Dernière mise à jour :
Afghanistan: Karzaï accuse les forces internationales d'avoir tué 52 civils
Le président afghan Hamid Karzaï s'exprime lors d'une conférence de presse le 20 juillet 2010 à Kaboul, après la conférence internationale sur l'Afghanistan
Le président afghan Hamid Karzaï a accusé lundi les forces internationales d'avoir attaqué un village à la roquette et tué 52 "civils innocents" dans la province du Helmand, bastion des talibans dans le sud de l'Afghanistan.
Le chef de l'Etat afghan a condamné "dans les termes les plus fermes l'attaque à la roquette sur un village de la province du Helmand qui a tué 52 civils innocents".
Cette bavure - si elle est confirmée par le commandement de l'Otan - est la plus meurtrière depuis septembre 2009 quand plus de 100 personnes, dont des civils, avaient été tués dans un raid aérien de l'Otan à Kunduz, dans le nord du pays.
Selon une enquête des services secrets afghans (NDS), une maison dans le district de Sangin, dans la province du Helmand, a été touchée vendredi "par une roquette, tirée par les troupes de l'Otan".
"Le président a transmis par téléphone ses condoléances aux familles des victimes et appelé les troupes de l'Otan à mettre en pratique toutes les mesures possibles pour éviter de toucher des civils lors d'opérations militaires", selon le communiqué.
M. Karzaï avait diligenté une enquête pour déterminer qui des rebelles et des forces de l'Otan étaient à l'origine des tirs.
Samedi, deux habitants interrogés par un journaliste de l'AFP à l'hôpital de Kandahar, dans la province voisine, avaient affirmé qu'une quarantaine de civils pourraient avoir été tués et blessés la veille et que les roquettes avaient été tirées par des hélicoptères des forces internationales.
Selon les deux Afghans, un groupe d'habitants avait quitté son village sous la pression de talibans assurant qu'une attaque de l'Otan était imminente. Les habitants avaient alors trouvé refuge dans un village voisin, qui a été bombardé par l'Otan, selon eux.
Ces témoignages n'avaient pu être confirmés ni par l'Otan ni par les autorités locales, interrogés par l'AFP.
Dans un communiqué diffusé dimanche, la Force internationale de l'Otan en Afghanistan (Isaf) avait indiqué n'avoir "aucun rapport d'opérations pouvant confirmer cet incident présumé".
Un porte-parole de l'Isaf, le colonel Wayne Shanks, a indiqué lundi à l'AFP que le lieu présumé de la mort des civils, un village appelé Regey, se trouvait "à plusieurs kilomètres de l'endroit où nous (les troupes de l'Otan) avons combattu des ennemis". Les troupes déployées sur place ont "compté chacune des munitions tirées sur l'ennemi", a-t-il affirmé.
Les civils sont les premières victimes du conflit en Afghanistan, frappés le plus souvent par des attaques suicide ou des bombes artisanales rebelles, selon l'ONU, mais également parfois par des bombardements ou opérations au sol des quelque 150.000 forces internationales déployées dans le pays.
Les forces de l'Otan ont réussi ces derniers mois à réduire le nombre de pertes civiles en limitant les frappes aériennes.
Le 8 juillet, six civils avaient toutefois été tués accidentellement par des "tirs d'artillerie" de soldats de l'Otan dans la province instable de Paktia (sud-est), avait reconnu l'Alliance atlantique, qui avait déjà confirmé la veille sa responsabilité dans la mort de six militaires afghans.
Cette attaque controversée intervient alors que la publication par un site internet spécialisé dans le renseignement, Wikileaks, de dizaines de milliers d'archives secrètes du Pentagone sur l'Afghanistan de 2004 à décembre 2009 met en lumière des bavures des troupes internationales.
Selon le Guardian, l'un des trois médias qui a pu consulter ces archives, au moins 195 morts civils y sont recensés, un chiffre "probablement sous-estimé car de nombreux événements controversés sont omis dans les rapports quotidiens des troupes sur le terrain".


