. "Les shebab n'ont aucune racine dans ce pays, les gens les haïssent", affirme le général éthiopien Yohannes Gebregiorgis qui n'exclut néanmoins pas de "travailler avec le camp d'en face", ceux d'entre eux qui accepteront de déposer les armes, pour assurer la stabilité de la zone.

Pour les habitants, l'essentiel reste de retrouver une vie normale, après des années de guerre et une récente sécheresse catastrophique, expliquent les chefs traditionnels de Baïdoa qui appellent à un soutien international. En 2011, la région de Bay, dont Baïdoa est la capitale, avait été déclarée, comme cinq autres, en état de famine par l'ONU. Entre 3.000 et 5.000 personnes avaient été contraintes de fuir Baïdoa, selon des responsables locaux.

Pourtant, "nous avons de nombreux fermiers, la terre est très fertile, mais il manque la paix pour nous permettre de cultiver le sol", explique Maalim Ali Barre, un chef traditionnel, dont quatre membres du clan ont été tués par les shebab. "Nous avons besoin d'une aide d'urgence, nous avons de gros problèmes ici. Les gens meurent, les gens ont faim, les gens ont soif", souligne-t-il.

AFP


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