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Médecine traditionnelle
Entre croyances et réalités

La semaine dernière, l'Organisation mondiale de la santé affirmait que les pays africains ont réalisé des progrès dans la mise en œuvre de la Stratégie régionale sur la médecine traditionnelle. Une pratique à laquelle bon nombre de Marocains ont recours mais qui ne bénéficie d'aucune politique concrète. Pourtant, entre la médecine traditionnelle et nous, c'est une solide histoire de croyances.

Un vendeur de médicaments traditionnels à Souk Jemâa (Derb Soltane) à Casablanca./K.A
Un vendeur de médicaments traditionnels à Souk Jemâa (Derb Soltane) à Casablanca./K.A
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Il y a une semaine jour pour jour, était célébrée la Journée africaine de la Médecine traditionnelle sous le thème “Décennie de la Médecine traditionnelle africaine: progrès réalisés jusqu'à présent”. A cette occasion, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait indiqué que les pays africains ont réalisé des progrès dans la mise en œuvre de la Stratégie régionale sur la médecine traditionnelle.

Ainsi, plus de la moitié d'entre eux auraient élaboré des politiques et des cadres réglementaires nationaux visant “à garantir l'efficacité, l'innocuité et la qualité des médicaments issus de la médecine traditionnelle, et ont mis en œuvre des programmes nationaux pour institutionnaliser la médecine traditionnelle”, expliquait le Directeur régional de l'OMS pour l'Afrique, Luis Gomes Sambo.

“La recherche a été intensifiée en vue de produire des preuves scientifiques, et l'accent est mis sur les plantes médicinales, en particulier celles qui sont utilisées pour le traitement du paludisme, des infections opportunistes contractées par les personnes vivant avec le VIH/Sida, du diabète, de l'hypertension et de la drépanocytose”, poursuit M. Sambo.

Un certain nombre de pays auraient même intégré la médecine traditionnelle dans les programmes de formation aux sciences de la santé.

Qu'en est-il chez nous?

Après plusieurs coups de fil passés pour tenter de joindre des responsables du ministère de la Santé, impossible d'affirmer si oui ou non il existe des politiques ou des programmes nationaux en faveur de la médecine traditionnelle. Mais selon toute vraisemblance, la réponse serait non.

Sur le site Internet du ministère, nous avons pu retrouver un document de réglementation de l'exercice des professions de la santé. Le document en question reconnaît l'existence des herboristes et stipule que “toute personne pourvue du certificat d'herboriste pourra détenir et vendre toutes les plantes ou parties de plantes médicinales, fraîches ou sèches, à l'exception des plantes classées aux différents tableaux des substances vénéneuses (...)”.

D'ailleurs, on sait qu'au Maroc, une partie non négligeable de la population a recours à cette pratique. Fatim Zahra, jeune journaliste basée à Casablanca, nous confie qu'elle fait souvent appel à la médecine traditionnelle pour soulager ses maux de tête ou ses maux de ventre. “J'utilise surtout les plantes dont les vertus sont très connues comme la menthe”, explique-t-elle.

Toutefois, pour elle, cette médecine ne joue qu'un “rôle secondaire”.

“ Pour moi, c'est comme du paramédical. Les plantes servent à calmer les douleurs légères mais pas à guérir certaines maladies graves ou chroniques comme le cancer.”

Fatim Zahra, journaliste

Meriem, commerciale dans une entreprise privée de Casablanca, croit dur comme fer à l'efficacité de ces plantes. “Je les utilise le plus souvent pour mes maux d'estomac et mes cheveux, et parfois, quand je suis stressée, je vais prendre de la marjolaine, cela me calme vraiment”, explique-t-elle.

Elle nous raconte même l'histoire de son oncle, souffrant de problèmes rénaux qui a pu se faire guérir grâce à des plantes après plusieurs passages sans résultats chez le médecin.

A Dar el Beida, au quartier Maârif, vous trouverez l'une des herboristeries les plus fréquentées du coin: “herboristerie Robert”. Ici, on trouve de tout: plantes à usage diététique, cosmétique ou médicinale. La vendeuse qui nous a accueillis sur place ce jour-là, nous révèle que les produits les plus demandés sont ceux utilisés pour le traitement des ballonnements, du diabète, des rhumatismes, de l'hypertension ou encore des calculs rénaux.

Les hommes eux viennent surtout pour trouver des “stimulants physiques”. Pour l'anecdote, la vendeuse nous raconte que certains pharmaciens et médecins leur envoient des clients ou viennent eux-mêmes se procurer certains mélanges. “Mais il faut aussi dire que la plupart nous ont dans le collimateur”, tient-elle à préciser.

“Cela n'est pas de la vraie médecine. Certes il y a des plantes qui peuvent soulager, aider un patient à se sentir mieux et d'ailleurs, c'est ce qui se fait avec la phytothérapie. Mais il ne faudrait pas croire que ce sont des remèdes à n'importe quelle maladie. Lorsqu'on est atteint de maladies aussi graves que les cancers ou l'insuffisance rénale, l'idéal est d'aller consulter un vrai médecin.”

Docteur Hourya Omari Tadlaoui, médecin généraliste

C'est justement pour éviter certains dérapages que la réglementation de l'exercice des professions de la santé interdit aux herboristes de détenir et de mettre en vente tout mélange de plantes, toute préparation et spécialité pharmaceutique, tout produit toxique d'origine végétale ou non et en particulier toute substance vénéneuse, de l'essence d'anis et des produits similaires à base d'anéthol (éther aromatique).

Soumis au contrôle de l'inspection de la pharmacie, en cas d'exercice illégal, les herboristes peuvent être punis d'une amende, voire être condamnés à une peine correctionnelle pour faux, vol ou escroquerie.

Ana Lopes

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