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Capture d'écran du reportage de Charles Enderlin, réalisé le 29 septembre 2000 à Netzarim dans la bande de Gaza. /DR
La mort filmée à Gaza du petit Mohammed al-Doura, devenu une icône de la répression israélienne dans le monde arabe, a fait lundi pour la première fois l'objet d'un débat dans un tribunal israélien, près de huit ans après ce drame.
“Mise en scène”
Un cabinet d'avocats ultra-nationalistes a réclamé à la Cour suprême la révocation des accréditations de journalistes de l'équipe de télévision de France 2, accusée d'avoir “mis en scène” la mort de cet enfant de douze ans dans les bras de son père, le 30 septembre 2000, au tout début de la seconde Intifada.
En face, les représentants de l'Etat et de la chaîne française, soutenus par les associations de la presse israélienne et étrangère, ont rejeté cette exigence au nom notamment de la “liberté de la presse”.
“Ce recours s'inscrit dans une campagne calomnieuse suite à l'impact qu'ont eues ces images, une campagne qui vise à délégitimer le travail des journalistes” couvrant le conflit israélo-palestinien, a déclaré Charles Enderlin, le journaliste auteur du reportage et directeur du bureau de France 2 à Jérusalem.
Il s'est toutefois félicité que l'affaire soit portée pour la première fois devant les tribunaux en Israël, pour faire la lumière sur les circonstances du drame.
Ofir Tal, l'avocat de France 2, a rappelé au tribunal qu'aucune instance juridique israélienne (ou étrangère) n'avait jusqu'à ce jour conclu à une fabrication, et qu'au contraire, des auteurs de telles affirmations avaient été “condamnés pour diffamation” à quatre reprises devant des tribunaux français, l'un des jugements faisant l'objet d'une procédure d'appel.
Le cabinet d'avocats Shurat HaDin a soutenu pour sa part que les images filmées par un cameraman palestinien de la fusillade de Gaza au cours de laquelle le petit Mohammed avait été tué, “avaient été sans nul doute une mise en scène, et cela à des fins de propagande palestinienne”.
L'avocate de Shurat HaDin, Nitsana Darshan Leiner, a estimé que cette "mise en scène a provoqué un dommage terrible à l'image d'Israël de par le monde et suscité des accusations de “crime rituel”, comparables à celles lancées contre les juifs au Moyen Age.
Le tribunal a annoncé qu'il déciderait prochainement si l'affaire relève de sa compétence.
Utilisation cynique
Les images poignantes, retransmises en boucle par les télévisions du monde entier, de l'enfant tué dans un échange de tirs entre militaires israéliens et policiers palestiniens à Gaza, avaient plongé Israël dans un profond embarras.
On voyait le père, Jamal, supplier des tireurs, apparemment des militaires israéliens, de ne pas tirer.
Le film ne montrait pas qui avait tiré, mais concluait que l'enfant avait été victime de balles israéliennes.
Si dans un premier temps, l'armée n'avait pas opposé de démenti, déplorant la mort de l'enfant et dénonçant “l'utilisation cynique des femmes et des enfants conduits sur des terrains de confrontations”, des responsables militaires israëliens ont par la suite affirmé avoir la certitude que l'enfant n'avait pas été tué par des soldats, lorsque la scène est devenue emblématique de la cause palestinienne.
Différents organismes ultra-nationalistes ont alors répandu la thèse d'un véritable complot anti-israélien, certains allant jusqu'à prétendre que le petit Mohammed n'était pas mort.

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