Boonam Shin, diplomate Sud-Coréen chargé de la croissance verte
“La lutte contre le réchauffement climatique, c’est une question de 'moi d’abord”
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Ambassadeur Sud-Coréen pour la croissance verte, Boonam Shin intervient ce matin dans le cadre de la séance plénière qui se tient sous le thème “Cancun 2010, Durban 2011, Rio 2012: les pays émergents ont-ils toutes les clés dans les négociations?”. Dans cet entretien, il évoque notamment les principaux enjeux du réchauffement climatique qui seront mis sur la table lors de la rencontre de Durban.
Son excellence Boonam Shin après avoir reçu au nom de la Corée du Sud, le Prix MEDays pour l'environnement et du développement durable. / A. Alaoui
À la fin de ce mois se déroulera la Conférence de Durban sur le réchauffement climatique. Pourriez-vous nous en donner les enjeux ?
À Durban, nous discuterons principalement de deux questions. D’abord, l’extension du protocole de Kyoto car nous sommes en train de discuter du régime post-Kyoto. Ensuite, celle du financement de l’adaptation et de la réduction des émissions pour les pays en développement. Nous espérons arriver à un compromis. Néanmoins, je suis plutôt pessimiste et ne pense pas que nous arriverons à des avancées majeures sur ces deux sujets. Car jusqu’à maintenant, les positions étatiques sont plutôt peu timides.
Sur le financement justement, quel est l’impact de la crise économique sur la lutte contre le réchauffement ?
Il est bien évidemment négatif. Par rapport aux pays émergents, les pays développés subissent de plein fouet la crise financière. Elle a donc un impact direct sur le financement et le rend plus difficile. Mais au-delà de ça, les échéances électorales de l’année prochaine aux Etats-Unis et dans plusieurs pays européens n’aident pas et recentreront l’agenda politique sur les questions internes. Tout cela ne favorisera pas la conclusion d’un accord ou la recherche d’un compromis sur le financement.
Au regard des perspectives difficiles de Durban, il faut aborder le réchauffement climatique sous le large contexte du développement durable. Jusqu’à maintenant dans les négociations, les discussions tournaient autour de la limitation des émissions; limitations qui représentent un effort coûteux. De nombreux pays ont imposé de réduire leurs propres limitations tout en demandant à d’autres pays de réduire leurs émissions.
Sur ce point, les pays émergents font remarquer aux pays développés qu’ils ont pollué la planète pendant des décennies et leurs demandent pourquoi eux n’auraient pas le droit…
Certains disent que cette logique pourrait être juste. Certes, on peut arguer que les responsabilités des Etats sont séparées. Mais d’un autre côté, elles sont communes. Désormais, les efforts des pays développés pour réduire leurs émissions ne sont pas suffisants. Il faut des efforts communs pour fournir les technologies vertes, d’efficacité énergétique ou encore renouvelables. C’est pourquoi la Corée a proposé une stratégie de croissance verte, au national comme à l’international. L’année dernière, nous avons développé l’Institut global de la croissance verte, dont le but est d’aider les pays en développement à promouvoir les deux notions jumelles que sont croissance verte et développement durable. Par exemple, cet institut a choisi d’aider certains pays à développer ces stratégies. Cette année, on pourra citer le Kazakhstan, le Cambodge et la Mongolie. Nous sommes en discussions avec le Maroc ou le Liban pour les énergies renouvelables. Nous pensons que cette stratégie est vraiment utile dans la lutte contre le réchauffement climatique. La Corée a déjà réduit ses émissions de 30%, soit plus que l’objectif à atteindre en 2020.Contrairement à ce que l’on entend dans les négociations climatiques, c’est avant tout une question de “moi d’abord” et pas l’inverse, car c’est l’initiative personnelle des Etats qui contribuera à améliorer les choses. Il faut changer de méthode et aborder la question du changement climatique sous l’angle du développement durable. L’année prochaine, la conférence Rio+20 abordera notamment les enjeux de l’économie verte. Nous devrions saisir cette opportunité pour voir comment incorporer la croissance verte au niveau mondial. Si nous adoptons ce genre de plan d’action, cela ne fera qu’aider les négociations sur le climat, notamment sur les limitations.
Honoré
Son excellence M. Boonam Shin est le récipiendaire, au nom de son pays la Corée du Sud, du Prix MEDays 2011 de l'environnement et du développement durable.
Ce prix récompense une personnalité, un organisme de la société civile ou une entreprise, qui par son action, joue un rôle déterminant en matière de protection de l'environnement et de développement durable.
Il a été décerné à la Corée du sud en reconnaissance de la réussite de ce pays dans le domaine des énergies renouvelables.


