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L’Iran accueille Michel Rocard comme un émissaire de François Hollande

L’Iran accueille Michel Rocard comme un émissaire de François Hollande
Dernière mise à jour le 13/05/2012 à 10:16

L’Iran a déroulé le tapis rouge pour la visite « privée » ce week-end de l’ancien Premier ministre socialiste français Michel Rocard, considéré comme un émissaire du nouveau président François Hollande dont Téhéran espère une amélioration des relations bilatérales.

Reçu samedi par le chef de la diplomatie Ali-Akbar Salehi puis par un vice-ministre, M. Rocard devait rencontrer dimanche le négociateur iranien pour le dossier nucléaire Saïd Jalili — également secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale et proche du Guide de la République islamique Ali Khamenei — ainsi que l’influent président de la commission des affaires étrangères du Parlement Alaeddin Boroujerdi.

Un agenda réservé à peu de visiteurs et hors de proportion avec le statut de M. Rocard, 81 ans, arrivé vendredi en Iran pour une visite privée de trois jours à l’invitation des autorités pour donner notamment une conférence à l’université de Téhéran.

Mais cette visite – prévue en avril puis retardée en raison de ses problèmes de santé – est intervenue au lendemain de l’élection du socialiste François Hollande à la présidence française, et Téhéran a saisi l’occasion pour faire une ouverture appuyée en direction du nouveau pouvoir français.

Lors de son entretien avec M. Rocard, M. Salehi a « salué la victoire de François Hollande » et espéré qu’elle déboucherait sur « une nouvelle approche pour développer les relations entre Téhéran et Paris dans tous les domaines », a rapporté l’agence officielle Irna.

Dès l’élection de M. Hollande, Téhéran avait souhaité publiquement qu’elle ouvre « une nouvelle ère » dans les relations franco-iraniennes, mises à mal par la ligne dure du président sortant Nicolas Sarkozy dans le dossier nucléaire iranien.

La France a notamment été en pointe depuis deux ans pour imposer des sanctions économiques internationales sévères contre l’Iran, soupçonné par les Occidentaux, malgré ses dénégations, de chercher à se doter de l’arme atomique sous couvert de son programme nucléaire civil.

Du coup, Téhéran a également choisi de défendre son dossier nucléaire auprès de M. Rocard en organisant une rencontre avec M. Jalili, deux semaines avant une réunion cruciale le 23 mai à Bagdad de l’Iran avec les grandes puissances, dont la France, pour tenter de trouver une solution négociée à la crise.

Néanmoins l’entourage de M. Hollande, qui doit entrer en fonctions mardi, a soigneusement pris ses distances avec cette visite, insistant sur le fait que l’ancien Premier ministre n’était « porteur d’aucun message ni investi d’aucune mission ».

Il a également rappelé que « la position de François Hollande au sujet du programme nucléaire iranien est connue. L’Iran doit se conformer à ses obligations internationales et respecter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies en cessant ses activités nucléaires sans finalité civile crédible », et « coopérer pleinement avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ».

Ignorant ces mises au point, les médias iraniens ont monté en épingle cette rare visite d’une figure politique européenne à Téhéran depuis que l’Iran est soumis à des sanctions internationales.

Une demi-douzaine de quotidiens de tous bords faisaient dimanche leurs gros titres de « une », assortis de photos, sur des « négociations » supposées de M. Rocard avec les dirigeants iraniens, présentant tour à tour l’ancien Premier ministre comme le « représentant de Hollande », en « mission spéciale », ou porteur d’un « message » du nouveau président français.

Plus mesuré, l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères et ex-ambassadeur d’Iran à Paris Hamid Reza Assefi a néanmoins souligné au quotidien réformateur Arman la dimension « politique » de la visite de M. Rocard, estimant qu’elle offrait « un nouveau canal de dialogue » entre Paris et Téhéran.

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