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Algérie : un militant des droits de l’Homme condamné à un an avec sursis

Algérie: un militant des droits de l’Homme condamné à un an avec sursis
Dernière mise à jour le 03/05/2012 à 16:12

La condamnation jeudi d’un militant des droits de l’Homme, jeune chômeur, à un an de prison avec sursis et à une amende montre que le gouvernement cherche à maintenir le calme face aux nombreux mouvements sociaux qui menacent le bon déroulement d’élections législatives prévues le 10 mai.

Abdelkader Kherba, membre de la Ligue algérienne pour la Défense des droits de l’homme (LADDH), avait été arrêté le 18 avril lors d’une manifestation de greffiers devant le palais de justice, dans le centre d’Alger.

Sa condamnation à un an avec sursis et à 20.000 dinars (environ 200 euros) d’amende par le tribunal d’Alger pour « incitation à attroupement et usurpation d’identité » a « déçu la défense. Le dossier étant vide, nous nous attendions à un acquittement », a déclaré à l’AFP son avocat, Me Amine Sidhoum, qui fera « appel par principe ».

« M. Kherba tient le coup moralement mais reste affaibli par sa grève de la faim » déclenchée lors de son arrestation, a également indiqué Me Sidhoum.

Le président de la LADDH, Me Nouredine Benissad, a jugé « toutes les poursuites engagées contre lui sans aucun fondement sur le plan juridique ».

« Il a été arrêté et poursuivi uniquement parce qu’il a exprimé son opinion et sa solidarité avec les greffiers qui étaient en grève depuis plusieurs jours », a-t-il ajouté.

La constitution algérienne et les conventions internationales ratifiées par l’Algérie garantissent la liberté d’expression et de réunion, a-t-il souligné.

L’Assemblée générale de l’ONU de 1998 et celle de l’Union Africaine, dont l’Algérie est membre, garantissent la protection des défenseurs des droits de l’Homme, a-t-il ajouté.

Le verdict a été rendu tôt jeudi matin sans doute pour éviter de nouvelles manifestations en faveur de Kherba, comme il y en a eu récemment dans Alger.

Le cycle des manifestations et émeutes s’est poursuivi en Algérie ces dernières semaines, malgré la mise en oeuvre de réformes politiques dictées par la présidence face aux menaces d’un Printemps arabe et la préparation des législatives censées tourner une page de l’histoire de l’Algérie, qui fête ses 50 ans d’indépendance.

Pas de trêve électorale pour les mouvements sociaux

Dimanche, des émeutes ont eu lieu à Jijel (360 km à l’est d’Alger) après qu’un jeune vendeur se soit immolé pour protester contre la démolition de son commerce de fortune par des policiers, dont 46 ont été blessés.

Le même jour, quelque 200 jeunes, représentants d’un Comité national des travailleurs en pré-emploi du secteur public, ont manifesté à Alger menaçant de de boycotter le vote faute de contrats permanents. Les chômeurs protestent régulièrement dans la rue et menacent aussi de boycotter le scrutin.

Le taux de chômage des jeunes est de 21% en Algérie selon le dernier rapport du FMI, alors que plus des deux-tiers de la population sont âgés de moins de 35 ans.

Greffiers, médecins de santé public, aiguilleurs du ciel, personnel navigant d’Air Algérie, personnel du secteur de l’éducation, transporteurs publics tous ont fait grève ou menacé de le faire durant les dernières semaines.

Les autorités, en pleine campagne, pressent les 21 millions d’électeurs sur 37 millions d’Algériens à élire massivement leurs 462 députés, chargés de poursuivre les réformes qui ont notamment permis l’émergence de nouveaux partis politiques.

En janvier 2011, la flambée des prix de première nécessité, dont l’huile et le sucre, avaient provoqué en cinq jours d’émeutes, faisant cinq morts et plus de 800 blessés. Les manifestations et grèves ont suivi en vue d’augmentations de salaires, de statuts, ou de logements et le gouvernement a fini par répondre au coup par coup.

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