Visite de François Hollande en Algérie :Benjamin Stora évoque une “Exigence de vérité” dans la société algérienne

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La société algérienne est animée par “une exigence de vérité” concernant son Histoire, pas seulement au sujet de la guerre avec la France, de 1954 à 1962, mais aussi de 130 ans de colonisation française, selon l'historien Benjamin Stora. Ce dernier a en effet été consulté par le président français, sur la dimension mémorielle de sa visite ce mercredi et jeudi en Algérie, et plus généralement sur le Maghreb. Interview.

Comment les Algériens, dans leur ensemble, appréhendent-ils la question mémorielle ?

Ces questions mémorielles ont pris beaucoup d'importance depuis 2005 qui a marqué le grand tournant. Avant, ce préalable n'était pas aussi vivement posé dans les rencontres officielles franco-algériennes mais, depuis l'adoption en 2005 de la loi sur la colonisation par l'Assemblée nationale française (...), les enjeux de mémoire ont pris une grande place en Algérie.

Il y a à la fois des calculs politiques des dirigeants mais aussi une opinion publique qui, maintenant, est concernée par cette question-là. Ce ne sont pas simplement des propos 'd'en haut', mais des histoires contenues du côté de la société civile et qui réapparaissent de manière vive. Cela ne veut pas dire que les Algériens ressassent le passé de façon permanente. Mais dans la jeunesse notamment, il y a une exigence de vérité. Dans le même temps, beaucoup de gens disent: 'maintenant il faut aussi avancer'.

Quelles sont les attentes ?

Les Algériens ne sont pas uniquement polarisés sur la guerre d'Algérie, comme les Français. La question pour eux, c'est la colonisation, celle de l'imposition d'un système dans la durée, c'est-à-dire 'pourquoi les Français sont-ils arrivés en Algérie et comment, pendant 130 ans, nous, Algériens, avons vécu avec cette histoire'? C'est cela qui les intéresse.

De l'autre côté de la Méditerranée, ce n'est pas le même point de vue: les Français évoquent surtout la fin de la guerre, avec l'exode des pieds-noirs, le massacre des harkis, la fin de l'Algérie française, alors que les Algériens parlent des origines de la guerre. C'est la différence d'approche.

Ce que les Algériens attendent généralement, c'est la reconnaissance des exactions commises (...). Cela a été fait pour Sétif et Guelma et récemment, pour la répression à Paris de la manifestation du 17 octobre 1961. Une prise de position de François Hollande allant dans ce sens est attendue en Algérie.

Reconnaissance, cela ne signifie pas repentance ?

La repentance, ce mot est rarement prononcé en Algérie. C'est un mot du vocabulaire religieux catholique, ce n'est pas dans le vocabulaire politique algérien. Plus personne ne la réclame en France d'ailleurs.

AFP


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