Dernière mise à jour :

Jean Gounelle: "L'Europe n'est pas le grand vainqueur du Mondial 2010!"

Le Mondial 2010 a pris fin dimanche dernier sur une victoire finale de l'Espagne sur les Pays-Bas. Notre chroniqueur sportif, Jean Gounelle analyse dans cette interview les principaux faits et enseignements de cette 19e Coupe du monde. Il explique également les raisons selon lui de la mauvaise performance des équipes africaines.

Jean Gounelle, chroniqueur sportif. /DR
Jean Gounelle, chroniqueur sportif. /DR
Agrandir

L’Europe est le grand vainqueur du Mondial 2010… Peut-on pour autant parler de déclin de l’empire sud-américain ?

Certainement pas! Si l’on regarde les cinq ou six dernières Coupes du monde, le bilan de l’Amérique du sud (à laquelle j’ajoute le Mexique, techniquement dans la Zone Concacaf, mais dans les faits beaucoup plus proche de l’AmSud) est sans doute le meilleur depuis longtemps! Les sélections sud-américaines ont toutes passé le cap du premier tour, avec un bilan global de dix victoires, quatre nuls et une seule défaite (le Chili face à l’Espagne). Il faut remarquer aussi que, dans les tournois précédents, seuls le Brésil et l’Argentine étaient capables de relever le défi. En 2010, toutes les équipes sud-américaines ont été là… En plus, la meilleure du lot (l’Uruguay) n’était pas la plus attendue. Ces équipes doivent jouer dix-huit matchs de qualification – où les moins bons adversaires ont été cette année le Pérou et la Bolivie. Dix-huit matchs et le moins bon est le Pérou? Les Européens jouent huit à dix matchs, avec des promenades contre les Îles Féroé ou le Liechtenstein. Les Sud-américains ont la possibilité de monter un groupe – un vrai groupe, capable de se comprendre et de se battre – et de trouver les solutions de jeu au cours des éliminatoires. Les Européens, non. Même si ce sont ces derniers qui s’imposent au bout du compte – essentiellement grâce à l’expérience, en particulier de la Ligue des Champions.

L’autre enseignement qu’on peut tirer de ce Mondial est qu’il n’a guère souri aux équipes trop préoccupées par leur performance défensive. Partagez-vous cet avis ?

On est toujours sur le fil du rasoir avec ce sujet-là. Faut-il défendre avant tout pour garder ses chances de passer, ou bien attaquer au risque de se faire piéger? Alors, oui, à force de focaliser l’essentiel sur la défense, on y perd régulièrement (l’Algérie, la Suisse et le Portugal en ont été des exemples flagrants). C’est sans doute l’un des éléments positifs à retenir de ce Mondial: malgré le peu de buts, surtout lors du premier tour, les équipes qui ont voulu jouer ont généralement su trouver l’ouverture. Ce fut d’autant plus flagrant lors des deux derniers matchs de l’Espagne où les Allemands (en demie) et les Néerlandais (en finale) ont abandonné leur concept de jeu, se basant uniquement sur l’idée de “stopper” l’adversaire. Tant pis pour eux! L’Espagne a joué son jeu du début à la fin – un jeu basé sur la possession, la distribution, la création d’espaces – et a toujours su trouver la solution, même lorsque elle n’est pas facile. Il n’empêche que des équipes jouant le béton défensif et la contre-attaque sauront toujours trouver des solutions contre des sélections plus talentueuses (les États-Unis ou la Corée du Sud, par exemple).

Bien que la FIFA ait estimé que l'arbitrage a été plutôt bon (96% de bonnes décisions), il n’en demeure pas moins que l’un des talons d’Achille de la compétition a bien été l’arbitrage…

Ce n’est pas nouveau… mais de plus en plus flagrant! Ce qui est embêtant, c’est qu’il n’y a pas “un problème” d’arbitrage, mais “des problèmes” qu’il faut savoir dissocier les uns des autres pour ensuite regarder les solutions à apporter. J’ai peur que les incidents liés à l’arbitrage dans cette Coupe du monde amènent la FIFA à adopter une “fausse solution”, dans la hâte et pour montrer qu’elle “fait quelque chose”. L’arbitre qui refuse le troisième but des Américains contre la Slovénie et celui qui n’accorde pas le but des Anglais contre l’Allemagne, voilà deux cas totalement différents, qui méritent deux réflexions différentes.

