Vigilance
Dernière mise à jour :
Les contours de la nouvelle Constitution commencent à se dessiner. Selon les premières indiscrétions, le texte répondrait à une grande partie des revendications exprimées, depuis le début de l’année, par de larges franges de l’opinion publique marocaine. Le document final n’est certes pas encore officiel mais j’ai bien envie d’y croire. Décevoir les attentes de dizaines de milliers de nos concitoyens serait catastrophique, et prolongerait ce climat d’incertitude et de doute qui nous accompagne depuis quelques mois déjà.
Mais que l’on s’entende bien, une Constitution, même démocratique et moderne, n’est pas une potion magique qui ferait disparaître du jour au lendemain les maux dont souffre notre patient marocain. Un exemple pour l’illustrer: dans la nouvelle configuration constitutionnelle, un juge aura sans doute plus d’indépendance vis-à-vis de l’appareil exécutif. Sera-t-il un bon juge pour autant? Résistera-t-il à la tentation de l’argent sale? Aura-t-il les moyens humains et logistiques pour rendre des verdicts justes et argumentés? Rien n’est moins sûr.
Tout cela pour dire une chose: la nouvelle Constitution, c’est son principal apport, nous mettra devant nos responsabilités en tant que citoyens. Et c’est loin d’être une mince affaire. Le futur Premier ministre aura des pouvoirs élargis, mais il sera issu des urnes. Idem pour les parlementaires qui devront contrôler l’action de l’exécutif. Le pouvoir, le vrai, reviendra donc au citoyen ordinaire. À lui d’en faire bon usage et de rester vigilant. À lui également d’élire (puis de révoquer) les politiques, sur la base de programmes qui apporteraient des réponses concrètes en matière d’éducation, de santé, de fiscalité et de solidarité sociale.
Mais que se passera-t-il si ce même citoyen ordinaire continue à monnayer sa voix lors des élections? Ou qu’il boude les urnes sous prétexte que tout est joué d’avance? La Constitution, aussi avant-gardiste soit-elle, se transformera alors en coquille vide. Une de plus.
Bio express
Driss Bennani est journaliste politique à l'hebdomadaire Telquel et producteur de l'émission “Nouqat Ala Hourouf” sur 2M (direct mensuel de 90 minutes). Né à Kénitra en 81, c'est à Rabat qu'il grandit. Après le Baccalauréat, il rejoint l'école de journalisme ISIC. Avant même l'obtention de son diplôme, il travaille déjà en tant que pigiste pour plusieurs journaux. En 2002, il fait partie de l'équipe fondatrice de Telquel où il travaille toujours. Par ailleurs, son émission politique sur 2M entame sa 3eme saison de diffusion. Driss Bennani est marié et papa d'une petite Neila.



