Kenya: démission du ministre des Finances, acculé par la décision de la CPI

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Un des hommes politiques les plus influents du Kenya et candidat à la prochaine présidentielle, Uhuru Kenyatta, a cédé aux pressions et démissionné jeudi de son poste de ministre des Finances après la confirmation de charges de crimes contre l'humanité prononcées à son encontre.

La décision des juges de la Cour pénale internationale (CPI) lundi, qui ont ouvert la voie à un procès pour son implication présumée dans l'organisation des violences post-électorales de 2007-2008, avait mis M. Kenyatta, 50 ans, dans une position délicate.

Aussi a-t-il présenté sa démission "de son poste de ministre des Finances" au président Mwai Kibabi, qu'il l'a acceptée, indique un communiqué de la présidence. Le député de Gatundu South (centre), fils du "père" de l'indépendance kényanne, Jomo Kenyatta, conserve toutefois ses fonctions de vice-Premier ministre "en accord avec la Constitution", ajoute le document.

Autre personnalité publique à faire les frais de la décision de la CPI: le chef du cabinet du président et chef de la Fonction publique, Francis Muthaura, également passible d'un procès, a aussi démissionné, indique la présidence.

Le président Kibaki, qui avait appelé au calme après l'annonce de la décision de la Cour, s'était jusqu'à présent gardé d'évoquer l'idée de démettre de leur fonctions les responsables visés.

Le procureur général du Kenya Githo Muigai avait assuré mardi que le gouvernement ne pouvait engager aucune action à l'encontre des inculpés "tant qu'ils (n'auraient) pas épuisé leur droit à faire appel".

M. Kenyatta, 26e fortune d'Afrique selon le magazine Forbes, avait de son côté assuré "avoir la conscience tranquille" et et s'était dit "innocent de toutes les accusations portées contre" lui. .

Mais plusieurs groupes issus de la société civile ont depuis déposé des recours devant les tribunaux pour empêcher M. Kenyatta de se présenter à la prochaine présidentielle qui doit se tenir d'ici mars 2013, comme il en avait exprimé l'intention à ce jour.

L'un des principaux quotidiens du pays, the Daily Nation, a aussi appelé jeudi à la démission du ministre des Finances. "Il serait vraiment très étrange qu'un candidat à la présidence soit aussi un candidat à l'emprisonnement, s'il est reconnu coupable, et à la destitution", a noté l'éditorial du journal.

Les violences post-électorales ont fait quelque 1.200 morts et des centaines de milliers de déplacées, selon l'accusation à La Haye.

Les deux démissionnaires sont plus précisément poursuivis en tant que co-auteurs indirect de meurtres, transfert forcé de population, viols, persécutions et autres actes inhumains.

Le procureur de la CPI leur reproche notamment d'avoir mobilisé le gang criminel des Mungiki pour attaquer des partisans de Raila Odinga, aujourd'hui Premier ministre et à l'époque adversaire malheureux de l'actuel président Mwai Kibaki à la présidentielle du 27 décembre 2007, en représailles à des violences de masse venues du camp de M. Odinga.

M. Odinga est actuellement donné en tête des sondages pour la prochaine présidentielle, et M. Kenyatta apparaissait comme son adversaire le plus dangereux, avant les derniers développements à la CPI.

La juridiction internationale a parallèlement confirmé les charges de crimes contre l'humanité contre deux autres Kényans: William Ruto, ancien ministre de l'Education supérieure et également candidat à la présidentielle, alors allié à M. Odinga, et Joshua Arap Sang, présentateur de radio.

Un des principaux leaders de la communauté kikuyu, la plus nombreuse du pays, il avait indiqué avant la décision de la CPI qu'il continuerait à mener sa campagne même si les charges à son encontre étaient confirmées.

L'actuel ministre du Développement urbain de Nairobi, Robinson Githae, prendra provisoirement ses fonctions au poste de ministre des Finances.

AFP

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