Otages libérés: une communication erratique qui a pu gêner les négociateurs

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Durant la captivité en Afghanistan de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, libérés mercredi après 18 mois de détention, le gouvernement a alterné discrétion et propos publics intempestifs qui ont pu compliquer les tractations, selon des sources proches des négociations.

Quand les deux journalistes de France 3 sont enlevés le 30 décembre 2009, avec leurs trois accompagnateurs afghans, au nord-est de Kaboul, la chaîne de télévision publique, à la demande des autorités françaises, demande silence aux médias à Paris pour éviter une surenchère de la part des ravisseurs.

Mais à Kaboul, l'ambassade de France tarde à communiquer cette requête à tous les médias étrangers, et certains finissent par annoncer l'enlèvement.

Au cours des semaines suivantes, la direction de France 3 demande aux correspondants des médias français à Kaboul de ne pas trop parler des otages, une ligne de conduite bien moins observée par le gouvernement et l'Elysée.

"Les médias ont respecté la consigne, mais pas ceux qui l'ont donnée. C'est incohérent et cela met en danger les otages", estime alors le journaliste Georges Malbrunot, ancien otage en Irak.

Le 5 janvier 2010, le ministre de la Défense Hervé Morin déclare avoir une "idée probable du lieu où ils se trouvent". Immédiatement, les ravisseurs déplacent leurs otages, selon plusieurs sources proches des négociations à Paris.

Douze jours plus tard, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, dénonce l'"imprudence vraiment coupable" dont auraient fait preuve les deux reporters et "le scoop (...) recherché à tout prix".

"Il sera temps, une fois qu'on les aura fait revenir dans leurs familles, de voir ce qui s'est passé, et pourquoi ils se sont conduits comme cela", renchérit quelques jours plus tard le président Nicolas Sarkozy.

Ces déclarations suscitent l'indignation des confrères, amis et soutiens des otages, qui appellent les responsables politiques à respecter la consigne de "retenue".

Mais, le 21 février, le général Jean-Louis Georgelin, chef d'état-major des armées, déclare sur une radio que le gouvernement a "déjà dépensé plus de dix millions d'euros pour cette affaire".

Ces propos soulèvent de nouvelles réactions indignées. Mais, surtout, compliquent les choses sur le terrain, où les ravisseurs interprètent ce chiffre comme le montant d'une "rançon" dont ils s'étonnent de pas avoir vu la couleur, selon des sources proches des négociations.

Les autorités françaises se font ensuite plus discrètes. Jusqu'en mai, où le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner affirme savoir que les otages sont déplacés "la nuit, de maison en maison", prenant le risque de réactions incontrôlées des ravisseurs, selon des hauts fonctionnaires impliqués dans les négociations.

En septembre, alors qu'à Kaboul tous les acteurs proches du dossier estiment imprudents d'envisager la moindre échéance, le successeur du général Georgelin, l'amiral Edouard Guillaud, dit publiquement espérer une "libération avant Noël". Quelques heures plus tard, Nicolas Sarkozy se refuse, lui, à avancer une date.

Pourtant, plusieurs ministres continuent dans les médias à parler de "brefs délais" ou de "processus en cours".

Cette succession d'espoirs met à rude épreuve les familles qui sortent à leur tour de leur réserve. Quant au comité de soutien, il met en doute publiquement la réalité des tractations, au risque de faire le jeu des ravisseurs, regrettent des sources proches du dossier.

"Il ne faut pas oublier que ce n'est pas la France qui retient les otages, mais les talibans", rappelait l'une d'elles début janvier.

Le 2 mai, le ministre de la Défense Gérard Longuet estime que la mort d'Oussama ben Laden peut jouer "positivement" sur le sort des deux journalistes. Il est taclé quelques heures plus tard par son Premier ministre François Fillon: "Il faut se garder de faire aujourd'hui des analyses à chaud sur des conséquences que personne n'est en mesure d'imaginer".

AFP

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