Envoyer A l'occasion des solutions évoquées durant l'Atelier Méditerranéen de recyclage des eaux non conventionnelles d'Agadir, Redouane Choukr-Allah - organisateur de l'évènement et professeur à l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II -, revient sur l'urgence du déficit hydrique au Maroc et l'intérêt d'un tel atelier.
Comment est né cet atelier ?
Cet atelier s’inscrit dans le cadre de deux projets de coopération concertée financés par l’Union Européenne (Innovamed et Cycler support) dont le Maroc fait partie. L’intérêt de cette rencontre réside surtout dans le partage des expériences pratiques des pays méditerranéens et des leçons apprises pour enrichir notre approche à remédier à la rareté des ressources hydriques et apporter un éclairage novateur sur les alternatives d’utilisation des eaux non conventionnelles.
Est-ce la première édition de l’évènement ?
C’est la troisième rencontre après la Turquie et la Tunisie. Nous comptons en avoir une prochaine en Égypte et une dernière en Espagne pour intégrer toutes les innovations en matière d’utilisation des eaux non conventionnelles dans un manuel pratique qui dressera les lignes à suivre pour l’exploitation des eaux non conventionnelles et aussi les aspects institutionnels et réglementaires.
Où en est l’urgence du problème hydrique au Maroc ?
La consommation d’eau de la moitié des 20 pays méditerranéens pourrait dépasser leurs ressources en eau potentielles d'ici l’an 2025. Ce qui nécessite une mobilisation sérieuse et urgente et l’adoption de mesures concertées. Le robinet d'eau est un miracle quotidien et l'eau n'est pas un don de dieu inépuisable et éternellement pure. Il est temps d’agir, l'heure n'est plus aux discours mais à l'action. La situation hydrique au Maroc ne cesse de s’aggraver d’une année à l’autre et les disponibilités des ressources hydriques vont chuter de 800 m3 par habitant par an actuellement à moins de 500 m3 en l’an 2025.
Le déficit hydrique au Maroc est-il chronique aujourd’hui ? Et dans quelle mesure ?
La situation hydrique au Maroc varie d’une région à l’autre. Elle est chronique dans les régions du sud où tout développement agricole est limité. En ce qui concerne la région de Souss-Massa-Drâa, elle accuse un déficit hydrique de plus de 260 millions de mètres cubes et un rabattement très inquiétant de la nappe phréatique.
Quels sont concrètement les risques que ce problème entraîne ?
Pour cette région par exemple, cette situation de déficit hydrique pourrait engendrer des conséquences très graves sur lson développement socio-économique. Le secteur contribue à plus de 80% des exportations du Maroc pour les légumes et 50% des agrumes avec un volume total de plus 1,2 millions tonnes et permettant ainsi la création de 40 millions de journées de travail par an. La pénurie toucherait d’abord les populations rurales, et l'absence de récolte signifie pour eux absence de travail. C'est cette conjonction de difficultés qui a poussé certains à fuir la campagne pour rejoindre les centres urbains.

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