Débats: La montée des mouvements d'obédience islamique est le résultat d'une évolution historique, politique et démocratique
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Les participants à ce débat sur "les mouvements islamistes dans le champ politique arabe", organisé dans le cadre du Salon International de l'Edition et du Livre de Casablanca (SIEL), ont cependant estimé que la contribution de ces mouvements à la consécration de la démocratie reste néanmoins tributaire de leur capacité à mieux appréhender de la délicatesse de cette transition et surtout à trouver des solutions pragmatiques à la problématique du sous-développement.
C'est d'ailleurs l'opinion du penseur marocain Mohamed Sabila qui considère que le Printemps arabe a contribué d'une manière décisive à la montée de ces mouvements qui se sont imposés à des degrés variables dans certains pays arabes, ajoutant que cette nouvelle donne pourrait être le déclencheur de grandes mutations.
Pour lui, l'accession des mouvements à référentiel islamique au pouvoir dans certains pays arabes est la conséquence d'une évolution historique et démocratique, mais aussi une illustration de l'alternance historique après la domination des courants nationaliste et avant-gardistes, lesquels courants défendaient une répartition juste des richesses et une certaine équité sociale alors que leurs successeurs prônent une indépendance effective, une identité entière ainsi que la réduction de la fracture sociale.
Tout en soulignant que ce vent de révolution arabe s'inscrit dans une dynamique à l'échelle planétaire contre l'autoritarisme et la paupérisation, Sabila pense que la réussite des mouvements islamistes dépend de sa capacité à répondre aux défis posés par les problématiques de développement sur les plans social et économique et aussi de sa capacité d'adaptation avec les nécessités de progrès et de démocratie ainsi que leur respect des fondamentaux de la diversité culturelle et la liberté d'opinion.
Le chercheur Bilal Talidi a affirmé, quant à lui, que les mouvements islamistes sont les grands gagnants du printemps arabe, renforçant ainsi leur présence et leur influence politiques, ce qui a poussé les acteurs politiques à l'échelle nationale et internationale à reconsidérer leurs rapports avec eux.
Dans une présentation de son livre "Les islamistes et le printemps arabe : la montée, les défis et la gestion du pouvoir", le conférencier a indiqué que la montée des mouvements islamistes n'est pas une surprise mais le fruit d'un travail de mobilisation de longue haleine et d'un vide dans le champ politique, produit de la domination des pratiques autocratiques.
Et d'estimer que les perspectives du printemps arabes ne sont pas tributaires de la montée des islamistes mais plutôt de la capacité de ces nouveaux acteurs à interagir avec la nouvelle dynamique politique, ajoutant que le poids des islamistes sera mesuré à l'aune de leur degré d'appréhension de cette nouvelle donne politique, du soutien populaire et également eu égard à leur attitude face à la communauté internationale.
Dans une réflexion prospective, il considère que cette nouvelle dynamique suppose trois scénarios possibles, à savoir en premier lieu la réalisation d'une réelle transition démocratique grâce à des réponses adaptées aux défis posés, ou bien un deuxième scénario portant sur une transition médiane incomplète dans le cas où les islamistes au pouvoir ne parviennent pas à contrer les contre-révolutionnaires.
Troisième scénario : l'échec pur et simple de la transition démocratique si les islamistes ne réussissent pas à gérer la situation.
Autre éclairage, celui de l'universitaire spécialiste des mouvements islamistes, Mohamed Darif qui a d'emblée fait état de l'absence d'un véritable champ politique favorisant un débat public dans le Maghreb Arabe, estimant que cette réalité, certes différente d'un pays à l'autre selon son évolution, est le résultat de trois facteurs, à savoir une société civile inféodée au pouvoir et aux partis politiques, l'absence d'une démocratie interne au sein des partis politiques qui ne favorise pas le changement des élites et des modes de gouvernance et un troisième et dernier facteur d'ordre conceptuel qu'illustre la tendance à une légitimation exclusive de l'entité étatique au détriment de la consécration démocratique.
Sur la place des mouvements islamistes dans le champ politique, le politologue s'est interrogé sur leur capacité à refonder ce champ à partir de leur position au pouvoir, tout en se demandant si l'accession des islamistes au pouvoir n'est pas en soi un constat d'échec des forces avant-gardistes.
Le diplomate libyen Abderrahmane Chelgham a, pour sa part, souligné que les mutations survenues dans le monde arabe devraient inciter les apôtres du mouvement islamiste à réfléchir sur des réponses aux problématiques du développement socio-économique tout en s'inspirant des fondamentaux de la charia islamique pour mettre en ?uvre des programmes adaptés à la situation.
Tout en plaidant vivement pour une réelle promotion des valeurs de la citoyenneté, il a estimé que l'exclusion dans le passé des islamistes du champ politique est "une erreur qui a eu des conséquences néfastes sur la gestion de la chose publique".



