Artisanat d'El Haouz
Un gisement prometteur en crise

Le Salon annuel de l'artisanat d'El Haouz organise sa 3ème édition (16 juillet-1er août) à Tahanaout sous le signe “l'artisanat, un appui fondamental au développement durable”. L'occasion de constater que ce secteur, qui représente un important gisement économique fait face à un certain nombre de défis à relever.

De nombreux projets de restructuration, de mise à niveau et de promotion à l'export des produits artisanaux sont en cours./DR
De nombreux projets de restructuration, de mise à niveau et de promotion à l'export des produits artisanaux sont en cours./DR

“L'artisanat, un appui fondamental au développement durable”, c'est sous ce thème que le Salon de l'artisanat d'El Haouz organise sa 3ème édition depuis le 16 juillet jusqu'au 1er août prochain à Tahanaout. L'occasion est d'établir le bilan d'un secteur regorgeant de potentialités, mais qui face à de multiples défis de restructuration.

Des atouts considérables à l'actif de l'artisanat local

Le secteur de l'artisanat à El Haouz bénéficie d'une abondance de ressources naturelles et d'importantes dotations en capital immatériel, lesquelles offrent de réelles potentialités pour le développement de cette activité. Ce secteur peut aussi bénéficier de synergies positives liées aux activités touristiques et agricoles.

Parmi les points forts de l'artisanat local, figure aussi la diversité des filières qu'il touche, allant de la poterie, au textile, le tissage et habillement, en passant par la sculpture, la taille de la pierre, pour s'étendre également au fer forgé, les articles en bois, les bijoux et les différents articles de décoration.

Partant de l'observation de la réalité du secteur, le nombre d'artisans au niveau de cette province pourrait s'élever à 40.000, ce qui signifie la disponibilité d'une main d'œuvre motivée, notamment féminine. Celle-ci demeure détentrice d'un savoir-faire très valorisant.

Un autre atout considérable réside dans l'importance des opportunités de commercialisation des produits de l'artisanat local du fait d'une part, de la proximité d'El Haouz de la ville de Marrakech (première destination du tourisme à l'échelle nationale) et d'autre part, des flux importants de touristes vers cette partie du territoire.

Un gisement économique en crise

En dépit de ces atouts, le secteur de l'artisanat se trouve appelé à faire face à nombre de contraintes qui lestent son développement. Ces difficultés se résument en trois axes majeurs: le faible niveau de qualification des artisans, la fragilité de l'organisation du secteur, et le dysfonctionnement du marché des produits artisanaux.

Même si des coopératives ayant pour vocation de perpétuer les traditions en assurant une formation des artisans se sont développées, ce secteur possède un système de formation et de promotion qui reste limité. Par manque d'information, les artisans sous-estiment l'impact qu'ils ont sur les ressources naturelles en faisant une mauvaise exploitation des matières premières.

Il y a aussi une absence de zones d'activité réservées à l'artisanat, sans oublier l'inefficience et le déficit en structures d'encadrement.

608

Selon les données de la direction régionale de l'artisanat, une dizaine de coopératives et d'associations professionnelles regroupent seulement 608 adhérents.

Quant au dysfonctionnement du marché, il se traduit par le rôle dominant des intermédiaires qui s'accaparent la grande partie de la valeur ajoutée et ce, au détriment des producteurs de base.

Un autre problème réside dans la pollution causée par les rejets induits par la production de la poterie.

Enfin, confronté à un désintéressement quasi-total du système bancaire, ce secteur souffre également de la concurrence. De nombreux arrivants de secteurs en crise comme celui de la pêche, tentent sans aucune qualification, de gagner leur vie en se rabattant sur les métiers de l'artisanat tels que la poterie ou le travail du bois.

Projets de restructuration

Pour faire face à ces défis, les autorités publiques ont programmé pour les années à venir des projets structurants, dans le but notamment d'inciter les artisans locaux à “persévérer sur la voie de l'innovation et de la créativité” indique M. Bouchaïb El Moutaouakil, gouverneur de la province d'El Haouz et organisateur du salon.

Musée du Haut Atlas Occidental

Le premier projet dédié à ce secteur et qui a été positivement accueilli par les habitants locaux, est la mise en place d'un “Musée du Haut Atlas Occidental”, outre la mise à niveau et l'aménagement d'espaces pour les artisans.

Un plan de développement du secteur de l'artisanat à El Haouz a été élaboré pour un investissement global de 232,3 millions de Dh, selon la direction régionale de l'Artisanat.

Ce programme porte sur la réalisation, entre 2010 et 2014, d'un certain nombre de projets, dont la construction à la commune de l'Ourika d'un espace de commercialisation des produits conçus par les artisans, et la mise en place à la commune de Tamesloht, d'un village des potiers, d'une station pour le traitement de l'argile, et d'une zone d'activités.

Ces projets, initiés par le Secrétariat d'Etat chargé de l'Artisanat avec divers partenaires, portent aussi sur l'extension et le renforcement du complexe de l'artisanat à Tamesloht, la création à Amezmiz d'un village des potiers, d'un village similaire à l'Ourika, d'un espace d'exposition et de commercialisation des produits de l'artisanat à Asni, d'un autre à Aït Ourir, la réfection et la mise à niveau du Centre de formation professionnelle à Ait Faska, et la mise en place à Tahanaoute, d'un espace pour l'artisanat (53 millions Dh) dans le cadre du complexe pluridisciplinaire de promotion socio-culturelle.

À l'échelle nationale, le président de la Fédération des Entreprises d'Artisanats indique qu'un travail important se fait au niveau du gouvernement, notamment pour booster les exportations.

“Nous sommes en train de préparer un certain nombre de road-shows et de salons professionnels. Nous travaillons également sur le volet formation, et surtout la formation continue en entreprise. L'accent est par ailleurs mis sur un autre volet très important qui est celui de la labellisation, ce sera une grande bouffée d’air pour le secteur parce que les produits “made in Morocco” vont être labellisés et donc reconnus mondialement.”

M. Saad Sefrioui, Président de la Fédération des Entreprises d’Artisanat (FEA)

D'autres projets visent l'amélioration des conditions de salubrité, de sécurité professionnelle et de travail des artisans dans les différents points de production, l'amélioration de la qualité du produit, la protection de l'environnement, l'augmentation du revenu des artisans, la promotion de la commercialisation des produits artisanaux, et la création d'opportunités d'emploi.

H.F avec la MAP

Dernière mise à jour : 21.07.2010 à 11:20

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