Docteur Omar Berbich, membre de la Fondation Hassan II d'ophtalmologie
"Le FIFM permet aux non et malvoyants d'entendre des films, pourquoi ne pas leur rendre la vue?"
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Depuis l'édition 2009 du Festival, la Fondation du FIFM a mis en place -en partenariat avec la Fondation Hassan II d’ophtalmologie et le Ministère de la Santé- une campagne de chirurgie gratuite de la cataracte. Cette campagne -parrainée par l'actrice française Hélène de Fougerolles- permet cette année d'opérer au sein de l'hôpital Antaki quelque 250 patients. Tour d'horizon de cette opération au grand cœur avec un de ses principaux protagonistes, le Docteur Omar Berbich.
Melita Toscan du Plantier, Directrice du Festival (G), et la comédienne Hélène de Fougerolles, marraine de la campagne de chirurgie. /YAPASPHOTO
Comment est née l'année dernière cette initiative au sein du Festival international du film de Marrakech et qui en est à l'origine?
C'est Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid qui en est à l'origine. Cela rentrait dans les grands thèmes du Festival 2009, puisque la programmation comprenait un film proposé en audio description. De fait, effectuer des opérations de la cataracte rentrait dans la même volonté de rendre service aux malvoyants. Car les gens atteint de la cataracte sont des malvoyants et pas des non-voyants. C'est une maladie qui se développe principalement avec l'âge et qui n’est réversible qu’après chirurgie. Chez l'enfant, par contre, c'est une véritable urgence. C'est pour cela que l'on n'en a pas beaucoup (trois opérés cette année) car c'est une intervention qui doit se faire dans les jours qui suivent le diagnostic pour que le développement de la vision ne soit pas compromis.
Cette année, ce sont quelque 250 patients de la région Marrakech Tensift Al Haouz, qui ont été opérés. Quelle a été, pour ces personnes, la procédure afin de bénéficier de cette campagne d'opérations et y avait-il des critères de sélection?
Nous avons en effet opéré 250 personnes cette année, et l'an dernier il y en avait 200. Il faut savoir qu'aucune de ces personnes n'est originaire de la ville même de Marrakech, mais plutôt de la région, dans des zones éloignées. Ce sont des personnes démunies, qui n'ont pas accès aux soins car ils n'ont pas les moyens financiers, mais également les moyens de se déplacer jusqu'aux centres hospitaliers. Au départ, c'est donc dans les centres de santé que se fait le premier triage, c'est là que les médecins prennent ceux qui ont une baisse d'acuité visuelle, personnes âgées ou pas: cette diminution peut être due aussi à un diabète, un glaucome, ou encore d'autres causes. Ce sont ensuite des médecins ophtalmologistes qui se déplacent pour faire le second diagnostic. Quand le diagnostic était autre qu'une cataracte, les patients étaient orientés vers les centres indiqués. Les cas de cataracte ont été mis sur la liste et contactés pour prévoir le transport aller-retour, l'opération, mais aussi leur suivi. Des médecins de la Fondation Hassan II d'ophtalmologie vont d'ailleurs rester jusqu'à mercredi pour faire ce suivi, et ensuite ceux de l'hôpital Antaki prendront le relais.
Pour les personnes qui ne bénéficient pas de cette campagne de chirurgie gratuite de la cataracte, combien coûte au Maroc une opération de la sorte? Et, si on ne la traite pas, quels sont les risques?
C'est une chirurgie qui est faite par des ultrasons, c'est la phaco-émulsification. De fait, c'est une toute petite incision qui est faite, de trois millimètres, à travers laquelle la cataracte est cassée en plusieurs fragments puis aspirée. Il y a aussi la technique classique, avec une grande incision et un rétablissement plus long, qui a été utilisée dans une moindre mesure dans cette campagne. La phaco-émulsification nécessite beaucoup de matériels, de consommables, et les machines qui permettent cette intervention coûtent très cher. C'est là donc un des grands atouts de cette campagne dans le cadre du Festival, car l'aide permise permet d'opérer dans les conditions les plus optimales. En temps normal au Maroc, le forfait global pour une intervention de la sorte pour un patient bénéficiant de l’AMO, par exemple, est de 8.500 DH. Concernant la maladie, toute personne ayant une cataracte non traitée peut arriver à la cécité, car avec le temps cela forme un véritable rideau opaque. Néanmoins, la cécité provoquée par cette maladie demeure réversible après chirurgie. Ce qui n'est pas le cas par exemple pour un glaucome au stade terminal.
Vous avez donc traité des cas de cataractes très avancées cette année?
Tous les gens que l'on opère ont, en grande majorité, une cataracte très avancée. Cela vient du fait qu'ils n'ont pas l'occasion d'aller se faire soigner au moment adéquat, pour deux raisons principales: le manque d'argent ou la fatalité face à un certain destin.
Les opérations ont commencé lundi et vous finissez aujourd'hui. Cela fait donc cinq jours intenses de chirurgie. Comment vivez-vous cette expérience qui n'est évidente ni sur le plan physique, ni sur le plan émotionnel j'imagine?
C'est très fatiguant, mais c'est surtout très intense émotionnellement parlant. Le plus intense, c'est le lendemain matin quand on enlève le pansement aux patients. En fait, avant l'opération les gens ont peur: peur de ne pas pouvoir finalement se faire opérer, par exemple. Ils ont du mal à y croire. Et puis, le lendemain c'est un pur bonheur. Les gens crient de joie en réalisant qu'ils ont recouvré la vue... La fatigue, on la sent le soir en rentrant, mais c'est compensé par tout cela, et par la bonne ambiance de travail dans laquelle nous sommes. Tout le personnel médical et paramédical est très impliqué. Par exemple, mardi alors que c'était un jour férié, personne n'a manifesté sa volonté d'avoir la journée de repos. Ils sont tous touchés par cet élan de solidarité.
Cette action est menée depuis l'an dernier dans le cadre du Festival, pourquoi cette campagne s'est-elle portée sur cette maladie en particulier?
En fait, la cataracte est un réel problème de santé publique. C'est une des causes de cécité réversible la plus fréquente au Maroc. Née principalement à cause de l'âge [et donc du vieillissement du cristallin, ndlr], la cataracte augmente au Maroc autant que la population de personnes âgées devient importante.
En quoi cela est-il important, selon vous, que le Festival international du film de Marrakech s'implique dans ce type d'action?
Le Festival a déjà commencé à œuvrer dans ce sens en mettant en place l'audio description pour rendre accessibles les films aux non et malvoyants. Du coup faire quelque chose pour ces personnes était déjà dans l'optique du Festival. En plus, le Festival international du film de Marrakech, c'est à la fois le son, l'image...c'est la vue. Tous ces sens là sont mobilisés. Alors, si l'on permet aux non et malvoyants de pouvoir entendre des films, pourquoi ne pas -quand c'est possible- leur rendre la vue?
“En tant normal au Maroc, le forfait global pour une intervention de la sorte pour un patient bénéficiant de l’AMO, par exemple, est de 8.500 DH”.
“Avant l'opération les gens ont peur de ne pas pouvoir se faire opérer finalement, ils ont du mal à y croire. Et puis, le lendemain c'est un pur bonheur”.


