Younes M'jahed, président du SNPM
Pour une réforme urgente des médias
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Je voudrais ici répondre à la question posée lors de la conférence de rédaction d’aujourd’hui en compagnie des journalistes d’aufait: quelle est la position du syndicat vis à vis du mouvement du 20 février?
Avant la première marche, nous avions annoncé dans un communiqué que le SNPM (Syndicat National de la Presse Marocaine, ndlr) est un syndicat qui défend la liberté d’expression, qui est pour une véritable démocratie, et qu’il demande une réforme globale et radicale de tout le paysage médiatique afin qu’il réponde aux exigences et aspirations du peuple marocain.
Suite à ce communiqué, et parce que l’on m’a demandé des précisions, j’ai expliqué que si l'on est pour le mouvement démocratique qui existe actuellement dans le monde arabe, notre syndicat accompagne cette mouvance. En effet, nous considérons que la démocratisation des médias, leur traitement qu’ils soient publics ou privés, le droit à l’information et la transparence sont les bases de la démocratie.
Pour ce qui est des détails des revendications, étant donné que notre syndicat est pour la démocratie et la liberté d’expression, il y a certains points politiques dans lesquels nous ne pouvons pas entrer.
Par exemple, nous ne pouvons nous exprimer sur la dissolution du Parlement ou la démission du gouvernement. Pourquoi? Parce qu’au sein même du syndicat, il y a plusieurs tendances où chacun est ou pas dans un parti politique et où chacun a une opinion. Nous, nous travaillons sur la base de nos statuts, des résolutions découlant de nos congrès et des conseils nationaux.
Par contre, là où nous intervenons, c’est dans l’accompagnement des mouvements démocratiques au Maroc et particulièrement dans le secteur des médias. C’est pour cette raison que nous avons remis un mémorandum au gouvernement pour demander une réforme globale, radicale et urgente. Ce mémorandum essaie de tracer les grandes lignes de nos revendications pour cette réforme.
Secundo, nous considérons que la réforme des médias est un point qui doit être inclu dans le processus des réformes constitutionnelles. C’est pourquoi, il faut que le syndicat comme les autres formations professionnelles soient consultés sur ces questions.
Troisièmement, comment actuellement pousser vers la démocratisation des médias et particulièrement des médias publics? C’est dans ce cadre que nous avons organisé la manifestation devant la Maghreb Arabe Presse pour demander un changement radical de cette institution publique et nous allons continuer notre lutte pour la réforme urgente des médias publics afin qu’ils accompagnent le processus actuel du débat politique, constitutionnel et démocratique.
Il y a notre position de principe qui date de bien des années, que les médias publics payés par les contribuables, doivent offrir un véritable service public. Mais il y a aussi le fait qu’il y a une exigence actuelle conjoncturelle où ces médias doivent accompagner le débat démocratique.
S’il y a un secteur qui peut se positionner à l’avant-garde des réformes, c’est celui des médias. C’est aussi celui où l’on peut trouver une forte résistance aux changements: en effet, au Maroc, comme dans d’autres pays, c’est un secteur très sensible et stratégique, où se joue le bras de fer entre les forces du progrès et de la démocratie, et celles qui veulent bloquer le processus démocratique.
C’est pour ces raisons que nous attendons des forces vives de notre société qu'elles donnent un peu plus d'importance à ce qui se passe dans ce secteur et les revendications pour la réforme et la démocratisation des médias au Maroc.
Bio
Younès M'jahed, président du Syndicat National de la Presse Marocaine (SNPM) est né à Moulay Driss Zerhoun en 1959. Il a passé son enfance dans plusieurs villes du Maroc dont Casablanca et Tanger.
Militant actif des droits de l'Homme, il est arrêté en 1976 et écope d'une peine de 10 ans de prison ferme qu'il effectue à la prison centrale de Kénitra. Il décroche ensuite une licence de sociologie puis un DEA à l'université de Rabat. Il s'engage dans la presse et travaille pour Ittihad Chtiraki mais aussi l'agence de presse espagnole EFE qu'il quitte suite à une plainte pour clause de conscience au lendemain de la publication d'une dépêche diffamatoire à l'encontre du Maroc. Au terme d'une négociation avec l'EFE, il reçoit un dédommagement de 850.000 DH qu'il reversera aux œuvres sociales du SNPM.
C'est en 1998 qu'il prendra la présidence du Syndicat National de la Presse Marocaine. Il est également senior vice-président de la FIJ (Fédération Internationale des Journalistes).



