Nucléaire au Maroc
Les acteurs du secteur débattent

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Dans le sillage de la catastrophe nucléaire au Japon, qui a relancé le débat sur le sujet au niveau international, les professionnels du secteur au Maroc débattent dans nos colonnes sur la nécessité ou pas de développer cette énergie dans notre pays. Pour rappel, le Maroc entend porter à 7 voire 8% la part de nucléaire dans la production énergétique nationale, à l’horizon 2025.

Dans la nouvelle politique énergétique du Maroc, même si la priorité est donnée aux énergies renouvelables, le nucléaire a aussi droit de cité. Un réacteur nucléaire de puissance est prévu au Maroc à l’horizon 2020 et le ministère de l’Energie entend porter la part du nucléaire dans la production énergétique nationale à 7 voire 8% en 2025.

Face à ces projets et suite à la catastrophe nucléaire au Japon, qui a relancé le débat sur ce type d’énergie, Saïd Mouline, directeur général de l’Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (ADEREE) a appelé, dans nos colonnes, à un débat national sur le nucléaire.

“Nucléaire au Maroc: le débat nécessaire”, tel est l’intitulé de l’éditorial de Saïd Mouline, paru dans la livraison d’aufait du week-end dernier.

“Nucléaire au Maroc: le débat nécessaire”

“Ce qui se passe au Japon nous interpelle au plus haut point. Voilà un pays, 3è puissance économique mondiale (…) qui n’a pas estimé correctement le risque sismique lorsqu’il a décidé de développer une filière nucléaire”, avait fait savoir M. Mouline, déplorant un manque de débat national sur le sujet.

“Lors des assises de l’énergie et des différentes présentations faites sur notre politique énergétique, on voyait apparaître un réacteur nucléaire de puissance à l’horizon 2020. Des pourparlers ont été menés avec différents grands acteurs mondiaux mais sans jamais penser à un débat national sur le sujet.”

Saïd Mouline, DG de l’ADEREE, dans le journal aufait du vendredi 18 mars 2011.

Pourquoi un débat national est-il nécessaire? Pour Saïd Mouline, “c’est la santé de tous qui est en jeu. Et avant les catastrophes nucléaires à Three Mile Island aux USA en mars 1979, à Tchernobyl en avril 1986 et récemment au Japon, tout était maîtrisé dans l’industrie du nucléaire, il n’y avait pas de risque”.

Citant l’Italie où le choix du développement du nucléaire s’est fait par référendum, M. Mouline demande qu’au Maroc ce choix soit voté au Parlement ou à défaut que des explications soient fournies au grand public.

Diversification via le nucléaire?

Toutefois, soutient le directeur général de l’ADEREE, le nucléaire présente des avantages, “il n’émet pas de CO2 et même si l’investissement coûte cher, l’électricité qui en découle ne l’est pas”. Conscient que le Maroc importe 97% de ses besoins énergétiques et que les énergies fossiles continueront à jouer un rôle important dans les décennies à venir, M. Mouline prône une diversification bien pensée des sources d’énergie.

Contacté par nos soins, le professeur Tarek Bardouni de l’Université Abdelmalik Saadi de Tétouan, membre de la Moroccan Association for Nuclear, encourage de son côté la piste du nucléaire qui d’après lui est “la source d’énergie la plus propre”: “Des accidents, il n’y en a pas tous les jours et personnellement, je suis pour le développement du nucléaire au Maroc”.

8%

Quand on évoque l’absence d’un débat national sur le nucléaire, M. Bardouni explique: “Le sujet est récent au Maroc et je sais que le ministère de l’Energie entend porter à l’horizon 2025, la part du nucléaire dans la production énergétique nationale à 7 voire 8%”.

Abondant dans le même sens, le professeur Chakir El Mahjoub de la faculté des sciences à l’Université de Kénitra et également membre de la Moroccan Association for Nuclear a déclaré à aufait que “se doter d’une technologie nucléaire à des fins pacifiques ne peut qu’être bénéfique pour le Maroc”.

“En général, il n’y a pas de risque zéro et pour le nucléaire, il faut des études sur 10 voire 15 ans avant la conception d’une centrale”, explique Chakir El Mahjoub.

Au Maroc, une étude de faisabilité d’une centrale électronucléaire a été menée dans les années 1980 et un site a été choisi. Il se trouve entre El Jadida et Safi, d’après Chakir El Mahjoub, qui juge nécessaire l’actualisation de cette étude.

Energies renouvelables vs nucléaire

Mais pourquoi développer le nucléaire quand on a un potentiel énorme de développement des énergies renouvelables? Le professeur El Mahjoub explique que “les énergies renouvelables ont des rendements faibles”, et que par conséquent, “elles ne pourront pas couvrir tout le réseau national”.

Toutefois, pour Mehdi Alaoui-Mdaghri, président de l’association Planète Citoyenne, il n’est pas question de préférer le nucléaire aux énergies renouvelables: “Je ne suis pas spécialiste du nucléaire mais quand on a au Maroc un gisement inépuisable d’énergies renouvelables, il faut avant tout l’exploiter. L'environnement n'en ressortira que gagnant...”.

Le professeur El Mahjoub rétorque que “le nucléaire est l’énergie la plus propre, elle n’émet pas de CO2 et elle est portable”. Cependant, elle reste très dangereuse comme le souligne Saïd Mouline: “Cette filière, (nucléaire, ndlr) comme toutes les autres, a des avantages et des inconvénients. Mais c’est la seule qui engage les générations futures car elle crée des déchets radioactifs qu’il faudra surveiller pendant des milliers d’années”.

Cet argument à lui seul ne justifie-t-il pas un débat?

Kisito Ndour

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