Essawssane Bourhil, Mouvement du 20 février
L’ère du changement
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Fin 2010, j’étais encore dans mon petit coin à rêver d’une révolution pour une évolution, à me demander si les jeunes Marocains allaient un jour –lointain- sortir de leur train-train afin de regarder au-delà de ce qu’on voit, afin de réaliser qu’on nous manipule de haut, et qu’on est juste des petites marionnettes muettes.
J’étais si désespérée, quand j’entendais des amis parler de tout sauf de leurs droits, quand ils parlaient mode, foot, séries, fringues… Quand ils oubliaient le savoir, la philosophie, l’actualité…
J’avais commencé à baisser les bras, quand le soleil a commencé à se lever. 2011, l’année de la rébellion, de la révolution, l’année qui, pour l’instant, m’a marquée le plus.
La Tunisie puis l’Égypte, l’Algérie, le Yémen, la Lybie… m’ont tous redonné l'espoir. Ils ont fait ce que tout le monde dit sans y penser, “l’union fait la force” et ils ont réussi, car unis. Ils ont voulu vivre dans la dignité, vivre en tant qu’Hommes, et non en tant que moutons sans la moindre réflexion.
C’est cette Révolution Arabe qui m’a aidée à comprendre que j’avais tort, que certains (je ne dirais pas tous) jeunes marocains ont cet appétit pour le changement, qu’ils innovent, qu’ils bougent, qu’ils osent, qu’ils donnent des idées pleines de sagesse. Des jeunes qui n’ont plus envie de n’être que ces moutons se contentant d'exécuter sans contredire, de faire leurs devoirs sans jamais jouir de leurs droits, sinon le minimum des droits fondamentaux... Juste de quoi maintenir les moutons en vie, et pérenniser le statut du riche berger confortablement installé au sommet, ou de leur faire croire que le berger les aime, et qu’il leur donne leurs droits.
Avant le dimanche 20 février, ils ont dit que c’était une mode, du mimétisme: la Tunisie et L’Egypte ont fait la révolution, alors on veut la faire nous aussi! Ils ont prétendu que notre pays est un paradis terrestre où on ne manque de rien. Que les pauvres sont responsables de leur pauvreté, et les chômeurs de leur chômage… Et pourquoi pas les malades de leurs maladies?
En vérité c’est notre silence qui est responsable de tous nos maux.
Marocains, on restera unis à jamais, et on travaillera encore et encore pour que toutes les revendications du 20 février soient mises en œuvre. Et au delà des revendications, le mouvement du 20 février est et restera cette petite étincelle qui m’est venue quand je voyais tout en noir; c’est grâce au 20 février que j’ai plus confiance aujourd'hui en l’union et en la fraternité des jeunes marocains, et que je m’accroche davantage à mes principes.
En moins d'un mois, le roi a entendu notre voix. Donc on existe.
Bio
Nos deux invités du jour sont membres du Mouvement du 20 février qui a appelé à la réforme de la constitution. Essawssane Bourhil a 19 ans et poursuit des études de sciences économiques à Casablanca. Son implication dans le mouvement se fait malgré l'opposition formelle de ses parents.
Amine Moqadem lui a 26 ans, et contrairement à Essawssane, son père, ingénieur topographe et sa mère, professeur d'anglais le soutiennent dans son combat pour plus de démocratie. Aujourd'hui journaliste stagiaire, il a d'abord fait des sciences, puis une formation de monteur audiovisuel avant d'obtenir une licence étatique en journalisme.
Tous les deux ont rejoint le mouvement dès sa naissance mi-janvier dernier.



