"Tinghir, les échos du mellah"
Un documentaire sur les juifs berbères signé Kamal Hachkar

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"Tinghir, les échos du mellah" est le titre du documentaire de Kamal Hachkar, fils d'immigré ouvrier devenu enseignant en histoire. Cet artiste polyglotte qui s'inquiète de voir disparaître un pan historique de son patrimoine natal, tente d'y remédier en remuant des souvenirs pour rafraichir la mémoire et exorciser les vieux démons. Rencontre avec un type pas banal...

Kamal Hachkar, (à gauche) en plein tournage./DR
Kamal Hachkar, (à gauche) en plein tournage./DR
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Affiche du film./DR
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C'est l'histoire d'un mec qui décide de raconter celle d'autres mecs. Un jeune Marocain originaire de Tinghir, dans le Haut Atlas, ayant roulé sa bosse dans son enfance puis installé en France, prof d'histoire dans le 9.3, Kamal Hachkar de son nom, se demande un jour où sont passés tous les juifs de son village natal et pourquoi et comment ils en sont partis.

Voici pitché son documentaire de 52 minutes qui devrait sortir en avril au Maroc et qui a déjà été sélectionné pour participer à des festivals de films internationaux, dont New York et Montréal en mars prochain.

Le film est le fruit de plusieurs années de recherche dans les archives nationales et internationales, ainsi que d'enregistrements de témoignages glanés ici et jusqu'en Israël.

Ce qui fascine le cinéaste, c'est la marocanité juive. Il promet d'ailleurs de projeter en avant-première le film au sein de l'unique musée du judaïsme du monde arabe, celui de Casablanca, sorte d'hommage à Simon Levy (le secrétaire Général de la Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain, récemment décédé), qui l'avait encouragé dans son projet.

“En retraçant et recoupant les histoires individuelles de deux générations de Berbères, juifs et musulmans, mon intention est de redonner vie à la richesse et à la diversité d'une berbérité qui avait su, en son temps, être un creuset judéo-musulman.”

Kamal Hachkar

3 questions à Kamal Hachkar

Cette œuvre est-elle plutôt un objet culturel ou politique?

Les deux à la fois. C'est une œuvre artistique puisque c'est au travers de mon regard que je raconte une histoire singulière aux fortes résonances
universelles. Ces départs définitifs de ces juifs font écho à ma propre histoire puisque enfant d'exilé moi-même. A la seule différence que j'ai encore un lieu où je peux retourner. Évidemment, ce film a aussi une dimension politique dans la mesure où nous pensons tous au conflit israélo-palestinien; mais justement dans mon film, j'ai souhaité raconter et rappeler nos histoires communes. Mais je souhaite que le spectateur accapare le film et que chacun l'interprète à sa façon.

En tant que MRE, que représente pour vous l'accession au pouvoir du PJD?

Ça ne m'affole pas tant que ça. Je suis optimiste et j'attends de voir. Je connais des gens proches de moi qui ont voté pour eux et je crois qu'il faut éviter de les diaboliser. Ils ont été élus démocratiquement, c'est ce qui compte.

Le sionisme, en tant qu'historien et prof d'histoire, pour vous, ça veut dire quoi?

La simple évocation du nom d’Israël et du mot sionisme provoquent une frilosité chez une partie de nos concitoyens. La peur étant d'être accusé de se voir attribuer des velléités de “normalisation avec l’entité sioniste” tant vilipendée dans les médias. Cette politique de l’autruche est stérile. Cet Etat est là depuis 60 ans, 20% de sa population est arabe, musulmane et chrétienne. Le vrai combat aujourd’hui, c'est la reconnaissance d'un État palestinien souverain.

Alexandra Girard

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