Morgan Tsvangirai, Premier ministre du Zimbabwe
“Réprimer les aspirations des peuples est un exercice futile”

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Président fondateur du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), le Premier ministre du Zimbabwe, Morgan Tsvangirai, interviendra cet après-midi dans le cadre de la séance plénière consacrée à la consolidation de l'État de droit dans les pays du Sud, et aux rôles des grandes puissances et des institutions internationales dans ce processus.

Le monde arabe est en train de vivre des bouleversements sans précédent. Pourquoi l’Afrique n’a pas connu une situation similaire ?

Ces événements ne sont pas forcément comparables, il y a des paramètres différents dans tous ces pays. L'émancipation des pays africains du joug colonial, par exemple, s'est passée différemment selon les pays. D’ailleurs, ce n’est qu’en 1994 que le continent entier a recouvré son indépendance avec la libération de l'Afrique du Sud. Les événements ont pris des tournures différentes en Afrique sub-saharienne et en Afrique du Nord, donc on ne peut pas préconiser les mêmes solutions dans les deux régions.

De nouveaux pays africains, la Guinée et le Niger précisément, viennent de connaître des succès démocratiques... Quels rôles, à votre avis, doivent ou devraient jouer les institutions régionales et internationales dans ces transitions ?

Le changement n'est pas quelque chose qu'on peut prévenir, mais on peut le gérer. Essayer de réprimer les aspirations démocratiques des peuples est un exercice futile. Le conseil qu'il faut donner à ces pays est qu'au lieu de donner moins de droits à leurs peuples, ils doivent créer des conditions plus libérales afin qu'ils aient plus de droits, plus de participation, et plus d'influence sur leurs gouvernements. Toute action répressive est comme un ressort, plus on met de pression plus le ressort rebondit.

Parlant d’institutions régionales, l’Union africaine a paru timide sur le dossier de la Libye. Qu’est ce qui explique cette attitude ?

Il y avait une hésitation à prendre toute action ferme, car la révolution était supposée être non-violente, mais elle est devenue rapidement un conflit violent, presque comme une guerre civile. Et il fallait trouver un moyen pour arbitrer deux factions opposées. Sous de telles circonstances délicates, on ne peut pas savoir comment la révolte va tourner.

Comment assurer les transitions sans violence ?

Tous les protagonistes doivent s'engager à exprimer leur opposition de manière pacifique. Les dirigeants doivent aussi comprendre les aspirations des peuples et en tenir compte.

Il faut garantir la liberté de la presse, la liberté politique, les libertés individuelles, etc. Car c'est comme cela qu'on construit des institutions civiques. Les doléances des peuples ne peuvent pas êtres rangées indéfiniment dans les tiroirs.

Quid de la situation actuelle dans votre pays, le Zimbabwe ?

Le Zimbabwe traverse une phase de transition. Il y a eu des élections en 2008 dont mon parti s’était retiré, avant que nous n’acceptions finalement de faire partie d’un gouvernement d'union nationale.

Nous sommes en train de préparer les prochaines élections pour s'assurer qu'elles soient justes et transparentes. Nous espérons rédiger une nouvelle constitution et la soumettre à un référendum d'ici l'année prochaine. Et ceci pour mettre  fin à la crise zimbabwéenne.

Propos recueillis par Bassirou Ba

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