Dans le premier cas, il s’agit avant tout d’un problème de communication – personne, même pas les joueurs, n’a compris quelle faute était sifflée! Il est urgent de rappeler et même de clarifier la “signalisation” des fautes et des décisions arbitrales (avez-vous vu des arbitres clairement indiquer des coup-francs indirects dans cette Coupe du monde?).

Dans l’autre cas, qui touche à la “territorialité” (le ballon a franchi la ligne ou non), il est évident qu’une aide est nécessaire: le problème, comme pour le but hors-jeu de Tevez face au Mexique, vient autant de l’arbitre que de ses assistants, il est donc nécessaire de leur offrir une aide supplémentaire. On peut essayer les arbitres derrière les buts, pourquoi pas, mais je crois que le problème est déjà au-delà de cette solution. L’aide vidéo, sans doute, mais je ne pense pas que la FIFA aille dans ce sens. Ce qu’elle aurait dû faire il y a longtemps, en expérimentant diverses solutions, quitte à en prendre et en laisser, mais au moins en essayant!

Il y a aussi et surtout la mauvaise performance des équipes africaines dont le Ghana a été un peu l’arbre qui a caché la forêt. Qu’est ce qui manque selon vous à ces équipes ?

D’abord la préparation. Il est impossible de se préparer pour une Coupe du monde s’il n’y a pas de stabilité. Or, lorsque vous changez de sélectionneur en cours de qualifications ou bien six mois avant le tournoi, où est la stabilité, la continuité? Surtout pour des sélections formées de joueurs éparpillés un  peu partout, qui ne sont pas toujours tous rappelés pour tous les matchs de qualifs. D’autre part, est-ce qu’un sélectionneur qui passe à peine dix jours par mois dans le pays peut vraiment espérer avoir des résultats? Rajevac, au Ghana, il a pu travailler sur la durée, avec un groupe-cadre et en plus les moins de 20 ans champions du monde l’automne dernier. Il y a eu aussi quelque chose de flagrant dans ce Mondial: les équipes africaines et sud-américaines étaient placées dans le même chapeau lors du tirage au sort en décembre, donc avec les mêmes “perspectives” d’adversaires. Vous vous rendez compte de la différence de résultats entre les deux? Je crois, enfin, qu’il y a peut-être eu une “sur-pression” sur ces équipes en raison de la nature de l’événement, premier Mondial en Afrique, qui a sans doute joué dans les têtes. Le penalty de Gyan à la 120e de Ghana – Uruguay, je pense qu’il le loupe parce qu’il met justement toute cette sur-pression dans sa frappe.

Présentation express

Cela fait plus d'une année que Jean Gounelle tient une chronique régulière dans les pages sportives du quotidien aufait. Diplômé de l’École Supérieure de Journalisme (Paris, 1987) et spécialisé dans le football depuis plus de deux décennies, il a travaillé pour des publications spécialisées comme L’Équipe, France-Football et Onze-Mondial en France, avant de s’établir au Canada et d’y devenir collaborateur régulier pour des magazines et quotidiens et analyste de matchs au Réseau des Sports (RDS). Au total, il a écrit plus de 1200 articles consacrés au football et commenté près de 500 matchs internationaux (Coupe du monde, Euro, Ligue des Champions, etc.).

Propos recueillis par Bassirou BA

L'équipe de aufait accueille vos commentaires avec enthousiasme, et s'engage à respecter votre liberté d'expression. Par contre, afin d'éviter les abus et les contenus offensants, seuls les commentaires validés par notre équipe rédactionnelle seront publiés. Vous êtes priés de respecter la netiquette.

Vous avez droit à votre opinion, respectez donc celle des autres ! Merci.







وجهة نظر، وجهات نظر أخر الأخبار العربية بالراي والتحليل