Aufait Maroc

Egypte : élection présidentielle tendue après la dissolution du Parlement

Egypte: élection présidentielle tendue après la dissolution du Parlement
Dernière mise à jour le 16/06/2012 à 20:30

Les Egyptiens ont voté samedi pour élire le premier président de l’après-Moubarak en pleine tourmente politique qui risque de dégénérer en confrontation entre les militaires au pouvoir et les islamistes après la dissolution du Parlement.

Le deuxième tour de la présidentielle, qui se déroule sur deux jours, met aux prises un ténor des Frères musulmans, Mohammed Morsi, et l’ultime Premier ministre de Moubarak, Ahmad Chafiq, considéré comme le candidat de l’armée.

Les opérations de vote se sont déroulées sans accroc majeur samedi, mais quelques heures avant la fermeture des bureaux de vote à 21H00 (19H00 GMT), l’armée a annoncé la dissolution du Parlement élu en janvier, en application d’une décision de justice invalidant les législatives.

« Les menaces constantes de dissoudre le Parlement élu par 30 millions d’Egyptiens et d’Egyptiennes confirment la volonté du Conseil militaire de s’emparer de tous les pouvoirs », a réagi le Parti de la Liberté et de la Justice (PLD), issu de la puissante conférie islamiste.

Le PLD a réclamé que cette décision fasse l’objet d’un « référendum libre et transparent parce que la volonté du peuple ne peut être annulée que par la volonté du peuple ».

Les détracteurs de l’armée l’accusent d’avoir orchestré la décision de la Haute cour constitutionnelle, annoncée jeudi, d’invalider pour un vice dans la loi électorale les résultats des élections législatives remportées par les Frères musulmans.

La Cour constitutionnelle avait aussi permis à M. Chafiq de rester dans la course en invalidant une loi interdisant aux personnalités de l’ancien régime de se présenter à l’élection.

« Peur de Morsi, peur de Chafiq »

Par une chaleur écrasante, des électeurs ont fait la queue dès le petit matin devant les bureaux de vote dont l’ouverture a été prolongée d’une heure pour encourager la participation dans la soirée.

Près de 50 millions d’électeurs sont appelés à voter pour choisir le successeur de Hosni Moubarak, chassé du pouvoir par une révolte populaire en février 2011. Les résultats officiels sont attendus le 21 juin.

La course à la présidentielle a divisé le pays entre ceux qui craignent un retour à l’ancien régime si M. Chafiq est élu et d’autres qui rejettent l’entrée de la religion en politique en cas de victoire des Frères musulmans.

« Je vote pour Morsi parce que je ne veux pas que Chafiq gagne. J’ai peur de Morsi mais j’ai encore plus peur de Chafiq. Nous ne voulons pas de quelqu’un de l’ancien régime », dit Nagwan Gamal, 26 ans, devant un bureau de vote de Manial, au Caire.

Samir Abdelfattah, lui, dit avoir voté pour les Frères musulmans aux législatives mais aujourd’hui, il a donné sa voix à M. Chafiq.

« J’ai été choqué par leur performance au Parlement. Chafiq est un homme bien, civilisé. Si Morsi gagne, il ne servira que les Frères, pas le pays », affirme-t-il en prenant une photo de sa femme qui patiente, intégralement voilée, devant un bureau du quartier aisé de Zamalek.

Les pouvoirs du futur président n’ayant toujours pas été entièrement définis, des doutes pèsent sur les intentions du Conseil suprême des forces armées (CSFA). Il pourrait chercher à garder un rôle central sur la scène politique malgré son engagement à remettre au futur président le pouvoir qu’il assume depuis la chute de Moubarak.

Pour Hesham Sallam, chercheur à l’université américaine de Georgetown, ces développements sont dans la droite ligne de la stratégie du CSFA qui « cherche à appliquer sa vision: un Etat protégé et fermé aux institutions élues et représentatives ».

« Le CSFA a réalisé qu’il ne serait pas capable de protéger ses intérêts économiques et politiques s’il ne prenait pas l’initiative de mettre au point les règles des nouvelles institutions politiques », a-t-il dit à l’AFP. « On ne sait pas qui sera président mais on sait quel genre de présidence ce sera: subordonnée au CSFA ».

Appel au boycott

Le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a appelé le maréchal Hussein Tantaoui, le chef d’Etat de facto de l’Egypte, pour insister sur « la nécessité d’avancer promptement dans la transition politique » et d’organiser de nouvelles législatives « dès que possible ».

Plusieurs militants en vue ont appelé la population à boycotter le scrutin ou à écrire leur opposition à l’élection sur le bulletin de vote.

« Je rejette le processus géré par l’armée, le fait qu’il n’y ait pas d’autorité claire pour le président et que Chafiq soit autorisé à se présenter », a ainsi dit à l’AFP l’acteur et militant Amr Waked.

L’Eglise copte orthodoxe a au contraire appelé les Egyptiens à participer au scrutin. De nombreux Coptes craignent de ne plus trouver leur place dans une société en majorité musulmane si un islamiste accède au pouvoir et disent soutenir M. Chafiq.

M. Moubarak, 84 ans, se trouve dans une aile médicalisée de la prison de Tora, au sud du Caire. Il a été condamné le 2 juin à la perpétuité pour son rôle dans la répression de la révolte de 2011.

A lire aussi...

Retrouvez-nous sur Facebook

L’agenda