Cannes: Lars Von Trier sanctionné par le festival, mais pas exclu

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Le réalisateur danois Lars Von Trier, le 18 mai 2011 à Cannes
Le réalisateur danois Lars Von Trier, le 18 mai 2011 à Cannes
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Lars Von Trier, entouré de son épouse et de l'équipe du film "Melancholia", le 18 mai 2011 à Cannes
Lars Von Trier, entouré de son épouse et de l'équipe du film "Melancholia", le 18 mai 2011 à Cannes
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Filmographie non exhaustive du cinéaste danois Lars von Trier
Filmographie non exhaustive du cinéaste danois Lars von Trier
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Le réalisateur danois Lars Von Trier a été déclaré "persona non grata" jeudi au Festival de Cannes, une décision inédite dans l'histoire de cette manifestation, prise par la direction à peine 24 heures après ses déclarations qui ont fait scandale sur Hitler et les juifs.

La décision avec effet immédiat, qui n'exclut pas son film "Melancholia" de la compétition pour la Palme d'Or, a été annoncée à l'issue d'un conseil d'administration extraordinaire convoqué par le président du festival Gilles Jacob.

"Se servir du festival de Cannes pour tenir devant les médias des propos intolérables, c'est ternir son image", a estimé M. Jacob. "C'est d'autant plus triste et lamentable une année où nous recevons des films de peuples qui crient leur besoin vital d'expression, et de cinéastes retenus dans leur pays", a-t-il ajouté devant les agences de presse.

Selon Meta Foldager, l'une des productrices de son film, Lars Von Trier "accepte pleinement toute décision de la direction du festival de le sanctionner".

En conférence de presse mercredi, Lars Von Trier avait exprimé sa "sympathie" pour Hitler et déclaré : "Israël fait chier", suscitant le premier malaise sur la Croisette depuis l'ouverture des festivités le 11 mai.

A la demande du Festival, il avait présenté ses excuses dans la soirée, affirmant dans un communiqué n'être "ni antisémite, ni raciste, ni nazi". Selon le délégué général du festival Thierry Frémaux, les deux actrices de "Melancholia", Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, avaient menacé de ne pas monter les marches du Palais pour la projection officielle s'il ne s'expliquait pas.

Dans un entretien à la chaîne danoise TV2 News, le cinéaste a présenté une nouvelle fois ses excuses tout en soulignant que ses déclarations étaient liées à son penchant provocateur.

"Je fais des excuses, je le répète, et je n'ai voulu blesser personne. Mais moi c'est moi, je ne peux changer ma manière d'être", a-t-il déclaré.

Selon le site en ligne du quotidien danois Ekstra Bladet (eb.dk), Lars von Trier s'est également déclaré "fier d'avoir été déclaré persona non grata", "C'est peut-être la première fois dans l'histoire du cinéma que cela se produit", a-t-il dit.

La sanction du festival vise "un homme, pas une oeuvre", a précisé M. Frémaux pour expliquer le maintien en compétition du film. "C'est une décision qui regarde le festival, pas le jury" qui est lui totalement indépendant dans ses décisions, a-t-il insisté.

"Ces propos sont d'autant plus incompréhensibles que la femme de Lars Von Trier est de confession juive et ses enfants sont de confession juive", a également relevé Thierry Frémaux qui connaît bien le réalisateur et l'a dit "consterné".

"C'est une de ces provocations auxquelles il nous a habitués", a-t-il ajouté, relevant que le cinéaste est arrivé à Cannes avec les deux poings tatoués du mot "FUCK" qu'il a exhibés à l'envi.

"Je préfère penser que ce sont des propos qui relèvent de la bêtise", a pour sa part glissé M. Jacob, pour qui cette sanction constitue une première en 64 ans de festival.

"C'est la première fois", a dit M. Jacob qu'une telle décision est prise, même si "dans les années 50 ou 60 au moment de la Guerre froide, il est arrivé que le festival puisse retirer de la compétition des films qui attaquaient certains pays, à la demande du pays attaqué".

Lars Von Trier a déclenché une tempête en déclarant mercredi "comprendre" Hitler : "Je dis seulement que je comprends l'homme. Ce n'est pas vraiment un brave type (...) mais je sympathise un peu avec lui", ajoutant : "Je suis avec les juifs bien sûr, mais pas trop, parce qu'Israël fait vraiment chier".

Le centre Simon Wiesenthal a fermement condamné des propos "calculés et gratuits"; pour le réalisateur français Claude Lelouch, Lars Von Trier a commis là un "véritable suicide cinématographique"; à Bruxelles, le ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand a estimé qu'il avait "pété les plombs" et exprimé son "effarement" et son "indignation".

Le directeur de l'Institut danois du film Henrik Bo Nielsen a pour sa part qualifié d'"idiots" et "repoussants" les propos du cinéaste. Mais le scandale qu'ils ont provoqué "n'aura pas de conséquences sur les futurs projets" du cinéaste, selon lui.

Le ministre danois de la Culture, Per Stig Moeller, s'est déclaré surpris par l'exclusion du cinéaste, après qu'il eut présenté ses excuses.

Présent à Cannes pour la huitième fois, le réalisateur semble avoir perdu toute chance de Palme pour "Melancholia".

  1. Facebook AFP Cannes

AFP


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