Récupération des eaux de pluie: le Maroc fait le pari de développer ses modes traditionnels et d'innover

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Face aux changements climatiques et à l'urbanisation rapide, le Maroc multiplie les efforts pour améliorer la gestion de ses ressources en eau.

Le développement des modes de collecte et d'utilisation de l'eau de pluie s'impose comme un moyen d'économie de cette ressource de plus en plus rare, preuve en est l'intérêt qui lui est accordé dans le programme de partenariat initié avec l'Allemagne, pionnier dans le domaine, et qui s'étale jusqu'à 2018.

Il faut dire qu'au Maroc, comme l'ont souligné experts nationaux et étrangers réunis cette semaine à Agadir, les techniques de mobilisation et d'utilisation des eaux pluviales ont été pratiquées pendant longtemps aussi bien dans les villes qu'en milieu rural.

"Le captage et la gestion durable des eaux pluviales a traditionnellement joué un rôle très important pour le Maroc, qui a connu beaucoup de techniques de captage et de retenue des eaux pluviales, tels que les terrasses, les Metfias et les Seguias, qui ont été développés il y a des centaines d'années pour faire face aux irrégularités du régime pluviométrique du pays", rappelle le Directeur de l'Agence Allemande de Coopération Internationale (GIZ) au Maroc, Tilman Herberg.

Des techniques anciennes qui reviennent au goût du jour

Avec les changements climatiques globaux, ces techniques "gagnent une nouvelle importance", non seulement pour réduire la vulnérabilité envers les sècheresses, mais aussi pour retenir les eaux et réduire les ruissellements qui contribuent aux crues et inondations, s'accordent les spécialistes.

"Le problème majeur avec l'eau est qu'elle est soit abondante ou bien rare", explique la Zimbabwéenne Elizabeth Khaka du Programme de l'ONU pour l'environnement (PNUE) qui rappelle que 14 pays africains sur 53 souffrent aujourd'hui de stress hydrique et de rareté de l'eau, un nombre appelé à grimper à 25 d'ici 2025. Elle a déploré que le taux d'utilisation des eaux de pluies reste très infime dans les pays du sud par rapport aux pays développés ou émergents comme la Chine et l'Inde.

Au Maroc, cette option revient au goût du jour vu les effets des aléas climatiques sur le régime pluviométrique qui sont aujourd'hui encore accentuées par l'impact de l'urbanisation rapide, du déboisement et du surpâturage, lesquels augmentant les crues et les effets d'érosion.

"Hier comme aujourd'hui, les maîtres-mots sont : bonne gestion et entretien", insiste Said Gouzlane de l'Ecole Hassania des ingénieurs, qui rappelle que les enjeux que pose aujourd'hui la rareté de l'eau militent pour la valorisation des techniques traditionnelles de captage des eaux pluviales et l'adaptation au contexte marocain des meilleures pratiques appliquées à l'échelle internationale.

Les utilisations de l'eau récupérée à des fins domestiques vont de l'alimentation des toilettes, le lave-linge ou encore l'arrosage de jardins.

L'investissement consenti dépend du mode utilisé mais nombre de techniques ne nécessitent souvent pas de budget conséquent.

En réunissant des experts de différentes nationalités pour l'atelier de formation d'Agadir, dans le cadre du programme de coopération maroco-allemand "Appui à la gestion Intégrée des ressources en eau (AGIRE), le secrétariat d'Etat chargé de l'eau et de l'environnement en partenariat avec l'AIZ ambitionnent justement de mettre en valeur les connaissances traditionnelles de gestion des eaux pluviales et de présenter la gamme de techniques novatrices appliquées aujourd'hui à travers le monde.

Au final, il est question, indique-t-on, d'élaborer un plan d'action pour le captage et l'utilisation des eaux pluviales dans le Royaume.

D'après M. Abdelkader Benomar du Secrétariat d'Etat à l'eau et l'environnement, il est important d'identifier le potentiel des eaux pluviales au Maroc et de développer les moyens pour leur mobilisation et utilisation.

"Bien que le Maroc dispose de ressources hydriques importantes, la demande en eau sans cesse croissante pour l'alimentation en eau potable, l'irrigation, le tourisme ou encore l'industrie a engendrée une forte pression sur les ressources en eau ce qui a entrainé une surexploitation des eaux souterraines et une augmentation des risques de pollution ", a-t-il indiqué.

Face à l'impact de cette problématique sur le développement socioéconomique au Maroc, une nouvelle stratégie de développement du secteur de l'eau a été d'ailleurs adoptée en 2009.

Parer aux aléas climatiques

Cette stratégie vise, selon le département de tutelle, d'ici 2030, à économiser 2.5 Milliards de m3 par an à travers la gestion de la demande et à mobiliser 2.5 Milliards de m3 par an additionnels par la construction de nouveaux barrages et par la valorisation des ressources non conventionnelles comme le dessalement de l'eau de mer, la réutilisation des eaux usées épurées ou encore le captage des eaux pluviales.

Aussi, l'atelier d'Agadir s'inscrit-il dans le cadre de l'accompagnement de cette stratégie par le renforcement des capacités des cadres nationaux en matière de captage et utilisation des eaux pluviales, l'identification du potentiel en eau pluviale au Maroc et les moyens de la mobiliser à travers des projets pilotes par bassin avant un éventuel déploiement à plus grande échelle.

Globalement, le programme maroco-allemand "Agire" se décline en quatre indicateurs à atteindre d'ici juin 2018, à savoir améliorer l'efficacité du système de suivi et de contrôle des prélèvements des eaux souterraines, stabiliser la vitesse de rabattement annuelle moyenne des principales nappes dans les régions d'intervention (agences de bassin hydraulique du Tensift, Souss Massa Draa et l'Oum Er Rbia), et faire en sorte que les eaux usées domestiques épurées soient réutilisées de manière contrôlée dans des projets pilotes.

Le quatrième volet consiste à assurer que les principales nappes dans les régions d'intervention soient gérées dans un cadre participatif en tenant compte de la participation notamment des femmes.

Un vaste programme qui illustre combien "l'or bleu" est une ressource de plus en plus rare et précieuse surtout au vu des changements climatiques dont l'impact est ressenti à travers sécheresses, cyclones, et inondations ca et là à travers le monde.

Omar Achy/MAP


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