Syrie: l'appareil sécuritaire syrien frappé au coeur par un attentat à Damas

Dernière mise à jour :


Capture d'écran d'une image diffusée par Syrian TV montrant des forces de sécurité syriennes à Damas le 18 juillet 2012
Capture d'écran d'une image diffusée par Syrian TV montrant des forces de sécurité syriennes à Damas le 18 juillet 2012
Agrandir

Carte des combats entre soldats et déserteurs et localisation des villes pilonnées par l'armée
Carte des combats entre soldats et déserteurs et localisation des villes pilonnées par l'armée
Agrandir
Le ministre syrien de la Défense, le général Daoud Rajha, le 5 avril 2012
Le ministre syrien de la Défense, le général Daoud Rajha, le 5 avril 2012
Agrandir
Des manifestants jettent des pierres à proximité de l'ambassade syrienne au Caire, le 18 juillet 2012
Des manifestants jettent des pierres à proximité de l'ambassade syrienne au Caire, le 18 juillet 2012
Agrandir

Trois hauts responsables en première ligne dans la répression de la révolte en Syrie, dont le beau-frère du président Bachar al-Assad, ont été tués mercredi à Damas dans un attentat spectaculaire qui porte un coup terrible à l'appareil sécuritaire syrien.

Washington a estimé que le régime était en train de "perdre le contrôle de la Syrie", en soulignant l'urgence d'une transition politique pour "éviter une guerre civile longue et sanglante".

L'attentat, le premier ayant visé des ministres depuis le début de la révolte en mars 2011, a été revendiqué par l'Armée syrienne libre (ASL, composée en majorité de déserteurs) qui avait annoncé la veille "la bataille pour la libération de Damas", où des combats, les plus violents dans la capitale depuis mars 2011, faisaient toujours rage mercredi soir.

Contrairement aux attentats précédents en Syrie, aucune image n'a été diffusée par les médias officiels.

"Le vice-ministre de la Défense, le général Assef Chawkat, a été tué dans (un) attentat terroriste qui a visé le bâtiment de la Sécurité nationale à Damas", a affirmé la télévision d'Etat.

Ultra-protégé, cet édifice situé dans le centre-ville abritait mercredi une réunion de hauts responsables de la sécurité.

Le ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, et le général Hassan Turkmani, chef de la cellule de crise mise en place pour mater la révolte, ont également péri, selon la chaîne.

L'attentat a aussi blessé le ministre de l'Intérieur, Mohammad Ibrahim al-Chaar, et le chef de la Sécurité nationale, Hicham Ikhtiar, a indiqué à l'AFP une source au sein des services de sécurité.

Des versions contradictoires circulaient cependant sur le modus operandi de l'attentat.

Une première source de sécurité a indiqué que le garde du corps d'un participant à la réunion avait fait exploser sa ceinture d'explosifs.

Une seconde a parlé d'une mallette remplie d'explosifs introduite par un garde du corps qui avait réussi à quitter la salle puis à actionner la bombe.

L'annonce de l'attentat a été saluée dans plusieurs fiefs rebelles, notamment à Jabal Chahchabou, où un journaliste de l'AFP a fait état de tirs de kalachnikov, de cris et de rires.

"Allah akbar!", s'est égosillé un combattant à l'annonce des morts sur la chaîne de télévision Al-Arabiya. Ce trentenaire, arborant une large moustache, gigotait de plaisir, empêché de marcher par sa jambe criblée de balles il y a quelque mois.

Des célébrations ont eu aussi lieu au Liban voisin, où un enfant a été tué par des tirs à Tripoli (nord), selon un responsable de la sécurité.

"A Tripoli aujourd'hui, la plupart des gens étaient heureux, mais en tant que réfugiés nous espérons qu'il n'y a plus autant de combats que ces derniers mois", a dit à l'AFP Moustafa Obeid, un réfugié syrien à Tripoli.

Au Caire, la police a fait usage de gaz lacrymogènes contre des manifestants qui tentaient d'arracher le drapeau du bâtiment de l'ambassade de Syrie, selon des manifestants.

Coup sévère pour le régime

L'ASL a affirmé qu'il s'agissait de "la première d'une série de grandes opérations visant à faire chuter Assad et l'ensemble des piliers et symboles du régime".

Les rebelles ont réitéré que ceux "qui n'ont pas de sang sur les mains" avaient jusqu'à fin juillet pour faire défection, sous peine sinon d'être considérés, selon le communiqué, comme "des complices des meurtres d'Assad".

Le régime a rapidement annoncé la nomination d'un nouveau ministre de la Défense, le général Fahd al-Freij, jusque-là chef d'état-major.

"Nos forces armées sont solides et leur moral est au plus haut. Elles continueront à poursuivre les terroristes jusqu'à ce que le complot visant la Syrie soit écrasé", a-t-il dit lors de sa première intervention.

Les autorités qualifient les rebelles de "terroristes" financés par l'étranger.

Pour l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), la mort du général Chawkat est un "coup sévère pour le régime car il assumait le tout premier rôle dans les opérations pour écraser la révolution".

"Le régime est désormais aussi dangereux qu'un loup blessé", ont réagi les Frères musulmans, influente composante de l'opposition, affirmant désormais redouter "davantage de politiques stupides de Bachar al-Assad et ses gangs qui pourraient des conséquences catastrophiques pour le pays".

Sur le terrain, l'armée a pilonné les quartiers de Qaboune et de Barzé à Damas, et des hélicoptères mitraillaient ceux de Jobar, Hajar el-Aswad et Kafar Soussé. Des combats entre rebelles et armée se poursuivaient dans les quartiers de Midane et Kafar Soussé.

Les violences à travers le pays ont fait au moins 118 morts, dont 48 civils, 18 rebelles, 52 soldats et les trois hauts responsables à Damas, selon l'OSDH. Dix-sept personnes ont péri à Damas.

Report du vote à l'ONU

A l'étranger, l'Iran et la Russie, fidèles alliés de Damas, ont condamné l'attentat ainsi que la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton qui a appelé à une "action concertée" du Conseil de sécurité de l'ONU et de la communauté internationale.

Les ministres américain et britannique de la Défense, Leon Panetta et Philip Hammond, ont mis en garde contre une situation "incontrôlable".

Paris a jugé que la lutte de M. Assad pour conserver le pouvoir était "vaine" et appelé ses soutiens "à se dissocier de la répression".

Berlin et Londres ont souligné "l'urgence" pour l'ONU d'adopter une résolution menaçant de sanctions.

Ce vote prévu mercredi à l'ONU a été reporté à jeudi matin à la demande de l'émissaire Kofi Annan qui espère encore un compromis avec Moscou, selon des diplomates.

L'ambassadeur français Gérard Araud a affirmé que le cadre des négociations devait être "une résolution sous chapitre VII avec une menace de sanctions".

Le Kremlin a fait état d'une conversation téléphonique entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama, parlant de divergences qui "persistent", tandis que Washington a assuré qu'ils étaient tous deux d'accord sur une nécessaire "transition politique".

Les Etats-Unis ont allongé leur liste noire des individus et entités syriens faisant l'objet de sanctions.

AFP


L'équipe de aufait accueille vos commentaires avec enthousiasme, et s'engage à respecter votre liberté d'expression. Par contre, afin d'éviter les abus et les contenus offensants, seuls les commentaires validés par notre équipe rédactionnelle seront publiés. Vous êtes priés de respecter la netiquette.

Vous avez droit à votre opinion, respectez donc celle des autres ! Merci.

comments powered by Disqus


newsletter