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Logements précaires à Casablanca
Les familles casablancaises désespérées face à l'inéluctable

En 2003, 900.000 ménages marocains, soit quelque 5 millions de personnes vivaient dans un logement précaire. En 2006, pour contrecarrer ce phénomène, un vaste programme national de Villes sans bidonvilles avait été lancé. Depuis, villes après villes, quartiers après quartiers, les vagues de délogements se succèdent au grand dam des habitants, seuls face au désespoir.

Femmes, enfants, tous sont plongés en plein coeur du chaos./KA
Femmes, enfants, tous sont plongés en plein coeur du chaos./KA
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Dans l'arrière-cour d'une des maisons de la rue Ben Atia de Casablanca./KA
Dans l'arrière-cour d'une des maisons de la rue Ben Atia de Casablanca./KA
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Dehors, l'une des tentes qui servira de dortoir en attendant mieux./KA
Dehors, l'une des tentes qui servira de dortoir en attendant mieux./KA
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Le désespoir des familles./KA
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Au coeur de Bachkou, l'un des plus grands et anciens bidonvilles de Casablanca./KA
Au coeur de Bachkou, l'un des plus grands et anciens bidonvilles de Casablanca./KA
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Mercredi 14 juillet. Il est un peu plus de midi lorsque nous nous engageons dans la rue Jaâfar Ben Atia sise au quartier Bourgogne de Casablanca. D'un bout à l'autre, la rue est encerclée par des policiers. Cela fait près de trois heures qu'ils ont commencé leur opération de délogement de quelque 17 familles habitant dans des maisons “menaçant ruine et risquant de s'écrouler d'un moment à l'autre”.

Le responsable de la police que nous avons approché sur les lieux pour tenter de comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire, s'est refusé à tout commentaire. “Je suis ici pour surveiller cette opération; je n'ai pas de déclaration à faire aux journalistes”, râle-t-il. Après plusieurs tentatives en vue de lui soutirer quelques informations, nous nous sommes finalement rabattus sur la population concernée.

Mustapha Raji, un père de famille faisant partie du groupe des 17 familles expulsées de leur domicile, nous informe que cette décision de délogement avait été prononcée sine die, depuis le 02 avril 2009, par le Tribunal de première Instance de Casablanca. D'ailleurs en janvier 2010, une première vague de six familles avait été évacuée de leurs foyers. Six mois plus tard, c'est au tour de ces 17 familles de se voir éjectées sans préavis de leurs maisons, devant l'indifférence des passants et des voisins.

Pour certains d'entre eux, ils sont nés et ont grandi dans ces maisons et n'ont nulle part ailleurs où aller. Car la majorité des familles est composée de femmes au foyer, d'enfants en très bas âge, de personnes âgées et malades, de personnes en situation de handicap et de chefs de famille qui gagnent leur vie au jour le jour, tantôt comme menuisier, tantôt comme mécano. Le loyer varie entre 100 et 400 Dh/ famille en fonction des relations qu'elles entretiennent avec le propriétaire des lieux.

“Je suis bricoleur menuisier et j'ai quatre enfants dont une petite fille âgée d'un et demi. Je gagne entre 50 et 200 Dh par jour mais parfois, je peux rester une semaine sans apporter d'argent à la maison.”

Mustapha Raji, l'un des habitants expulsés

A quelques pas, se trouve Mohamed Ben Aji, bricoleur menuisier de profession tout comme Mustapha. A 53 ans, Mohamed est marié et père de trois enfants mais depuis la première vague de délogements qui a secoué leur quartier, ses deux filles ont disparu. En ont-elles profité pour fuir la misère? Nul ne sait. Son dernier enfant de 11 ans vit actuellement à la campagne avec sa tante car l'abri de fortune que se sont construits les dizaines de personnes issues de cette famille, ne peut les contenir tous.

Avant le verdict du Tribunal, y a-t-il eu expertise pour voir si oui ou non les fondations des différentes maisons concernées, menaçaient de s'écrouler ou pas? Impossible de répondre à cette question vu que le propriétaire des lieux lui-même est resté injoignable. Pour se réinstaller ailleurs, les habitants réclament 5 millions de centimes (50.000 Dh) par famille. Les auront-ils?

Leur avocat, Maître Arfaoui Benaïssa a déposé un recours en justice et un second jugement devrait être prononcé en octobre. D'ici là, toutes ces familles dormiront entassées dans un couloir étroit, dans une petite cour qui sert également de cuisine et de débarras et dans la rue, sous une tente de fortune.

La face cachée du Programme Villes sans bidonvilles

A près d'une demi-heure de la rue Ben Atia, se trouve un bidonville, l'un des plus anciens et des plus grands de la ville blanche: Bachkou. Depuis quelques jours, les habitants sont comme perdus car dans moins de deux semaines, ils devront libérer leurs modestes logis pour aller construire un peu plus loin, à l'écart de tous et de tout.

En effet, dans le cadre du Programme Villes sans bidonvilles, les autorités leur ont ordonné de débarrasser les lieux en échange d'une petite parcelle de terre nue au quartier Errahma, près du cimetière du même nom. Les titres fonciers qui leur ont été remis sont à partager entre deux familles et une personne qui les aidera à construire leur R+3. Cette personne tiers devra également leur verser entre 6.000 et 7.000 Dh; de quoi leur permettre de trouver une location en attendant que leur future maison soit construite. Mais l'autorisation de construire ne leur sera donnée qu'une fois leur logement actuel détruit.

“Comment ces personnes arriveront-elles à construire en si peu de temps, et avec si peu de moyens sachant que le ramadan approche à grand pas?”, se révolte une voisine. Mais surtout, comment avec leurs maigres salaires, arriveront-ils, en plus des autres charges quotidiennes, à assurer leur transport pour aller travailler?

“Nous ne voulons pas partir d'ici car nous ne voulons pas habiter loin de nos lieux de travail. Errahma, c'est à l'autre bout de la ville. Déjà, on a du mal à joindre les deux bouts et là, on ne peut se permettre de perdre notre travail.”

Hamid, 37 ans, gardien de voiture depuis 10 mois

Si certains comme Hamid ont eu la “chance” de bénéficier de cette opération de don de parcelle, d'autres par contre sont dans une situation un peu plus critique. C'est le cas de Mustapha, un aide-commerçant qui gagne 2.200 Dh par mois et père de trois enfants. “Je suis employé dans une pharmacie et j'habite Bachkou depuis des années. J'ai tous mes papiers en règle mais ils ne m'ont pas offert de parcelle de terre pour construire”, lâche t-il, convaincu que quelque part, le “mokkadem du quartier a été corrompu”.

Bouchaïb, père d'une famille de sept enfants et sans travail, est lui aussi dans le même cas que Mustapha. N'empêche, parcelle ou pas, Mustapha et Bouchaïb devront tous quitter leur Bachkou adoptif où depuis 1961, les résidents ne payent qu'un dirham et quatre vingt centimes mensuel à un certain Haj...

Les autorités comptent bien raser complètement le bidonville d'ici 2012.

Ana Lopes

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