L'administration Obama, ultime secours d'Israël

C'est aujourd'hui incontestable: dix-huit mois d'Obama ont réussi à mettre définitivement à terre l'autorité palestinienne, et à confirmer la droite israélienne dans son sentiment que Washington serait toujours derrière elle. En Israël, les extrémistes israéliens ne se sont jamais sentis aussi forts. Analyse de notre partenaire Mediapart.

Le couple Netanyahou-Obama est attendu à l'échéance le 26 septembre du moratoire sur la colonisation israélienne en Cisjordanie. /DR
Le couple Netanyahou-Obama est attendu à l'échéance le 26 septembre du moratoire sur la colonisation israélienne en Cisjordanie. /DR

Alors que l'intransigeance diplomatique du gouvernement israélien fait regretter aux chroniqueurs de Haaretz (quotidien israélien de gauche, ndlr), le “bon temps” des premiers ministres de Shamir et Begin, qui, eux, “agissaient avec un minimum de rationalité”, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a reçu une nouvelle fois, à sa demande, le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, mardi 6 juillet.

Cette rencontre était censée sceller la “réconciliation” des deux hommes après la “brouille” du printemps, préalable indispensable au retour à la table des négociations des Israéliens et de Palestiniens, selon les analystes.

Mais il y a ce que l'on écrit, ce qui se murmure dans les chancelleries, et puis il y a les faits. Au-delà des discours du Caire et des bouderies, quand au printemps 2010, Obama quittait précipitamment Nétanyahou pour aller dîner en famille, Israël et son premier ministre ont toujours pu compter sur le soutien du président américain et de son administration.

L'autorité palestinienne mise à terre

C'est à l'hiver 2008-2009, lorsque Barack Obama refuse de condamner Israël pour son attaque contre la population de Gaza, qui fera au final plus de 1.400 morts, dont au moins 700 civils palestiniens.

C'est aujourd'hui incontestable: dix-huit mois d'Obama ont réussi à mettre définitivement à terre l'autorité palestinienne, et à confirmer la droite israélienne dans son sentiment que Washington serait toujours derrière elle.

En Israël, les extrémistes israéliens ne se sont jamais sentis aussi forts.

C'est aussi, quelques mois plus tard, lorsque Washington exerce une pression très forte sur le très faible président palestinien, Mahmoud Abbas, pour que celui-ci demande lui-même le report de l'examen à l'ONU du rapport Goldstone, qui détaille les crimes de guerre d'Israël et du Hamas pendant l'offensive de Gaza. Une humiliation suprême qui discréditera définitivement le président palestinien.

C'est encore la célèbre sortie d'Hillary Clinton quand, à la fin octobre 2009, la secrétaire d'Etat américaine se rend à Abou Dhabi (Emirats arabes unis) puis à Jérusalem, auprès de Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, puis de Benjamin Nétanyahou, premier ministre d'Israël. Là, malgré le refus des Israéliens de geler les constructions en Cisjordanie, comme le demandaient les Etats-Unis, la secrétaire d'Etat crée la surprise en qualifiant les efforts d'Israël de “sans précédent”, en dépit du refus d'Israël de geler la colonisation, condition préalable à une reprise des négociations pour les Palestiniens, soutenus en ce sens par Washington avant le voyage d'Hillary Clinton. Un discours sans précédent, qui battait en brèche la doctrine en vigueur depuis James Baker et George Bush père, qui avaient inauguré à la fin des années 1980 le concept de gel des colonies.

C'est enfin à l'ONU, lorsque début juin 2010, l'administration américaine pèse de tout son poids pour éviter une résolution du conseil de sécurité qui condamnerait Israël et imposerait la mise en place d'une commission d'enquête internationale sur le raid meurtrier de l'armée israélienne contre la flottille de Free Gaza. Pour plaire à son allié israélien, l'administration Obama faisait obstacle à une justice que les familles des victimes du raid étaient en droit d'attendre.

C'est aujourd'hui incontestable: dix-huit mois d'Obama ont réussi à mettre définitivement à terre l'autorité palestinienne, et à confirmer la droite israélienne dans son sentiment que Washington serait toujours derrière elle. En Israël, les extrémistes israéliens ne se sont jamais sentis aussi forts.

Le contribuable américain finance l'expansion des colonies

Sale temps, décidément, pour une administration américaine qui cherche désormais à se montrer discrète sur le dossier: ce mardi 6 juillet,  le New York Times affirme avoir identifié “au moins 40 groupes américains qui ont collecté plus de 200 millions de dollars de dons déductibles des impôts pour les implantations juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est au cours de la dernière décennie”. Une partie de la presse internationale et Mediapart ont déjà raconté comment le lobby pro-israélien a contraint Obama à remiser au placard ses velléités de changement.

