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Reprise des pourparlers directs entre Palestiniens et Israéliens
Un processus mort-né ?

C'est aujourd'hui que reprennent à Washington les pourparlers directs entre Palestiniens et Israéliens. Cette rencontre, obtenue au prix d'une lourde pression sur Abbas de la part des acteurs internationaux, Etats-Unis en tête, et sans condition préalable pour les Israéliens, renforce le sentiment que ces derniers, forts de leur statut de protégé, ne vont rien céder. Une fois de plus.

La colonie israélienne de Har Homa, en Cisjordanie. /DR
La colonie israélienne de Har Homa, en Cisjordanie. /DR
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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le président palestinien Mahmoud Abbas reprennent leurs discussions directes de paix aujourd'hui à Washington. Gelées depuis vingt mois, ces discussions initiées sous l'égide du Quartet des médiateurs internationaux pour le Proche-Orient - Etats-Unis, Union européenne, Russie et ONU -, qui juge qu'un règlement définitif peut être scellé en un an, auront lieu en présence des présidents américain Barack Obama, égyptien Hosni Moubarak, et du roi Abdallah de Jordanie.

L'espoir est-il permis cette fois? La reprise du dialogue direct aboutira-t-elle à un résultat?

Le scepticisme domine

Le sentiment de plus en plus partagé est que ces énièmes pourparlers n'aboutiront à aucune amélioration de la situation des Palestiniens. Pour la majorité d'entre eux, ce dialogue qui met face à face un président Abbas, dont la légitimité est rongée par un mandat expiré depuis plusieurs mois, et un Premier ministre Netanyahou, à la tête du gouvernement de droite le plus extrémiste d’Israël, constituent une erreur qui va une fois de plus faire reculer la cause palestinienne et les chances d'une paix réelle.

“Nous avons vu la pièce tant de fois, sous différentes formes, parfois avec des visages différents, mais c'est toujours la même. On connaît la fin.”

S. Houlileh, directeur général de Palestine développement et investissement (Padico), cité par Reuters.

Car si ces pourpalers prétendent venir à bout des points les plus épineux du conflit comme les frontières du futur État palestinien, le fait qu'ils soient entamés sans les garanties préalables exigées par les palestiniens - le sort des colonies juives de Cisjordanie et le statut de Jérusalem -, les voue à un échec annoncé.

En effet, Mahmoud Abbas qui avait posé comme condition sine qua non à une reprise du dialogue direct la fin des constructions dans les colonies se présente aujourd'hui les mains vides à ces négociations.

D'autant plus que Netanyahou n'a pas hésité, à la veille de ces discussions, à évoquer des conditions de règlement inadmissibles dans le camp palestinien telles que:

• la reconnaissance d'un caractère juif de l’Etat d’Israël

• ne plus faire référence aux frontières d’avant 1967

• admettre que Jérusalem est la capitale indivisible de cet Etat juif

• le futur Etat Palestinien doit être démilitarisé...

L'occupation encore et toujours

Dans les faits, Israël qui a officiellement refusé de mettre fin à l’occupation, se prépare déjà à la levée le 26 septembre prochain, à la fin du moratoire décidé il y a dix mois sur la construction de nouvelles colonies: la radio militaire israélienne a d'ores et déjà indiqué lundi dernier que “plusieurs milliers” de logements ayant obtenu toutes les autorisations légales nécessaires pourraient commencer à être construits dès... le 27 septembre dans 57 colonies.

Même si de son côté, elle a averti que la non-reconduction de ce moratoire entraînerait la fin des pourparlers, l'Autorité palestinienne sous intense pression américaine a cependant accepté d'entamer ce dialogue direct sans garanties préalables. Mahmoud Abbas a en effet échoué à obtenir un ordre du jour clair et l'arrêt des activités de colonisation.

Ainsi Israël paraît donc détenir toutes les cartes pour dicter ce qu’il veut, tandis que les constructions de colonies continuent à grand pas. Pour preuve, et en plein moratoire, les constructions dans les colonies comme Har Gilo ou Har Homa n'ont connu aucun répit.

