Printemps arabe, nouveau paradigme, nouvelle donne ?
À l’ère du changement

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L’intitulé de la séance plénière de la matinée de vendredi s’est décliné sous forme d’une interrogation : le printemps arabe annonce-t-il du renouveau dans les rapports ? Qu’ils soient Libyen, Européen, Palestinien ou Américain, les intervenants ont été unanimes pour répondre par l’affirmatif mais ces changements sont valables aussi bien entre les gouvernements et les peuples arabes, mais aussi entre ces pays et l’Occident.

Les intervenants à la plénière sur le Printemps arabe./K.Alaoui
Les intervenants à la plénière sur le Printemps arabe./K.Alaoui
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Saeb Erakat, membre du comité exécutif du Fatah et ancien négociateur en chef de l'Autorité palestinienne, est catégorique sur l’aspiration du peuple palestinien à un État souverain : “Il est fini le temps où un président américain prenait le téléphone pour dire à un tel ou tel chef d’Etat arabe ce qu'il doit ou ne doit pas faire”.

“Laissez tomber la dictature israélienne”

Mais cette métamorphose, a rappelé Saeb Erakat, ne s’est pas faite ex-nihilo. Il a d’abord fallu aux sociétés arabes de “délégitimer leurs leaders qui ont volé le pouvoir (…) Le monde occidental se doit également de concevoir de nouvelles formes de rapports avec le monde arabe. Les USA et les occidentaux ont laissé tomber les dictateurs arabes. Nous leur disons de laisser tomber la dictature israélienne”.

Et c’est à une profonde métamorphose que la Libye post Kadhafi fait face actuellement. Abderrahmane Shelgham, représentant de Libye à l’ONU, a souligné que “les combattants qui ont chassé l’ex guide sont nés sous son régime. Le pays se trouve face à un grand défi : nous n’avons pas de problèmes d’argent mais nous souffrons du déficit en institutions en mesure de gérer ces finances”. Et ces nouvelles institutions ne pourront ignorer les changements intervenus entre pouvoir et administrés.

Abordant le chapitre des relations internationales, Abderrahmane Shelgham a rendu un vibrant hommage à la Tunisie au cours de la conférence de presse tenue à la fin de la plénière.“ Si notre révolution avait eu lieu du temps de Ben Ali, nous aurions échoué. La Tunisie a été le pays qui a le plus soutenu la révolution libyenne”, a expliqué M. Shelgham. En revanche, le représentant libyen à l’ONU a été ferme à l’égard du Qatar : “je souhaiterais remercier les autorités qataries pour leur soutien et les invite en même temps à ne pas s’ingérer dans nos affaires internes”. C’est donc un appel au changement des rapports à tous les niveaux, même entre pays arabes.

L’UE et les pays arabes en transition : au cas par cas

Bernardo León Gross, représentant spécial de l’Union européenne (UE) pour la Méditerranée du Sud, a insisté sur l’émergence “de nouveaux acteurs qui ont sonné la fin des dictateurs”. Il a également affirmé que quelques semaines après la révolution tunisienne, l’UE a décidé d’établir des contacts avec les nouveaux acteurs pour que ses actions soient plus efficaces : “nous avons mis en place un comité de mobilisation des ressources doté à présent de 11 milliards d’euros afin d’accompagner les pays en transition”. Mais cet accompagnement doit prendre en compte la spécificité de chaque pays.

Les USA ou la peur des ruptures

C’est avec une double casquette que l’Américain Daniel Kurtzer s’est adressé au public des MEDays. Il est ancien ambassadeur des USA en Égypte puis en Israël et à présent, il est universitaire. En tant qu’ancien diplomate, il a souligné que son pays entretient des rapports stratégiques avec certains pays arabes et a, par conséquence “peur des ruptures mais a compris que l’heure est au soutien et non aux tentatives de diriger”. Et en sa qualité d’analyste affranchi des obligations de réserve, il dira qu'aux Etats-Unis, il existe un fort potentiel de changements.

Conflit Palestine-Israël. Quel rôle pour les sociétés civiles ?

À ce sujet Sara Benninga, activiste israélienne membre du collectif Cheikh Jerrah, a dénoncé les obstacles auxquels se heurtent les activistes qui militent pour la reconnaissance des droits des Palestiniens. Ces exactions, dira-t-elle sont exercées par les colons israéliens sous l’œil complaisant de l’armée. De son côté, Yizhar Beer, directeur du centre israélien pour la protection de la démocratie, axe son travail sur les médias aussi bien palestiniens et israéliens, lesquels transmettent des“images”, chacun selon sa position: victime ou bourreau

Justice constitutionnelle et droits de l’homme

Par ailleurs, le panel A3 était consacré à la justice constitutionnelle et aux droits de l’homme. Les décisions constitutionnelles sont rendues par les juges issus de leur culture. Dans un Maghreb empreint de religiosité, l’influence de la Charia sur l’interprétation d’une Constitution n’est pas incongrue. Car le message véhiculé par la Révélation, s’il est toujours pleinement d’actualité, a été interprété et appliqué différemment selon les peuples de confession musulmane. Si cette source se veut un message universel, les droits de l’homme développés depuis 1948 revendiquent également ce caractère. Se pose alors la question de la mutualisation de la place de ces sources pour contribuer à l’amélioration de l’étendue des droits des citoyens.

Samir Benmalek

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