Peine de prison pour toute relation sexuelle hors mariage :Liberté versus légalité

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Un mois à un an de prison pour toute relation sexuelle en dehors du mariage entre deux adultes, c'est la peine que prévoit l'article 490 du code pénal marocain. Mardi, l'Association marocaine des droits humains a demandé une annulation de cette loi, alors qu'au sein du parti au pouvoir (PJD) il n'en est pas question. Qu'en pense le Marocain lambda ? Réactions.

Des couples se câlinant près de la mosquée Hassan II de Casablanca./K.Alaoui
Des couples se câlinant près de la mosquée Hassan II de Casablanca./K.Alaoui
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Le débat sur la liberté sexuelle au Maroc est remis sur la table par l'Association marocaine des droits humains (AMDH). Mardi, elle a demandé une abrogation pure et simple de l'article 490 du code pénal qui prévoit une peine de prison allant d'un mois à un an pour toute relation sexuelle en dehors du mariage entre deux adultes.

Pour le parti islamiste au pouvoir, le PJD (Parti de la justice et du développement), il n'est pas question d'annuler une telle loi car tout acte sexuel en dehors du mariage est une “débauche”, un “crime”. Abroger ou maintenir l'article 490 du code pénal? Les avis des Marocains sont partagés sur la question.

“Je ne suis pas d'accord que cette loi soit appliquée et d'ailleurs, j'ai l'impression qu'elle ne s'applique qu'à certains et pas à d'autres, car je vois autour de moi des appartements loués pour des ébats et personne ne bronche”, soutient Rachid Bahri, célibataire (42 ans), ancien militaire devenu vendeur détaillant de cigarettes.

Citant en exemple les couples que se laissent aller au gré de la brise marine, des caresses et autres câlins près de la mosquée Hassan II de Casablanca, Rachid, confie être favorable à une application de l'article 490 du code pénal aux personnes qui s'adonnent à des relations sexuelles en public.

Pour Hanane, 31 ans, employée dans un magasin de prêt-à-porter, “la loi condamnant les relations sexuelles hors mariage mérite d'être maintenue parce que l'islam interdit déjà ce genre de rapports”. La jeune fille y voit même un moyen de dissuader d'éventuels actes d'infidélité. “Une telle loi permet aussi aux hommes mariés de rester fidèle”, pense-t-elle.

Partageant l'avis de sa voisine, Karima, une commerçante voilée (31 ans), ajoute qu'en dehors de la loi, c'est une question de principe religieux que “la femme doit d'abord s'appliquer pour que son homme en fasse de même.”

Liberté et islam

Quant à Nissam, une professionnelle en communication, elle hésite entre l'abrogation et le maintien de la loi: “j’hésite à dire non parce que tout être humain a le droit de faire ce qu'il veut, et oui parce qu'on est dans un pays musulman, les familles ne tolèrent pas ça”, confie-t-elle dubitative.

Pour Soundouss, journaliste (42 ans), il n' y a point de doute. L'article 490 du code pénal est “ridicule”. “ C'est une atteinte à ma liberté et une telle loi ne mérite pas d'exister”. Mais, assure-t-elle, inquiète: “je ne crois pas que l'article va être abrogé”.

Abderrazak propose, quant à lui, de réformer l'article 490 du code pénal et d'en enlever la condamnation. Ce propriétaire d'une pizzeria, marié et âgé de 42 ans, affirme que les relations sexuelles hors mariage donnant naissance même à des enfants “ça arrive” mais au lieu de condamner, il propose de modifier la loi.

Les islamistes au pouvoir l'entendront-ils de cette oreille? C'est la question qui taraude l'esprit des défenseurs des libertés humains.

Kisito Ndour


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