Dernière mise à jour :
“Un plan Marshall en gestation”
La Très Petite Entreprise monte au créneau
Imaginez que votre épicier du coin soit un jour coté à la Bourse de Casablanca. C’est l’image caricaturale que dessine Moncef Kettani, président de l’Union Générale des Entreprises et des Professions (UGEP) lors d’une rencontre avec la presse mercredi dernier à Casablanca. Longtemps ignorée par les autorités, la Très Petite Entreprise monte aujourd’hui au créneau du débat politique.
Qu'ils soient cordonnier, plombier, boucher ou encore petit entrepreneur immobilier (samsar), tous travaillent dans des conditions très lamentables, dans une insécurité aussi bien physique que morale. Ils n’ont accès ni à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, ni aux soins médicaux, ni même à des garanties leur permettant des prêts de financement.
“Pendant 50 ans, les pouvoirs publics ont toujours évité le débat”, affirme Moncef Ketanni, Président de l’Union Générale des Entreprises et Professions (UGEP), qui organisait mercredi dernier une rencontre avec la presse à Casablanca.
Pourtant cette population est bien active, “il ne s’agit pas de chômeurs qui demandent un emploi à l’Etat, ils créent de la richesse. Mais malheureusement ils sont abandonnés à leur sort!” ajoute ce membre du Parti de l'Istiqlal.
Certains programmes, comme Rawaj, Moukawalati ou encore le plan d’accompagnement des artisans ont pourtant été lancés. Mais “ils restent dispersés, incohérents et les nombreuses lacunes rencontrées démontrent de leur inadaptation aux réalités des TPE” ajoute t-il. À titre d’exemple, dans le seul guichet Moukawalati ouvert au sein de l’UGEP de Casablanca, sur 2.000 candidats inscrits en un an, seulement 170 ont été présélectionnés, et à ce jour, aucun n’a encore reçu d’aide de financement.
“On constate avec désolation que les programmes sont éparpillés. Les artisans, petits commerçants et autres petit entrepreneurs attendent encore à ce jour de voir un plan qui leur corresponde.”
Moncef Kettani, président de l’Union Général des Entreprises et des Professions (UGEP).
Un plan d'urgence en gestation
“Il faut un plan d’urgence, un vrai plan Marshall”, indique Moncef Kettani. Face à la concurrence internationale, à l'assaut des produits chinois, à la concurrence déloyale qui se consolide avec l’ouverture des frontières, il estime important d’affiner les actions politiques, et de donner “des outils d’accompagnements techniques, humains et financiers”.
Il préconise par ailleurs la création d’un Ministère spécifique à la Très Petite Entreprise.
“On crée bien un ministère de l'Industrie, il y a combien d'industriels au Maroc? Est-ce que le commerce va avec l'industrie? Est ce que l'épicier du coin est concerné?”
Moncef Kettani
20%
Si plus de 70.000 PME constituent 80% du tissu économique national, plus d’1.5M de TPE occupent le reste. La part des grandes industries restant relativement faible. (Chiffres du HCP)
Pour l’instant, une étude élaborée par le Ministère des Affaires Economiques et Générales en coopération technique avec l'Allemagne (dont la copie nous a été confiée en exclusivité), fait l’objet d’un véritable plan d’urgence: “L’UGEP propose à cet égard 5 doléances dans le cadre du projet de Loi de Finances 2011”. Le principe de l’association étant que des outils spécifiques à la TPE soient mis en place, de manière indépendante, sans être affiliée à l’Agence pour la promotion de la PME (ANPME), ou autres départements.
“Il faut qu'on montre qu'on est prêt à prendre le taureau par les cornes. Ce sont des centaines de milliers de TPE non agricoles qui sont concernées, si on rajoute la branche agricole, on dépasse les 2,5M d'unités productives.”
Moncef Kettani
Élargissement de l’assiette fiscale
Selon l’étude du ministère des Affaires Economiques et Générales, le programme prioritaire à mettre en place est un ensemble d'actions de soutien pour accompagner les TPE dans leurs démarches administratives.
Les propositions prévoient par ailleurs des dispositions d’incitations fiscales: exonération de la patente pendant 5 années; exonération de l’Impôt sur le Revenu pendant 24 mois et 12 mois sont rajoutés en cas de recrutement, ou le paiement de l’impôt mensualisé.
L’étude prévoit enfin des mesures de charges sociales et des facilités pour l’accès au financement. Une TPE disposant d’un local et surtout de l’expérience professionnelle de son gestionnaire, pourrait bénéficier d’une garantie de crédit par l’Etat à hauteur de 85%.
L’étude indique qu’il est donc inutile de prévoir “l’avance” (le prêt équivalent à 10% de l’investissement, plafonné à 15.000 Dh). La garantie suppose la mise en place d’un fonds spécifique “pour l’incitation à la formalisation des TPE”.
“Au niveau de l'UGEP, on estime que le plan d'urgence qui concerne la partie le financement et la fiscalité s'étalera sur 3 ans, et ensuite l'accompagnement, le renforcement et le développement sur 10 ans.”
Moncef Kettani
La TPE en chiffres
La Très Petite Entreprise représentait 60,1% des actifs en 2000 selon l'étude du Ministère chargé des Affaires économiques et Générale. La structure en 2007 serait comparable, ce qui donnerait près de 931.550 unités pour cette année là: il s'agit par exemple de commerces ambulants, de réparateurs de chaussures ou d'ustensiles de cuisine, de plombiers avec petit matériel travaillant à la tâche, etc.
18,4% des unités formelles ont une patente, 13% ont un Registre de Commerce mais ne sont pas affiliés à la CNSS.
L'étude indique également que 92,7% des TPE emploient moins de 3 personnes. Enfin, selon la dernière enquête de la Direction des Statistiques, le chiffre d'affaire annuel moyen des TPE se situe autour de 180.559 Dh.
La partie informelle échappe au recensement pour la plupart. Les autorités locales connaissent l'existence d'une bonne partie de ce secteur, mais pour des raisons sociales et de sécurité publique, elles préfèrent les laisser œuvrer dans l'ombre.
Soutien à la TPE, le plan du gouvernement
Tel que décliné en mars dernier par le ministre de l'Industrie, du commerce et des nouvelles technologies, le programme de soutien aux TPE comprend deux phases de 3 et de 2 ans. À cet effet, des accords ont été signés entre le département du Commerce et de l’Industrie, l’Agence pour la promotion de la PME (ANPME), les Chambres de commerce et le programme Millennium Challenge.
La phase pilote, jusqu’en septembre 2011, cible 200 entreprises. La seconde phase, qui s’étale de septembre 2011 à septembre 2013, devra accompagner 1.800 entreprises. Elle portera sur l’évaluation des résultats et le suivi selon le cahier des charges de gouvernance du projet.
Le budget de ce programme d’appui à l’entreprise est de plus de 288 millions Dh. La 1ère étape est dotée de 117 millions Dh. Le plan prévoit la prise en charge de la totalité des frais de conseil et d’accompagnement pour une durée de 19 heures/jour. L’appui portera également sur l’animation de forums, et échanges de savoir-faire entre entreprises.



