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“Burn a koran day”
La provocation qui inquiète le monde
La provocation d'une poignée d'évangélistes américains qui projette de brûler un Coran en guise de commémoration des attentats du 11 septembre s'est aujourd'hui transformée en polémique mondiale. Qu'ils passent à l'acte ou pas, le mal est fait dans la mesure où en réponse à ces fanatiques, d'autres fanatiques se préparent déjà à exploiter ce projet inconsidéré.
Manifestation devant l'ambassade américaine contre le projet d'une église de Floride de brûler un Coran, le 4 septembre dernier à Jakarta. /DR
À fanatique, fanatique et demi. Dans le rayon des enragés, l'église Evangelical Christians de Floride et son pasteur Terry Jones en tête, viennent de s'octroyer le trophée de la provocation. Cette congrégation envisage en effet, pour le 9e anniversaire commémoratif des attentats du World Trade Center, de faire un autodafé de Coran, le samedi 11 septembre.
Bête noire de la majorité des leaders religieux américains, Terry Jones et son “Dove World Outreach Center“ (“Centre colombe pour aider le monde”), à la tête d'une micro-congrégation évangélique indépendante réunissant une cinquantaine de familles, a réussi en brandissant ce projet à mettre le monde entier en alerte.
Le projet d'autodafé par son aberration, interpelle en effet à tous les niveaux, qu'il s'agisse des dirigeants de ce monde inquiétés par l'ampleur annoncée des retombées d'une telle action, ou encore des simples citoyens choqués par la bêtise du geste. Du reste aujourd'hui, à quelques jours de la date prévue, le mal est fait, et un flot de haine a déjà envahi l'internet par exemple, -où l'appel du pasteur avait été lancé au début de l'été-, laissant peu d'espace à la tolérance et à la raison.
Le témoignage suivant en est un très rare exemple de sagesse:
C'est pas digne de brûler un livre saint pour des millions de gens, je suis chrétienne et je suis plus que choquée de cette initiative qui je l'espère n'est que le fait de fous furieux.
Une réaction sur l'internet signée Mado.
Provoquer la haine
Ainsi en pleine célébration par les musulmans du monde entier de l'Aïd el Fitr, le groupe fondamentaliste chrétien basé en Floride, prévoit de brûler en public un exemplaire du Coran samedi prochain à Gainesville, prétextant le neuvième anniversaire des attentats du 11 septembre à New York et invitant d'autres centres religieux à en faire autant.
L'initiative, qui prétend glorifier le souvenir des victimes des attentats, mise sur une argumentation sans fondement, gratuite et provocatrice: “Nous allons brûler le Coran, à la mémoire des victimes frappées lors du 11 septembre et prendre position contre le mal qu'est l'islam. L'islam est le diable.”
Un flot de haine et d’islamophobie pure et dure que le pasteur Jones distille avec entêtement, déterminé à mobiliser contre ce qu'il qualifie “d'islamisation de l'Amérique”: “Nous pensons qu’il est temps pour les chrétiens, pour les églises, pour les responsables politiques de se lever et de dire: non, l’islam et la charia ne sont pas les bienvenus aux Etats-Unis”.
Des associations musulmanes ont estimé que cette démarche confirmait l'augmentation de l'islamophobie aux Etats-Unis où un projet de centre islamique près de “Ground Zero”, où se dressaient les tours du World Trade Center à New York, déchaîne les passions.
L'inquiétude est palpable
De toutes parts et depuis quelques jours les mises en garde fusent de par le monde contre les intentions du groupe évangélique américain de brûler un exemplaire du Coran.
En tête, les Etats-Unis disent craindre une montée du sentiment anti-islam. En plus d'être “source d'inquiétude”, la Maison Blanche a évoqué mardi un danger pour les troupes américaines, appuyant ainsi les craintes soulevées par le général David Petraeus, commandant des forces internationales en Afghanistan, sur des “répercussions possibles”.
Le haut gradé a estimé que cela servirait la propagande des talibans en Afghanistan et renforcerait le sentiment anti-américain dans le monde musulman. En réponse, le pasteur Terry Jones, a assuré sur la chaîne CNN que les “paroles du général étaient prises très au sérieux”, mais qu'il était “fermement résolu” à mener le projet à bien.
La chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a pour sa part condamné le projet lors d'un dîner de rupture du jeûne organisé au département d'Etat, imitée par le secrétaire général de l'Otan, ainsi que par la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.
L'Église catholique dénonce
Sous le titre: “que personne ne brûle le Coran”, l'Osservatore Romano, le quotidien du Vatican, s'est fait mardi l'écho des multiples condamnations, alors que mercredi un communiqué du Conseil pontifical du Vatican pour le dialogue interreligieux a qualifié le projet du pasteur de “geste de grave offense”.
Le communiqué de ce Conseil signifiait également qu' “on ne peut pas remédier à des actes de violence aussi déplorables que les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, avec un projet comme celui promu par le groupe fondamentaliste chrétien”.
Crainte des réactions “incontrôlables”
Car à quoi peut-on s'attendre en effet si le projet est mis à exécution samedi?
Les islamistes radicaux ne vont pas manquer de s'emparer de ce geste provocateur pour justifier à leur tour d'autres actes faisant appel à la violence. La république islamique d'Iran a, à juste titre, conseillé “aux pays occidentaux d'empêcher l'exploitation de la liberté d'expression pour insulter les livres saints” au risque de provoquer des réactions “incontrôlables”.
Pour sa part, Cheikh Abdel el-Moati el-Bayoumi, un des principaux responsables d'Al-Azhar, traditionnellement modérée, a pressé le gouvernement du président Barack Obama -venu au Caire en juin 2009 pour un important discours de conciliation envers le monde musulman- de stopper ce projet qui porterait un coup sévère à l'image des Etats-Unis.
“Cela constituera une opportunité pour le terrorisme. Veulent-ils (les Etats-Unis ndlr) combattre le terrorisme ou l'encourager ?”
Cheikh El-Bayoumi, responsable de l'Université Al-Azhar du Caire.
En Indonésie, pays musulman le plus peuplé du monde, la minorité chrétienne craint des “tensions” et l'Union des 20.000 églises chrétiennes protestantes de l'archipel a écrit au président Barack Obama pour l'exhorter à intervenir. Une centaine de radicaux musulmans avaient déjà manifesté fin août devant l'ambassade des Etats-Unis à Jakarta et menacé de déclencher une guerre sainte si le “Dove World Outreach Center” persistait.
Pourtant, le premier amendement de la Constitution américaine protège et autorise tout à fait l'Evangelical Christians à réaliser ce projet où brûler un exemplaire du Coran va permettre aux extrémistes de raviver la flamme de la haine entre les peuples, laissant loin derrière toute notion de tolérance ou de modération.


