Envoyer Le Dr. Bouazza Kherrati, Président de l'Association Marocaine de Protection et d'Orientation du Consommateur (AMPOC), fait un éclairage sur le consommateur marocain et le rôle de la société civile dans l'encadrement et la sensibilisation en matière de droit de ce dernier.
Comment définiriez-vous le consommateur marocain?
“Dans l'arsenal juridique national, le consommateur n'est pas défini. En conséquence, je ne puis vous faire part que de la définition adoptée par le projet de loi sur la protection du consommateur 27-00.
Dans l'article 2, la loi définit le consommateur comme toute personne physique ou morale qui acquiert ou utilise pour la satisfaction de ses besoins non professionnels des produits, biens ou services qui sont destinés à son usage personnelou familial.
Et le fournisseur est défini comme toute personne physique ou morale qui agit dans le cadre d'une activité professionnelle ou commerciale. Le Marocain est un consommateur, mais l'analphabétisme régnant en fait un consommateur non averti.”
Nous savons que le consommateur a des droits, mais a-t-il des devoirs également?
“Le couple "droits-obligations" ne peut être dissocié. Et le principal rôle des associations de protection du consommateur reste la sensibilisation, la formation et l'orientation du consommateur pour qu'il devienne un acteur économique à part entière.”
Où en est le texte de loi relatif à la consommation?
“Les pouvoirs publics ont compris qu'ils ne pouvaient pas, à eux seuls, garantir la protection des consommateurs et ont prôné une approche participative qui permet aux différents acteurs d'intervenir et de contribuer à la préparation du projet de loi.
En effet, l'AMPOC et d'autres associations avaient participé à la réalisation de la première mouture de ce projet. La dernière version, qui a été malheureusement vidée de l'essence même de la liberté des associations, a été présentée au Conseil de Gouvernement par M. Mezouar avant qu'il devienne le trésorier de l'Etat.
Dans ce cadre, nous demandons la révision de ce projet qui est loin d'être une loi de protection du consommateur. Un texte de loi sans instruments de travail (décrets, arrêtés et agents d'application) n'a aucune valeur et ne peut être considéré comme moyen de protection. La protection nécessite des préalables en matière d'assise législative et de mise à niveau du consommateur lui-même.
Quel rôle joue votre association?
L'AMPOC entame sa dixième année de militantisme dans le domaine de la recherche du respect des droits du consommateur. Nous assistons le consommateur dans la défense de ses droits par le biais de guichets-conseils. Nous assurons sa sensibilisation par la tenue de séminaires, conférences, et rencontres avec les écoliers, les femmes au foyer et les marchands. Notre credo est la mise à niveau du consommateur à travers ces différents acteurs. La publication des informations utiles au consommateur dans plusieurs organes de presse permet l'élargissement de notre champ d'action.
Pourquoi le consommateur ne sent-il pas l'engagement des associations de défense ?
Depuis le début de ce siècle, il y a eu un foisonnement des associations de protection. Elles ont un caractère local, à l'exception de l'Association du Consommateur ADC de Casablanca, la Ligue de Meknès et l'AMPOC qui ont gardé la particularité d'être nationale. Quand à leur manifestation, il me serait impardonnable de les juger négativement puisque aucune n'est assistée par l'Etat à l'instar de ce qui se passe ailleurs. Donc pas de fonds, pas de manifestations et plusieurs sont appelées à disparaître si elles ne reçoivent pas de soutien.”
Que dire de la flambée actuelle des prix qui touche les produits de base?
“Parler de la protection du consommateur sans soulever la flambée des prix serait un crime de lèse-majesté à l'encontre du consommateur marocain. C'est pourquoi l'AMPOC en a fait le thème de sa manifestation de commémoration du 15 Mars lors de la conférence du 13 à Kenitra. Certaines causes d'augmentation ont pour origine les fluctuations des prix à l'échelle mondiale et nous subissons les frais de la mondialisation.
Cependant, d'autres sont inhérentes à notre pays et nécessitent l'intervention d'urgence de l'Etat : la caisse de compensation qui ne profite qu'aux riches par exemple, le manque de contrôle et de transparence dans les transactions et des déclarations de Douane...”

Version imprimable
chargement...