Dans ce contexte de puissance et d'impunité d'Israël qui n'a jamais honoré ses précédents engagements de paix, et de criante faiblesse des Palestiniens, comment donc seront abordées les questions cruciales comme le statut de Jérusalem (annexée illégalement par Israël, selon le droit international), ou celui des réfugiés palestiniens?

Pas d'accord sans entente interpalestinienne

Déjà en butte à de virulentes attaques dans l’opinion palestinienne pour avoir accepté la reprise des pourparlers directs, Mahmoud Abbas n’est pas considéré comme qualifié aux yeux de ses nombreux détracteurs - Hamas en tête -, pour obtenir d’Israël un accord de paix équitable.

Le dirigeant en exil du Hamas, Khaled Mechaal, a ainsi averti que les pourparlers entre Israël et l’Autorité palestinienne seraient un “coup fatal” porté à la cause palestinienne, exhortant les dirigeants égyptien et jordanien à les boycotter.

“Si les négociations aboutissent, c’est qu’elles auront réussi selon les normes israéliennes et qu’elles auront liquidé la cause palestinienne (...).  Ils vont dessiner les frontières comme ils le voudront et ils vont confisquer notre souveraineté.”

Khaled Mechaal dans un discours mardi dernier à Damas.

Il a demandé au Fatah de Abbas de se joindre au Hamas en adoptant une stratégie unifiée, qui selon lui ne consisterait pas à abandonner l’option diplomatique, mais se concentrerait sur l’option “de la résistance et de l’inaliénabilité des droits palestiniens”.

Et comment en effet imaginer le moindre changement dans le blocage actuel tant que la bande de Gaza est sous le contrôle d'un Hamas avec lequel il n'existe aucun dialogue constructif, ni côté palestinien et encore moins avec les Israéliens?

Comment interpréter l'attaque contre des colons juifs 48 heures avant le début du dialogue à Washington, revendiquée par les brigades El Qassam, la branche armée du Hamas comme une réponse de l'OLP de reprendre les négociations directes?... Depuis Washington, le président Mahmoud Abbas a condamné l'attaque, estimant qu'elle visait à “perturber le processus politique” des négociations directes.

Que veut Obama ?

Le président américain Obama a tout fait pour ramener ce jeudi Palestiniens et Israéliens à la table des négociations. Là où tous ses prédécesseurs ont échoué depuis soixante ans à régler ce conflit, il s'est engagé, à deux mois d'élections à mi-mandat au Congrès qui s'annoncent délicates pour les Démocrates, dans la promesse d'un règlement dans les douze mois.

“Obama adresse un message clair: il est disposé à mettre son capital politique sur la table. Reste à savoir si les autres parties prenantes sont prêtes à risquer quoi que ce soit.”

Stephen Cohen, président de l'Institut pour la paix et le développement au Proche-Orient.

Or, l'enjeu en lui-même majeur de ces négociations, va au-delà des frontières du Proche-Orient et pourrait avoir des répercussions positives ou négatives sur la politique d'isolement de l'Iran conçue par Washington, ainsi que sur les relations des Etats-Unis avec le monde musulman.

Pourtant malgré les risques, les incertitudes et le scepticisme ambiant, personne n'est prêt à déclarer mort-vivant ce processus de Washington, misant sur la présence en première ligne du président américain pour lui donner un élan salvateur.

Le test du 26 septembre

Mais dès le 26 septembre, ces négociations vont subir un test crucial. À cette date d'expiration du moratoire de dix mois sur les constructions de colonies juives en Cisjordanie, voté en novembre par le gouvernement de Netanyahou, et selon toute vraisemblance, Israël ne prolongera pas cette disposition.

Les négociateurs palestiniens ont prévenu qu'ils mettraient alors un terme aux pourparlers directs.

Répression suite à l'attaque contre les colons juifs

Plus de 300 membres du Hamas ont été arrêtés dans la nuit de mardi à mercredi lors d'un raid mené par les forces de sécurité palestiniennes, ont annoncé des responsables du Hamas en Cisjordanie. Ces arrestations surviennent au lendemain de la fusillade au cours de laquelle quatre Israéliens ont été tués, et dont la branche armée du Hamas a revendiqué la responsabilité. Un parlementaire du Hamas a affirmé que ces arrestations avaient un caractère politique, accusant le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas d'essayer de plaire aux Israéliens.

W.M.

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