... Mais ici c'est le contribuable américain qui prend part malgré lui au financement de l'expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie. “L'argent est principalement destiné à des écoles, des synagogues, des centres de loisirs et ainsi de suite, des dépenses légitimes en vertu du code fiscal”, écrit le New York Times. “Mais il a aussi financé des fournitures plus douteuses d'un point de vue légal: des logements ainsi que des chiens de garde, des gilets pare-balles, des viseurs pour fusils et des véhicules destinés à assurer la sécurité d'avant-postes dans les régions occupées.”

Fin du gel de la colonisation le 26 septembre

Quel que soit l'agenda du président américain, le soutien d'Obama arrive toujours dans les mêmes circonstances, quand acculé par la communauté internationale, Israël a besoin d'un bol d'air diplomatique pour éviter d'infléchir sa politique.

Cette fois-ci, le signal de Washington vient à point nommé, au moment où Israël est en train de se découvrir un nouvel adversaire de poids dans la région.

Mardi 6 juillet, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a réitéré auprès d'Israël sa demande d'excuses à la suite de son raid contre un convoi maritime pour Gaza dans lequel neuf Turcs ont été tués le 31 mai. “Israël doit présenter ses excuses et verser des compensations (...). Si ces conditions ne sont pas réunies, la Turquie n'est pas un pays quelconque, elle ne restera pas indifférente”, a affirmé le ministre turc dans un entretien. La veille, Ahmet Davutoglu avait menacé Israël d'une rupture des relations si l'Etat hébreu ne présentait pas ses excuses pour son raid contre la flottille et annoncé qu'Ankara avait fermé son espace aérien aux avions de l'armée de l'air israélienne, après avoir déjà rappelé son ambassadeur.

Pourtant, mercredi 30 juin, le ministre turc des affaires étrangères et le ministre israélien du commerce, Benjamin Ben Eliezer, s'étaient rencontrés à Bruxelles pour “tenter de surmonter la crise bilatérale”, selon la radio militaire israélienne. Une rencontre organisée en cachette, à l'insu du ministre des affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, que cet entretien a rendu fou furieux. Mais rien n'y a fait: lundi 5 juin, Israël a répondu, par un haut responsable du bureau du premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, qu'il “ne présenterait jamais ses excuses” pour le raid. Avigdor Lieberman a de son côté estimé qu'il appartient plutôt à Ankara de présenter des excuses car les passagers turcs du navire arraisonné auraient tenté de “lyncher les soldats israéliens”.

Pour mémoire, ce lundi était aussi le jour où se réunissait pour la première fois la commission d'enquête israélienne chargée de faire la lumière sur le raid meurtrier de la flottille en route pour Gaza. Information d'importance révélée lors du point presse: Israël pourrait étendre le mandat de cette commission en l'autorisant “à citer des témoins à comparaître”. C'est dire toute l'étendue de ses prérogatives actuelles, alors qu'Israël refuse toujours la mise en place d'une commission internationale indépendante.

La seule (maigre) concession d'Israël ces dernières semaines est venue sur la question du blocus de la bande de Gaza qu'il exerce avec l'Egypte depuis 2007 (avant cette date, Israël parlait de “bouclage” des territoires). Pressé de toutes parts, Tel-Aviv a accepté, la semaine passée, d'alléger les restrictions concernant l'entrée des produits (plus de 4.000 selon les décomptes) destinés aux Palestiniens, pour permettre notamment la reconstruction sous l'égide de l'ONU de bâtiments détruits... par Israël lors de l'offensive de l'hiver 2008/2009.

Une liste de produits réduite ce lundi à... 3.000, selon le général israélien Eitan Dangot, éliminant ceux qui “pourraient êtres utilisés par le Hamas pour fabriquer des armes”.

Prochaine échéance pour la diplomatie israélienne: la fin du gel des constructions israéliennes en Cisjordanie le 26 septembre. La construction d'au moins 2.500 logements israéliens est déjà programmée dans les territoires palestiniens.

Quelle sera la réaction de l'administration américaine? Que peut-on attendre du couple Nétanyahou-Obama? La réponse est dans la question.

Rencontre Obama/Netanyahou du 6 juillet: tout va bien

La rencontre le 6 juillet à Washington entre le président américain et le Premier ministre israélien a été qualifiée de “succès” par ce dernier. Les médias israéliens ont souligné que les deux hommes ont “éludé” la question de la prolongation du moratoire sur la construction dans les colonies israéliennes de Cisjordanie. Mieux, Obama a même paru appuyer la demande de Netanyahou d'un passage des actuelles négociations indirectes israélo-palestiniennes à des pourparlers directs, minimisant de facto l'importance d'une décision sur le moratoire, et ignorant les exigences palestiniennes.

Pierre Puchot/Mediapart.fr

Dernière mise à jour : 07.07.2010 à 10:08

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