Mexique: les familles de disparus à la recherche de leurs proches

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La guerre de la drogue au Mexique a provoqué des milliers de disparitions, surtout dans le nord, où les familles prennent en main elles-mêmes la recherche de leurs proches, la plupart du temps sans l'aide des autorités.

Victor Rodriguez, 28 ans, originaire de Tijuana, au nord-ouest du Mexique, travaillait dans une entreprise d'importation de véhicules. Il a disparu dans l'Etat du Coahuila (nord) en 2009 en revenant en voiture d'un voyage professionnel avec son chef et un ami.

"Nous savions qu'il partait le 11 mai à 01H00 du matin pour arriver à Tijuana le jour suivant, mais nous n'avons plus eu de nouvelles d'eux depuis", explique sa mère, Adriana Moreno.

La famille a déposé plainte. Sans résultat. "Tu mènes l'enquête, tu deviens détective. La seule chose qui fait avancer l'enquête, ce sont les éléments que tu apportes toi-même aux autorités. Elles ne répondent pas à tes appels, ne communiquent pas avec toi. Tu dois être tout le temps sur leur dos", se plaint-elle.

Juan Lopez, conseiller de l'association Forces unies pour nos disparus au Mexique (Fundem), qui regroupe des centaines de familles de disparus dans tout le pays, explique: "Ils ne font rien. Par peur (du crime organisé), par collusion ou pour les deux raisons".

Jeudi, jour de la Fête des mères au Mexique, des centaines de personnes ont manifesté à Mexico pour exiger l'activation des enquêtes sur les disparus.

"Vivants ils les ont pris, vivants nous les voulons !". C'est à ce cri que les manifestants ont parcouru les rues, le bas du visage masqué avec l'inscription "Où sont-ils ?" et à la main des photos de leurs disparus.

Depuis décembre 2006, plus de 50.000 personnes, selon des décomptes de la presse, sont mortes au Mexique dans des violence liées aux narcotrafiquants, depuis que le président Felipe Calderon leur a déclaré la guerre, avec l'appui des militaires.

Mais il n'existe pas de décompte des disparus. En avril 2011, la Commission nationale des droits de l'homme estimait à 5.000 leur nombre depuis 2006. Mais on craint que le chiffre soit plus élevé. Selon M. Lopez on est plus près de 10.000, d'après des "estimations modérées".

Gabriela Mejia cherche deux de ses frères, Carlos et Ricardo, enlevés par des hommes armés et masqués, ainsi que sept de leurs camarades avec lesquels ils posaient des antennes pour une compagnie téléphonique.

"On a déposé toutes les plaintes et ils nous ont dit que nous devions fournir une direction pour l'enquête", par exemple qui pourraient être les kidnappeurs. Comme cela n'a pas été possible, l'affaire a été classée.

Juan Lopez souligne que certains disparus sont des "jeunes enrôlés de manière obligatoire par le crime organisé, dans une espèce de recrutement forcé".

Marco Antonio Villanueva s'accroche à cette hypothèse. Voici un an qu'il cherche son père et son frère, des agriculteurs de l'Etat de Guerrero (sud), partis chercher un véhicule à la frontière avec les Etats-Unis et qui ont disparu à leur retour dans l'Etat du Coahuila, sans laisser de trace.

Il y a quatre mois, dans cet Etat, les autorités ont libérés 41 personnes enlevées par des narcotrafiquants. "Il ne les détenaient pas pour racketer leurs familles, mais pour les obliger à travailler pour les Zetas", le groupe criminel créé et dirigé dans les années 90 par d'anciens militaires d'élite de l'armée mexicaine.

"Je veux croire que c'est le cas de mes proches, qu'il ne sont pas morts et que je peux les retrouver à n'importe quel moment (...) J'ai renoncé à interroger les autorités, parce qu'on ne prend plus mes appels", dit Marco Antonio.

AFP


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