Saïd Mouline
Nucléaire au Maroc: Le débat nécessaire
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Ce qui vient de se passer au Japon nous interpelle au plus haut point. Voilà un pays, 3ème puissance économique mondiale, dont le niveau d’éducation de la population est parmi les plus élevés et qui n’a pas estimé correctement le risque sismique lorsqu’il a décidé de développer une filière nucléaire pour fournir à peu près le quart de son électricité. Il s’agit non pas de pointer du doigt cette filière qui fournit aujourd’hui prés de 16% de l’électricité mondiale, mais d’attirer l’attention sur les choix futurs de notre politique énergétique.
Le Maroc possède un réacteur nucléaire de petite puissance, comme il en existe des centaines de par le monde et qui sert, entre autres, à produire des radio-isotopes pour l’industrie et la médecine. Lors des assises de l’énergie et des différentes présentations faites sur notre politique énergétique, on voyait apparaître un réacteur nucléaire de puissance à l’horizon 2020. Des pourparlers ont été menés avec différents grands acteurs mondiaux du domaine mais sans jamais penser à un débat national sur ce sujet.
Cette filière, comme toutes les autres, a des avantages et des inconvénients. Mais c’est la seule qui engage les générations futures car elle crée des déchets radioactifs qu’il faudra surveiller pendant des milliers d’années. C’est aussi la seule qui, lors d’une catastrophe, a des conséquences désastreuses sur une région et cela durant des décennies. Le bilan de la catastrophe de Tchernobyl en 1986, lorsqu'une réaction en chaîne due à une série d’erreurs humaines a conduit à l'explosion d’un réacteur de la centrale qui était en fonctionnement, n’a pas fini d’évoluer 25 ans après. Car ce ne sont pas seulement les dizaines de personnes mortes durant la catastrophe qu’il faut comptabiliser, mais les milliers de morts par cancer qui s’en sont suivis. La catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima suite au séisme et au tsunami, est déjà placée au niveau 6 sur l'échelle des événements nucléaires et radiologiques (INES) qui en compte 7.
Notre pays, qui importe 97% de ses besoins énergétiques, devra avec le renchérissement des énergies fossiles, faire face à des factures de plus en plus lourdes. Dans toute politique énergétique, la diversification des sources est une nécessité. La stratégie actuelle donne priorité aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique. Ces filières permettront non seulement de réduire notre dépendance énergétique, mais avec l’approche industrielle prévue, permettront la création d’emplois. Les ressources fossiles classiques continueront à jouer un rôle important durant les prochaines décennies mais elles coûteront de plus en plus cher. Nous nous devons de ne plus les gaspiller et donc de changer certains de nos comportements.
Le Maroc a aussi décidé d’une politique volontariste dans le secteur du tourisme. L’impact d’un accident nucléaire sur notre pays, même si le risque reste infime, concerne la santé de tous et anéantirait pour longtemps une destination qui commence à devenir une référence mondiale. L’horizon 2020 peut paraître lointain mais si un réacteur doit être opérationnel à cette date, c’est dans les mois qui viennent qu’il faudra prendre la décision. C’est pour toutes ces raisons que le débat sur ce sujet doit engager tous les citoyens et pas seulement les acteurs du secteur de l’énergie.
Bio
Né en 1963, Saïd Mouline est ingénieur spécialisé dans le domaine des projets de développement dans les secteurs de l’énergie et de la protection de l’environnement. Diplômé de l’Institut National Polytechnique de Grenoble et de l’University of Pennsylvania à Philadelphie, il est Président de la Commission Développement Durable à la CGEM et du Centre Marocain de Production Propre et membre de la Fédération de l’Energie.
Il a aussi été conseiller Développement Durable du Président de l’OCP et consultant pour des organismes nationaux et internationaux (Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement, PNUD, Banque Mondiale, SFI, GIZ, KfW). Saïd Mouline est actuellement Directeur Général de l’Agence Nationale de Développement des Energies Renouvelables et de l’Efficacité Energétique et Président de MEDENER, l’association qui regroupe les agences nationales de l’efficacité énergétique en Méditerranée.



