Richard Attias, homme d’affaires et fondateur du Forum de New York
“Le monde se porte globalement bien”
Dernière mise à jour :
Richard Attias est un homme d’affaires d’origine marocaine. Il est installé depuis quelques années à New York où il a fondé un Forum éponyme dédié aux discussions et échanges entre acteurs économiques. Présent à Tanger dans le cadre des MEDays, il livre dans cet entretien ce qu’il pense de l’état actuel de l’économie mondiale, et revient sur le partenariat qui lie le New York Forum et l’organisateur des MEDays, l’Institut Amadeus.
On a entendu beaucoup de discours concernant la situation économique et financière mondiale, certains sont optimistes, d’autres non. Comment va le monde?
Paradoxalement, le monde va bien. Parce qu’il faut d’abord essayer de voir le verre à moitié plein plutôt que de le regarder à moitié vide. Socialement, beaucoup de pays ont progressé, c’est vrai qu’il y a encore beaucoup de laissés pour compte, mais si vous regardez dans le rétroviseur des vingt dernières années, il y a une véritable émergence de la classe moyenne dans de nombreux pays qui n’existait pas. Au Brésil, la classe moyenne a explosé, contribuant de façon considérable à la croissance de ce pays. Il y a vingt ans, lors de mon premier voyage en Chine, tout le monde était à bicyclette, et il y avait une élite qui devait correspondre à pas grand-chose. Aujourd’hui, il existe une classe moyenne en Chine qui porte le pays.
Deuxième exemple concernant toujours la Chine: à cette époque, il n’y avait qu’un seul hôtel à Pékin, alors qu’aujourd’hui on a l’embarras du choix. Donc, à la fois des pays très fermés comme la Chine se sont ouverts, des pays extrêmement pauvres comme le Brésil ont explosé, en contaminant de façon positive des voisins comme la Colombie, le Chili etc.
C’est vrai qu’au milieu de tout cela, il y a une moitié du verre qui est vide et qui impacte énormément le monde, c’est ce qui se passe aux Etats-Unis et en Europe. Pour ma part, je suis convaincu que c’est une transition, certes douloureuse et surtout un peu trop longue au goût de beaucoup. Mais, pour paraphraser l’ancien président Clinton qui avait dit à son arrivée au pouvoir qu’il n’y avait rien de mauvais aux Etats-Unis qui ne puisse être corrigé par ce qu’il y a de bon aux Etats-Unis, je pense qu’il n'y a pas de mal au monde qui ne puisse être corrigé par ce qu’il y a potentiellement de bien dans le monde. Il va falloir qu’un certain nombre de dirigeants politiques et économiques prennent leurs responsabilités en prenant des décisions et qu’ils les mettent en œuvre, c’est ce que tout le monde attend.
Vous dites que le monde va bien, pourtant beaucoup de personnes, notamment des citoyens de grands pays, dont la France, se disent pessimistes quant à l’avenir…
Oui, précisément parce que vous venez de prendre l’exemple d’un pays qui fait partie d’une région du monde qui ne va pas très bien. Malheureusement au Maroc, on regarde toujours la France - parce que c’est un pays qui nous est proche et historiquement lié -, mais globalement puisque vous parliez du monde, il y a une région qui représente 60% du monde qui est l’Asie-Pacifique - dont font partie les Etats-Unis, le Canada, la Russie, la Chine et un grand nombre de pays d’Amérique Latine – qui elle, réalise une croissance insolente, qui représente 58% du PIB mondial.
En Afrique également, le niveau de vie dans beaucoup de pays s’est amélioré grâce notamment à une économie parallèle. Donc ce qu’il faut, c’est que nous puissions être aspirés et attirés par cette mouvance positive pour éviter que le wagon ne décroche trop, plutôt que de nous laisser désespérer par la situation de quelques pays européens qui vont mal. Car si on fait la somme de ces pays, c’est microscopique par rapport au reste du monde.
Enfin à propos du partenariat qui lie les MEDays au Forum de New York, qui est une sorte de “Davos” que vous avez fondé: qu’est-ce qui sous-tend ce partenariat?
Comme vous le savez, les MEDays sont une plateforme géopolitique qui s’intéresse à une région particulière de la planète, à savoir la région Méditerranée du Sud et Afrique, alors que le New York Forum est mondial et 100% focalisé sur l’économie. A un moment donné, avec les dirigeants de l’Institut Amadeus (organisateur du Forum MEDays), nous nous sommes dit qu’il était intéressant de donner une dimension économique renforcée aux MEDays, et inversement, grâce aux MEDays, permettre au New York Forum d’avoir accès à une communauté africaine et Sud-Méditerranéenne. Nous avons tenté une expérience depuis quelques mois, qui est très positive, et qui fait qu’on a tendance à s’inspirer mutuellement. Maintenant il va falloir voir comment on peut renforcer ces liens, à la fois par un échange d’idées, par un échange de thématiques et par un échange de communautés. Et cela, de façon à ce que ce qui se discute aux MEDays puisse avoir un écho au New York Forum et vice et versa.


