Mohamed Khaidar, Marocain d'Autriche et fier de l'être

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Vienne, 01 août 2012 Il a conservé son accent de Fès avec quelque chose de rocailleux dans la voix qui rappelle ses origines andalouses. Il est né il y a une cinquantaine d'années, comme il le dit si bien: " au coeur de la Médina entre les odeurs des tanneries et les parfums des épices."Belle formule pour se revendiquer de ses racines marocaines profondes de la part d'un homme qui ne renie en rien sa transplantation et son enracinement obtenu de haute lutte, comme nous le verrons dans la culture et la société autrichiennes dans lesquelles il vit depuis trois décennies.

Mohamed Khaidar est venu en Autriche à l'âge de 21 ans pour visiter le pays et retrouver Alexandra, celle qui allait devenir sa femme. Il s'est tellement plu ici qu'il est revenu très souvent avant de s'installer définitivement, deux ans après.

En arrivant, Mohamed Khaidar avait une licence de sociologie obtenue à l'Université Mohamed V à Rabat, beaucoup de volonté et presque aucune connaissance de la langue allemande. Rien aux yeux de ses futurs beaux-parents qui puisse assurer une vie décente à leur fille et qui se sont opposés à leur mariage, par trop exotique de surcroit, jusqu'à la rupture avec celle-ci.

Tout en vivotant de petit boulots, Mohamed, "Hamidou" pour les intimes, s'attelle à la maîtrise de la langue en suivant des cours à la Volkhoheschule (littéralement: Haute école populaire) et à l'université de Vienne.

"Quand j'ai voulu m'inscrire à l'Université, je me suis rendu compte que le Maroc était quasi inconnu ici. A l'époque, il n'y avait même pas d'ambassade et la communauté marocaine était inexistante ou presque ,a-t-il dit. A l'Université, ils ont ouvert de grands yeux devant ses diplômes. "Ca a été un choc pour moi. Ces gens n'arrivaient pas à croire qu'il y'avait une université au Maroc". Ils ignoraient donc que la première université du Monde avait été bâtie au Maroc et précisément à Fès, a-t-il rappelé.

"Il a fallu que le service culturel de l'Ambassade de France veuille bien authentifier mes diplômes pour que j'accède à l'université de Vienne , ajoute-t-il. Six ans après son arrivée, Mohamed Khaidar, entre à la Bank Austria, première banque autrichienne d'abord comme factotum, homme à tout faire. "J'étais manutentionnaire, je portais les choses, les dossiers d'un service à l'autre et rendais toutes sortes de services" entre les couloirs et les étages de sa banque, construite en pierre de taille en 1890, au c?oeur même de Vienne. Il s'agit d'un bâtiment imposant au style impérial et au décor belle époque.

Mohamed Khaidar ne quittera jamais cette banque mais en gravira bien des échelons pour devenir ce qu'il est aujourd'hui: Conseiller financier en charge de la clientèle internationale.

Dans son bureau, M. Khaidar, reçoit entre autres, un appel d'une cliente française avec laquelle il traite d'une question concernant son compte à la banque. Bien évidemment sa maîtrise du français et de l'arabe est un atout pour lui qui travaille dans la maison mère dont la clientèle surtout étrangère est composée essentiellement de diplomates, de fonctionnaires des organisations internationales et d'hommes et de femmes d'affaires installés à Vienne.

"Mes études de sociologie m'aident beaucoup, dit-il, au niveau de la relation, de l'analyse des situations et de la dynamique des groupes. Comment valoriser les gens et représenter les intérêts de mon institution impose une gymnastique permanente à la fois de proximité et de distance".

Bien évidemment l'ascension professionnelle remarquable de Mohamed Khaidar, s'est faite au prix de grands efforts. Ma mère, dit-il qui a été la première femme enseignante à la Karaouyine nous a appris le sens de l'effort et de la rigueur .

Il dit avoir saisi toutes les opportunités pour apprendre et avancer, mais ces opportunités de formation permanente lui ont toutes été offertes par la banque qui l'emploie. Au total, ses formations souvent de quelques semaines et des fois loin de Vienne, Mohamed Khaidar les a organisées selon un cocktail subtil fait d'enseignements techniques et juridiques et de formations psychologiques sur la manière de gérer ses propres énergies et élans, mais aussi des savoir-faire sur la relation à l'autre en tant que client et comme personne humaine.

"Notre métier change, notamment avec la crise. Les gens ne se laissent plus impressionner par le banquier acrobate de la finance qui leur faisait miroiter monts et merveilles. Ils recherchent désormais plus une relation de confiance et une écoute attentive de leurs problèmes, leurs difficultés et leurs projets.

Quand on est arrivés à établir ce type de relation de confiance, ils s'attachent à la personne qui s'occupe d'eux et ont du mal à changer". Mohamed Khaidar dit se sentir chez lui, en Autriche. "C'est un pays qui m'a donné ma chance et cela me permet de vivre dans la dignité". Il n'oublie évidemment pas ses racines marocaines. Il anime depuis 10 ans une émission dans une radio privée, Radio Orange, appelée "Marrakech Meidling Express" , Wien-Meidling étant une station de train de Vienne et la ville où réside son complice autrichien.

Ca n'a pas du tout été évident de faire accepter une telle émission qui a paru quelque peu exotique aux yeux des dirigeants de la radio comme du public.

Les gens d'ici sont certes curieux des autres cultures, mais d'abord jaloux de la leur. Il a fallu vaincre bien des réticences et obstacles pour nous faire accepter. "Nous avons voulu créer un espace de dialogue interculturel entre le Maroc et l'Autriche et finalement, ça marche bien. Il arrive même que lorsque nous sommes un peu trop absents, les mails et appels affluent pour en redemander. Il ne manque à cette belle histoire qu'un auditorat marocain qui pour l'heure est encore bien timide pour ne pas dire absent .

MAP


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