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L’otage suisse enlevée dans le nord du Mali libérée et évacuée au Burkina

L’otage suisse enlevée dans le nord du Mali libérée et évacuée au Burkina
Dernière mise à jour le 25/04/2012 à 9:04

L’otage suisse enlevée le 15 avril à Tombouctou, dans le nord du Mali, a été libérée mardi et remise par des islamistes aux autorités du Burkina Faso, qui l’ont emmenée à Ouagadougou à bord d’un hélicoptère, a constaté un journaliste de l’AFP.

Arrivée dans un pick-up à 13H32 (locales et GMT) avec des hommes enturbannés et lourdement armés, Béatrice Stockly, en robe et turban noirs mais le visage découvert, a ôté cette tenue aussitôt après avoir pris place dans l’hélicoptère parti dans la matinée de Ouagadougou pour la récupérer.

A bord de l’appareil, le chef d’état-major particulier du président burkinabè Blaise Compaoré, le général Gilbert Djindjéré, était venu la chercher en compagnie de deux représentants du ministère suisse des Affaires étrangères.

Auparavant, l’officier a échangé longuement sous une tente en plein désert avec Sanda Boumama, qui s’est présenté comme porte-parole local du chef du groupe islamiste armé Ansar Dine, Iyad Ag Ghaly.

Les deux hommes ont assuré qu’aucune rançon n’avait été versée. « On n’a rien demandé », a affirmé l’islamiste. Le gouvernement suisse « nous a simplement demandé, compte tenu de notre expérience, de les aider à récupérer leur otage », a déclaré le haut gradé burkinabè.

Mais selon une source bien informée à Tombouctou, Sanda Boumama est revenu de la rencontre avec « beaucoup d’argent en euros ». « Une rançon a été payée pour obtenir la libération de l’otage, ça s’est sûr », a confirmé une autre source locale.

Une fois dans l’hélicoptère, l’ex-otage, visiblement fatiguée, a souri et fouillé dans son sac en cuir: « je vous offre le chocolat de la liberté! », s’est-elle exclamée, avant de distribuer des chocolats aux personnes présentes dans l’appareil.

A son arrivée à la base militaire de Ouagadougou, assaillie par les journalistes, la Suissesse n’a pas voulu s’exprimer.

« Elle ne veut pas repartir en Suisse, elle ne souhaite pas quitter la région pour le moment et va rester au Burkina deux ou trois jours, le temps de réfléchir », a expliqué lé général Djindjéré devant la presse.

La Suisse a remercié « toutes les personnes et les autorités qui ont oeuvré » à cette libération, « en particulier les autorités du Mali et du Burkina Faso ».

L’état de santé de l’ex-otage « est bon, compte tenu des circonstances », a ajouté le ministère suisse des Affaires étrangères. Le chef de la diplomatie suisse, Didier Burkhalter, s’est dit « soulagé ».

Agée d’une quarantaine d’années et vivant depuis longtemps à Tombouctou, cette chrétienne très impliquée dans les actions sociales avait refusé de quitter cette cité historique baptisée « la perle du désert », après sa chute le 1er avril aux mains d’Ansar Dine, appuyé par des éléments d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Béatrice Stockly, dont la libération porte à 19 le nombre de personnes toujours retenues au Sahel, se trouvait entre les mains du mouvement de l’ex-rebelle touareg Iyad Ag Ghaly, qui l’avait reprise à ses ravisseurs et s’était dit prêt à la libérer.

Une source bien informée avait indiqué à l’AFP qu’Ansar Dine, qui veut l’instauration de la charia (loi islamique) au Mali, avait « rejeté une offre de médiation humanitaire, disant préférer discuter directement avec la Suisse ».

Al-Qaïda et « sous-traitants »

Un responsable de la sécurité à Tombouctou a expliqué que la Suissesse avait été enlevée par « une milice privée » après une « commande » d’Aqmi.

« Dans un premier temps, les sous-traitants ont amené Béatrice à une dizaine de kilomètres de Tombouctou. Le lendemain, quand ils ont voulu l’amener plus loin, des éléments armés du groupe Ansar Dine, maître de Tombouctou, les ont poursuivis. Il y a eu des coups de feu échangés et les sous-traitants ont été obligés d’abandonner l’otage », a raconté cette source.

Depuis près d’un mois, le vaste nord du Mali est sous le contrôle des rebelles touareg indépendantistes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) mais surtout des islamistes d’Ansar Dine et d’Aqmi, ainsi que d’autres groupes armés et de trafiquants.

Le 17 avril, une Italienne de 53 ans, Maria Sandra Mariani, enlevée le 2 février 2011 en Algérie, a été libérée et récupérée par les autorités burkinabè dans la région de Tessalit, dans le Nord malien, sous contrôle d’Ansar Dine.

Le Burkina joue depuis des années un rôle de premier plan dans les libérations d’otages, la plupart du temps occidentaux, kidnappés dans la bande sahélo-saharienne.

Après la libération de la Suissesse, 19 otages restent retenus au Sahel par les jihadistes d’Aqmi et un groupe considéré comme dissident, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao): douze Européens enlevés dans des pays de la région et sept diplomates algériens kidnappés à Gao (nord-est du Mali).

Le Mujao a donné son « accord » à Ansar Dine pour la libération du consul d’Algérie à Gao et ses six collaborateurs, a affirmé lundi l’un de ses membres. « Les perspectives de leur libération sont réelles », selon Alger.

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