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Réhabilitation des médinas
Sauver le patrimoine pour assurer un développement durable
Depuis 50 ans, les médinas connaissent un délabrement matériel et social rapide. Au Maroc où l'on recense 30 médinas abritant environ 8% de la population, taudification, régression de l'activité commerciale et manque d'animation culturelle sont leurs principales caractéristiques. Pourtant, la réhabilitation de ces trésors culturels peut revitaliser l'essor économique du pays.
Dans une des ruelles de l'ancienne médina de Casablanca où insalubrité des maisons, chômage et forte concentration de population, (3000 habitants à l'hectare) sont les principales caractéristiques./KA
“Réhabilitation des médinas: le patrimoine historique au service du développement durable”. C'est ainsi qu'a été intitulé le rapport de la Banque mondiale sur les centres historiques et culturels que représentent les médinas au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Publié en début de semaine, un rapport intitulé “Réhabilitation des médinas: le patrimoine historique au service du développement durable”, se révèle avant tout un constat sur la dégradation constante des médinas et l'absence de politiques urbaines en faveur de ces centres.
Ce rapport de la Banque mondiale sur les centres historiques et culturels que représentent les médinas au Moyen-Orient et en Afrique du Nord est aussi un plaidoyer pour leur réhabilitation, surtout que “les médinas peuvent contribuer de manière significative, à l'accroissement des revenus locaux en attirant notamment les petits commerces”.
Si aujourd'hui, les médinas longtemps habitées par des familles aisées, sont dans un état de délabrement avancé, c'est parce qu'au fil des ans, elles ont “attiré des catégories plus pauvres de la population à la recherche de logements bon marché, ce qui a entraîné un processus de paupérisation”, lit-on dans le rapport.
L'autre cause majeure de cette détérioration est à imputer aux politiques gouvernementales “axées sur la gestion de la croissance urbaine dans les nouvelles agglomérations”. Du coup, les services et infrastructures de bases sont quasi-inexistantes dans les enceintes et abords des médinas.
Pour redonner à ces trésors culturels leurs valeurs d'antan, des militants prônent depuis quelques années maintenant, leur réhabilitation pour non seulement améliorer les conditions d'habitat des résidents, mais aussi faire en sorte que les médinas contribuent au développement économique de tout un pays.
“Les investissements en faveur du patrimoine culturel peuvent avoir un impact profond sur des groupes sociaux défavorisés et marginalisés: ces derniers y gagnent tout d’abord en autonomie et en vitalité, l’enjeu étant ensuite de les aider à trouver des manières novatrices d’améliorer leurs moyens de subsistance.”
Anna Bjerde, responsable du secteur développement urbain et social de la région Moyen-orient et Afrique du Nord de la Banque mondiale
En termes de développement économique local, “le tourisme culturel constitue le segment de marché le plus prometteur”, expliquent les auteurs du rapport. Le hic, c'est que toutes les médinas ne disposent pas des caractéristiques nécessaires en la matière. “Les pouvoirs publics doivent examiner attentivement les conditions faisant d'une médina une destination prometteuse pour le tourisme culturel, et concevoir en conséquence le processus de réhabilitation”, conseille-t-on.
Pour mieux cerner le propos, la Banque mondiale a récemment élaboré un indice dont l'objectif est de déterminer le potentiel touristique d’une médina associé à la réhabilitation urbaine et source de croissance économique.
Quand la préoccupation touristique prend le dessus
Le Maroc qui compte une trentaine de médinas où se concentrent environ 8% de la population, est pleinement concerné par cette question. Depuis un certain temps, les associations de défense du patrimoine national se multiplient, ce qui a permis de conscientiser les pouvoirs publics.
Ainsi, le ministère de l'habitat et de l'urbanisme a récemment élaboré des études architecturales et des plans de sauvegarde des médinas. Les études concernant certaines médinas (Marrakech, Essaouira, Sefrou, Azemmour...) sont déjà achevées, alors que d'autres sont en cours pour les médinas de Rabat, Meknès, Taza, Tanger, Tétouan, Taroudante, Tiznit, Larache, Chefchaouen, Ksar El Kébir, Debdou, Oujda, Asilah, Demnate et Béni Mellal.
“C'est bien que les autorités prennent de plus en plus conscience de la nécessité de réhabilitation de nos médinas mais elles se focalisent plus sur des préoccupations touristiques alors que l'on devrait adopter une politique commune d'actions”, estime Mostapha Mellouk, président de l'Association Carrière Centrale de Casablanca.
Selon ce dernier, le problème c'est que les pouvoirs publics ont librement pris la décision de rénover en priorité les médinas de Fès ou Marrakech par pur souci touristique, alors que certaines médinas telles que celle de Casablanca sont laissées pour compte.
“Les problèmes des médinas sont identiques partout dans le Royaume: insalubrité, surpeuplement, manque d'infrastructures, régression de l'activité commerciale etc. Et les enjeux sont eux aussi les mêmes. Il ne faudrait pas que les préoccupations touristiques prennent le dessus sur les préoccupations urbaines. Ce qu'il nous faut, c'est une vision intégrée et partagée par tous les acteurs locaux pour se donner les moyens de réhabiliter nos médinas.”
Mostapha Mellouk, président de l'Association Carrière Centrale de Casablanca.
La Banque mondiale partage elle aussi cet avis. Pour maximiser la rentabilité de la réhabilitation des médinas,elle suggère une répartition des rôles entre secteurs public, privé et non lucratif.
À chacun son rôle
“L’une des premières fonctions des pouvoirs publics est d'identifier les monuments et les bâtiments qui relèvent du patrimoine culturel et de garantir leur protection juridique”, estime les auteurs du rapport. Le rôle du secteur privé est d'investir à nouveau dans l’immobilier et les activités économiques dans la médina.
Enfin, “c’est des associations à but social ou culturel, qu’émanent souvent le capital social et la pression sur le politique qui vont déterminer les initiatives publiques en faveur de la réhabilitation d’une médina et de ses habitants”.
Les associations sont aussi à l'origine de festivals, de manifestations culturelles et autres divertissements qui augmentent l'attractivité de la médina auprès de ses résidents comme des visiteurs.
À bon entendeur...


