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Italie: le président du Parlement Gianfranco Fini défie son ex-allié Berlusconi
Gianfranco Fini a lancé vendredi un défi à son ex-allié Silvio Berlusconi, en refusant de démissionner de la présidence de la Chambre des députés et en se posant en véritable défenseur de la "légalité" et du "sens de l'Etat" en Italie.
Dans une brève déclaration à la presse, M. Fini a annoncé que ses troupes au Parlement "n'hésiteraient pas à s'opposer à des choix de l'exécutif injustes ou contraires à l'intérêt général".
Mais, a-t-il dit, elles "soutiendront" le gouvernement lorsqu'il présentera des mesures conformes au programme défini par le Peuple de la Liberté (PDL), le grand parti de droite qu'il a fondé en mars 2009 avec M. Berlusconi.
Le président de la Chambre a laissé planer le suspense sur le nombre de parlementaires prêts à démissionner du PDL pour former un groupe autonome susceptible de priver le gouvernement Berlusconi de la majorité absolue.
Jeudi soir, après des mois de tensions croissantes entre les deux alliés, M. Berlusconi avait pressé M. Fini de quitter la présidence de l'Assemblée, jugeant ses positions "incompatibles" avec celles de son parti.
"J'ai été de fait expulsé du parti que j'ai contribué à fonder", a affirmé M. Fini.
"Evidemment, je ne donnerai pas ma démission car chacun sait que le président doit garantir le respect de la Constitution et la conduite impartiale de l'activité de la Chambre et non seulement celle de la majorité qui l'a élu", a-t-il déclaré.
"Soutenir le contraire démontre une logique d'entreprise, comme (le ferait) un PDG, ce qui n'a rien à voir avec nos institutions", a-t-il poursuivi.
Remerciant les électeurs qui l'ont invité à "poursuivre dans la défense des valeurs intangibles, amour de la patrie, cohésion nationale, justice sociale, légalité", M. Fini a martelé: "légalité au sens plein du terme, c'est-à-dire lutte contre la criminalité comme le fait avec mérite le gouvernement mais aussi légalité comprise comme éthique publique, sens de l'Etat, respect des règles".
M. Berlusconi, impliqué dans plusieurs affaires de corruption ou de conflit d'intérêt, est régulièrement accusé par ses détracteurs de chercher à échapper à la justice en proposant des textes "pro-domo".
Récemment, se plaçant sur le terrain de "la moralité et la légalité", M. Fini avait appelé à ce que tous les hommes politiques sous enquête se démettent de leurs fonctions, alors que trois ministres poursuivis pour corruption ou trafic d'influence ont dû démissionner ces dernières semaines.
"Les honnêtes électeurs du PDL (...) ne comprennent pas pourquoi dans notre parti la protection des libertés civiles, un principe sacro-saint, est trop souvent un prétexte pour l'impunité", a-t-il martelé.
Aujourd'hui, le gouvernement Berlusconi dispose d'une majorité confortable au Parlement avec 271 députés PDL, 59 de la Ligue du Nord --le parti populiste et anti-immigrés d'Umberto Bossi, deuxième grand allié du Cavaliere--, auxquels s'ajoutent 12 autres élus de centre droit, soit 342 au total. La Chambre compte 630 députés et la majorité absolue est de 316 élus.
Le nombre de parlementaires qui décideront effectivement de quitter le groupe du PDL à l'Assemblée est "un point crucial", explique l'éditorialiste du quotidien économique Sole 24 ore, Stefano Folli.
"S'ils sont une quinzaine, ils ne constitueront guère plus qu'une épine dans le pied de la coalition réduite à l'axe Berlusconi-Bossi. S'ils sont une trentaine, ils seront en mesure de retirer au gouvernement la majorité absolue à la Chambre", analyse-t-il.
M. Berlusconi pourrait alors rencontrer des difficultés à faire passer des textes cruciaux, comme ses réformes de la justice, et être contraint de nouer à chaque fois des alliances avec quelques députés centristes indécis.
Jeudi soir, M. Berlusconi a écarté l'éventualité d'une chute de son gouvernement. "Il n'y a aucun risque. Nous disposons d'une majorité", a assuré le Cavaliere, balayant l'éventualité d'élections anticipées, avant l'échéance de 2013.



