Prix Nobel de Littérature 2012
Et le gagnant est... Mo Yan, le Rabelais chinois
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Le très attendu prix Nobel de Littérature 2012 a été décerné, jeudi, à l'écrivain chinois Mo Yan, a annoncé le comité Nobel. Elle a salué un auteur qui, “avec un réalisme halluciné, mêle les contes populaires, l'histoire passée et contemporaine”. Son écriture riche, qui, par sa truculence, rappelle celle de Rabelais, va du conflit sino-japonais aux tortures chinoises, en passant par l'abattage des porcs ou la corruption des cadres communistes.
Guan Moye, qui a pris comme nom de plume Mo Yan (“celui qui ne parle pas”), écrit par contre, et bien, puisqu'il a obtenu jeudi la consécration majeure, de dimension internationale: le prix Nobel de Littérature.
“Mo Yan, en associant imagination et réalité, perspective historique et sociale, a créé un univers qui, par sa complexité, rappelle celui d'écrivains tels William Faulkner et Gabriel García Márquez, tout en s'ancrant dans la littérature ancienne chinoise et la tradition populaire du conte”.
Le comité Nobel
Son nom était le plus cité par les parieurs qui se délectent tous les ans de l'athmosphère digne des romans d'espionnage qui entoure le prix pour éviter toute fuite, et qui en avaient fait un de leur favori, après le japonais Haruki Murakami.
Né en 1955 au sein d'une famille paysanne du Shandong, une région aussi essentielle dans son œuvre que le village de Macondo dans celle de Gabriel Garcia Marquez, Mo Yan passionne par la variété et l’ampleur de son talent qui raconte notamment la tragique histoire de son pays, et que des prix prestigieux ont déjà souvent couronné.
Le Rabelais chinois
Mo Yan, qui a connu, enfant, les affres de la faim en raison du Grand Bond en avant de 1959 à 1961, intègre à 20 ans, après une scolarité perturbée, l’Armée populaire de libération, qui lui permet de se former et d’aller à l’Université de Pékin (Beida), dont il est diplômé en 1991.
En 1981, il publie son premier roman, Radis de Cristal, qui lui apporte une reconnaissance immédiate, confirmée avec le roman Clan du Sorgho, porté à l'écran sous le nom Le Sorgho rouge par Zhang Yimou en 1986.
Quelque quatre-vingt romans, essais et nouvelles plus tard, dont une partie est traduite en français, Mo Yan obtient la récompense suprême en terme de littérature.
Le paysan-soldat-écrivain qui gardera longtemps l'uniforme a dû parfois se frotter à la censure, notamment lors des premières éditions de Beaux seins, belles fesses, l'un de ses romans les plus populaires.
Son style se caractérise par son traitement très libre de thèmes comme le sexe, le pouvoir et la politique, décrivant sans détours mais non sans humour les méandres psychiques et physiques de la Chine contemporaine. Qu'il dépeigne dans ses livres une scène de sexe ou de supplice, les ravages d'une guerre ou d'une beuverie, Mo Yan le fait avec une truculence toute rabelaisienne.
Selon Noël Dutrait, un de ses traducteurs en français, la particularité de Mo Yan réside aussi dans le fait qu'il s'efforce toujours de changer son style à chaque roman.
Mo Yan succède au poète suédois Tomas Tranströmer. Il recevra 8 millions de couronnes (929.000 euros), une somme inférieure de 20% à celle des années précédentes... crise économique oblige.


