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Les Français dans la rue contre la politique anti-étrangers

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés samedi dans 130 villes de France à l’occasion d’un appel à manifester contre l’expulsion de Roms vers la Roumanie. Au-delà du mot d’ordre, de nombreux manifestants exprimaient leur rejet global de la politique gouvernementale.

Les Français dans la rue contre la politique anti-étrangers./CB
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12.000 selon des autorités, 50.000 selon les organisateurs, plusieurs milliers de manifestants ont tenu à clamer dans les rues de Paris leur ras le bol de la politique du gouvernement français envers les étrangers. La Ligue française des droits de l'homme, les organisations antiracistes, les syndicats de travailleurs et les partis de gauche ont pris part à ces manifestations.

“Non aux dérives xénophobes et sécuritaires de l’État”!

Les associations de Marocains n’étaient pas en reste avec la présence de l’ATMF, la plus importante association de Marocains résidents en France. Pour son président, Ali El Baz, “nous manifestions pour marquer notre opposition générale à la politique du gouvernement. L’ATMF, qui défilait sous une bannière commune avec l’Union juive française pour la paix, a notamment signé un appel conjoint avec les associations de Tunisiens, Marocains et Turcs vivant en France pour dire “non aux dérives xénophobes et sécuritaires de l’État qui stigmatisent les étrangers et les Français d’origine étrangère.”

Il ne fait pas de doute que l’opposition à la politique sécuritaire du gouvernement était la principale motivation des manifestants. Pour Rachida, 29 ans, née de France de parents marocains et possédant la double nationalité:

“Les propos de Nicolas Sarkozy, menaçant les Français d’origine étrangère de se voir retirer le passeport français en cas de condamnation, ont été la goutte qui a fait déborder le vase. Jamais je n’aurais manifesté avant. Mais là, trop c’est trop ! Je suis à la fois Marocaine et Française, on ne peut pas m’enlever une des deux nationalités.”

Dans le cortège, d’autres manifestants exprimaient leur sentiment d’exaspération à l’image de Moktar, Franco-Marocain de 36 ans, pour qui Nicolas Sarkozy est le responsable de la dégradation de l’image des étrangers en France. “En nous menaçant de nous déchoir de la nationalité française, on fait de nous des citoyens de deuxième catégorie, qu’on peut punir différemment des autres Français. Et dont on pourrait se débarrasser facilement en les renvoyant dans le pays de leurs parents. Dans mon cas, je n’ai jamais vécu au Maroc. Mon pays c’est d’abord la France!”

Climat dégradé

D’une façon plus générale, cette manifestation s’inscrit dans un climat extrêmement dégradé pour le gouvernement français. La stigmatisation des Français d’origine étrangère était montée d’un cran avec le discours en juillet du président Nicolas Sarkozy proposant de retirer la nationalité française aux binationaux en cas de délits graves, cherchant de cette façon à séduire l’électorat d’extrême droite.

Au mois d’août, ce sont les Roms de nationalité roumaine qui ont fait les frais de la politique anti-étrangers: plus de 1.000 d’entre eux ont été renvoyés dans leur pays par avion alors même que la Roumanie est membre de l’Union européenne et que les Roumains bénéficient de la liberté de circulation dans l’UE.

Autre souci pour le gouvernement français: l’affaire Bettencourt dans laquelle le ministre du travail Woerth est impliqué, alors même que celui-ci doit présenter la semaine prochaine une délicate réforme du système de retraite. Les syndicats ont lancé un appel à la grève mardi 7 septembre et demandent à présent, au même titre que l’opposition, la démission du ministre. Nicolas Sarkozy a renouvelé de son côté son soutien à son ministre. Jusqu’à quand ?

En France et ailleurs

Samedi 4 septembre, des milliers de personnes ont également manifesté devant les ambassades de France de plusieurs pays européens pour protester contre les mesures d'expulsion des Roms de France et contre les nouvelles mesures de sécurité adoptées par le gouvernement français.
Signalons la prise de position de Tahar Ben Jelloun dans les colonnes du quotidien Le Monde. L’écrivain affirme que la déchéance de la nationalité française “n'est pas admissible dans une démocratie, un État de droit comme la France qui reste malgré tout le pays des droits de l'homme. (…) Monsieur Le Président, effacez, je vous prie, de votre discours les idées malheureuses qu'un parti d'extrême droite diffuse dans le but de fermer ce pays sur lui-même, de l'isoler et de trahir ses valeurs fondamentales.”

Cyril Bonnel, correspondant à Paris

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